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Quand les pharmaceutiques jouent au malade imaginaire

L’incommensurable culot et l’insupportable influence des fabricants de médicaments

Le Conseil fédéral annonce une baisse du prix des médicaments. Une baisse qui reste modeste si l’on considère l’affaiblissement de l’euro. Ce qui n’empêche pas les pharmaceutiques de geindre, de menacer et de travailler au corps les parlementaires.

En mars dernier, le nouveau responsable de la santé publique, Alain Berset, annonçait une baisse du prix des médicaments remboursés par l’assurance de base, grâce à une modification du taux de change de référence face à l’euro. Au total, le Conseil fédéral en attend des économies de 240 millions de francs par an pour les trois prochaines années. Les médias ont salué une décision favorable aux assurés. A tort, relève Urs P. Gasche, journaliste animateur du siteInfosperber et représentant des patients et des assurés au sein de la commission fédérale des médicaments.

Gasche rappelle tout d’abord le droit en vigueur. Chaque année, les prix du tiers des médicaments remboursés sont comparés à ceux en vigueur en Allemagne, en Autriche, en France, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et au Danemark. La moyenne des prix fixés par ces pays, majorée de 3%, est imposée comme plafond pour le marché suisse. Les prix actuellement en vigueur ont été déterminés sur la base d’un taux de change de 1,56 franc pour un euro. Or au cours des douze derniers mois, l’euro s’est déprécié de 20% et ne vaut plus que 1,23 franc. L’industrie pharmaceutique a exigé un taux de change de 1,40 franc, arguant de la cherté du franc qui pénaliserait ses exportations. Le Conseil fédéral a résisté, mais le taux de change adopté – 1,29 franc – est encore supérieur de 5% à celui que le droit en vigueur aurait permis. L’économie annoncée constitue en réalité un surcoût par rapport à une application rigoureuse de l’ordonnance en vigueur.

Pour apprécier à leur juste mesure les récriminations de l’industrie pharmaceutique, il faut rappeler deux choses.

Tout d’abord, plus des deux tiers des médicaments remboursés en Suisse sont importés. Et seul 1,5% des médicaments fabriqués en Suisse sont consommés dans le pays. Contrairement à ce que prétendent les pharmas helvétiques, les places de travail en Suisse ne sont pas en jeu. Par contre, en supportant un taux de change irréel, les assurés suisses subventionnent des entreprises à l’étranger. Rudolf Strahm (Tages-Anzeiger du 8 mai) a calculé que ces dernières ont engrangé un demi-milliard de francs par le biais de ce taux de change.

De plus, le prix du deuxième tiers des médicaments restera fixé en 2013 encore sur la base d’un taux de change de 1,55 franc; et le troisième tiers bénéficiera de ce traitement de faveur jusqu’à la fin de 2014, soit un gain de change estimé à plus d’un milliard. Un gain insuffisant pour l’industrie pharmaceutique qui menace de recourir contre chacune des milliers de décisions de l’Office fédéral de la santé publique relatives aux prix des médicaments.

Ces faits ne semblent pas impressionner la commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national. Par voie de motion, elle enjoint le Conseil fédéral de renégocier le prix des médicaments pour tenir compte des difficultés de l’industrie pharmaceutique. On connaît l’influence de cette dernière sur les parlementaires bourgeois. Rappelons-nous l’exception aux importations parallèles concédée à cette branche par le Parlement.

Il serait intéressant de connaître l’ampleur du soutien financier accordé par les entreprises pharmaceutiques aux partis qui se réclament du libéralisme et le pratiquent à la carte.

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Discussion

  • 1
    Richard Lecoultre says:

    Titre d’article très bien trouvé. Il est vrai que si une infime partie des bénéfices des entreprises pharmaceutiques permet de financer les partis libéraux et patriotiques de notre Confédération, les malades suisses doivent considérer que c’est un privilège de payer leurs remèdes beaucoup plus cher qu’ailleurs.  

Les commentaires sont fermés.