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Prévoyance vieillesse: élargir le débat

L’affaire du taux de conversion des rentes n’est qu’un élément de la problématique des retraites

Votation du 7.3.2010
Photo FB (licence CC)

Après le net refus populaire (près de 73% de non) d’abaisser le taux de conversion des rentes de la prévoyance professionnelle, le Conseil fédéral a procédé à une analyse complète des problèmes auxquels est confronté le deuxième pilier. Le chantier est d’importance et une nouvelle tentative d’adapter ce taux aux réalités démographiques et économiques implique d’améliorer la transparence et l’efficience du système. Par ailleurs le temps semble venu de repenser l’articulation entre l’AVS et la prévoyance professionnelle.

Refus d’une réduction des rentes et méfiance à l’égard des assurances et des caisses de pension, tels furent selon l’analyse Vox les deux motifs principaux avancés par les adversaires de la révision de la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP). Personne ne conteste que le montant des rentes dépend de l’espérance de vie au moment du départ à la retraite et du rendement du capital épargné. Encore faudrait-il que ces deux variables soient déterminées en toute transparence. A cet égard, le rapport du Conseil fédéral pointe des lacunes.

Pour ce qui est de l’espérance de vie des retraités, la Suisse ne dispose pas de statistiques officielles. Les chiffres de référence proviennent de la caisse de pensions de la Ville de Zurich qui compile les données de 21 caisses de pensions de collectivités publiques. Rien ne garantit la représentativité de ces chiffres. Or, comme le rappelle l’Union syndicale suisse, les fonctionnaires vivent en moyenne plus longtemps que les membres d’autres groupes professionnels, notamment ceux à bas salaires. Une baisse généralisée du taux de conversion minimale prétériterait principalement ces derniers.

La Suisse compte actuellement 2351 institutions de prévoyance. Une diversité qui découle de la volonté politique de garantir l’existence des caisses préexistant à l’entrée en vigueur de la LPP et de permettre des solutions adaptées aux besoins des entreprises. Mais cette diversité se traduit en inefficacité et en coûts.

En particulier les petites caisses enregistrent des coûts administratifs et de gestion de fortune élevés. En 2009, les frais de gestion de la fortune ont atteint 5,673 milliards de francs, soit en moyenne 0,56% de la fortune totale du deuxième pilier: de 0,15% pour les institutions les plus efficaces à 1,86 pour les moins performantes. On relève aussi une relation inversement proportionnelle entre le niveau des frais de gestion et le rendement de la fortune. C’est dire la marge d’amélioration possible par le biais d’une concentration des caisses, de mise au concours des mandats de gestion notamment.

Reste que 3,5 millions d’actifs versant chaque année 45 milliards de cotisations, détenteurs d’une fortune de 700 milliards, dépendent d’une industrie financière sophistiquée peu transparente. Au temps de l’euphorie boursière, cette dépendance ne faisait pas problème. La confiance des assurés a chuté au même rythme que la bourse.

Le quart de la fortune du deuxième pilier est géré par les compagnies d’assurance auxquelles les PME confient les avoirs de près de la moitié des salariés du pays. La publication des bénéfices réalisés dans ce secteur par les assurances n’a pas peu contribué au mécontentement populaire («vol des rentes») qui a conduit au net rejet de l’abaissement du taux de conversion.

La modification à la baisse du taux de conversion ne trouvera pas de majorité tant que les assurés n’auront pas la conviction que leurs avoirs sont gérés de manière efficace et que les variables invoquées (espérance de vie, rendement) ne contribuent pas à enrichir les gestionnaires plutôt qu’à assurer la pérennité de la prévoyance professionnelle.

Les sommes astronomiques accumulées par le deuxième pilier peinent de plus en plus à trouver des placements à rentabilité suffisante. Cette bulle d’épargne a sans aucun doute contribué à l’emballement boursier déconnecté de l’évolution de l’économie réelle. Le temps est venu de réfléchir à une redistribution des moyens entre l’AVS, qui devrait garantir à tous un revenu décent et une prévoyance professionnelle obligatoire plus modeste.

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Discussion

  • «Pour ce qui est de l’espérance de vie des retraités, la Suisse ne dispose pas de statistiques officielles».
    Sérieux ? Cette information est proprement sidérante… Les sommes en jeu se chiffrent en centaines de milliards de francs et on ne dispose comme base de calcul que d’extrapolations provenant de la caisse de pensions de la Ville de Zürich ? Si l’Office Fédéral de la Statistique n’est pas à même de fournir des données fiables et neutres à cet effet, à quoi peut-il donc bien servir ?

    • 1.1
      Pedro del Río

      Il m’a fallu deux minutes pour trouver l’espérance vie des retraités sur le site de l’Office fédéral de la statistique. En 2010 elle était de 19 ans pour les hommes âgé de 65 ans et de 22 ans  pour les femme du même âge. A 80 ans l’espérance de vie est de 8 ans pour les hommes et 10 pour les femmes. Les sources de ces chiffres seraient des enquêtes de l’Ofs (ESPOP et BEVNAT). 
      Voir:
      http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/it/index/themen/01/06/blank/key/04/04.html 

    • Jean-Daniel Delley

      Les chiffres que vous mentionnez valent pour l’ensemble de la population, donc également pour les personnes qui, avant d’atteindre l’âge de la retraite, ne travaillaient pas ou plus. Pour le 2ème pilier, il faut prendre en compte les seules personnes qui travaillent jusqu’à l’âge de la retraite (Rapport du Conseil fédéral sur l’avenir du 2ème pilier, p.79).

    • 1.2
      Jacques Menthonnex

      L’analyse et les projections concernant la mortalité en Suisse est disponible ici:
      http://www.scris.vd.ch/mortalité   à cliquer en bas de page
      Mon rapport (avec ses tables) a directement contribué à la détermination des principales bases techniques utilisées en Suisse (notamment la base VZ2010 de la caisse de pension de la ville de Zurich).
      Les tendances retenues pour estimer les tables de mortalité par génération ont été choisies en coordination avec l’OFS. Elles sont comparables à celles du scénario moyen choisi pour les dernières projections de population de l’OFS.
      A l’adresse de Monsieur P. del Rio, je souligne que les tables de mortalité 2010 décrivent la mortalité observée en Suisse en 2010. Pour les calculs des caisses de retraite, il faut utiliser des tables de mortalité « par génération » (et non pas les tables « pour une année donnée » publiées généralement) afin d’estimer la durée de vie qui reste pour les personnes en vie actuellement d’un âge et d’un sexe donné. Cela nécessite d’extrapoler les tendances observées : l’espérance de vie des jeunes retraités d’aujourd’hui dépend de l’évolution à venir des taux de mortalité…

      Jacques Menthonnex, Pully
      -Démographe à Statistique Vaud (www.scris.vd.ch)
      -Ancien président de l’AIDELF (Association Internationale des Démographes de Langue Française)

  • 2
    Burgenmeier Beat

    Ce ne sont pas seulement les prévisions de l’espérance de vie des retraités qui posent problème, mais également les prévisions démographiques en général (flux migratoires obligent) ainsi que  l’évolution de la productivité (pour des spécialistes, il convient de préciser qu’il s’agit théoriquement de la productivité marginale physique des facteurs de production « travail » et « capital » difficile à mesurer quantitativement ). Enfin tout projet de révision de la sécurité sociale doit répondre à la question normative de la redistribution des revenus et des fortunes intra- et intergénérationnelle. Au fond, la question est simple: Quelle forme de solidarité voulons-nous promouvoir? Ce n’est certainement pas par le recours à la technique actuarielle que nous y répondons.

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