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Prévenir vaut mieux que prédire

Science: il ne suffit pas qu’un projet se veuille ambitieux et séduisant pour justifier l’investissement

Photo Laura Gastelum Photo Laura Gastelum (licence CC)
icone auteur icone calendrier 9 mai 2012 icone PDF DP 

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L’ordinateur deviendra-t-il la nouvelle Pythie? Un projet à un milliard d’euros ambitionne de prévoir les évolutions  – économiques, sociales, politiques, militaires, environnementales notamment – de notre planète. Un simulateur du monde en quelque sorte. Et si nous nous engagions plutôt à prévenir les crises dont nous ne connaissons que trop bien les causes?

Le projet intitulé FuturICT – ICT pour technologies de l’information et de la communication – est copiloté par Dirk Helbing, un physicien de l’Ecole polytechnique de Zurich, spécialiste des systèmes complexes. FuturICT regroupe des dizaines d’instituts universitaires de par le monde qui, tels des senseurs, vont enregistrer en temps réel toutes les données disponibles grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (réseaux sociaux, traces numériques des achats, localisations par les téléphones portables, statistiques,…).

Ces données alimenteront des modèles de fonctionnement de l’économie, de la finance, de la santé, de l’environnement naturel, des conflits, entre autres, dont nous pourrons observer l’évolution. Et, à partir de ces observations, tenter de faire des prévisions de manière, le cas échéant, à éviter ou atténuer une crise.

La démarche consiste à opérer des simulations à grande échelle grâce à la puissance de superordinateurs capable de digérer une avalanche de données de tous genres.

Dirk Helbing a étudié les mouvements de foule (La Mecque, le métro londonien, une autoroute saturée) et en a tiré des enseignements utiles pour leur gestion. Mais passer de phénomènes circonscrits et peu complexes au fonctionnement de l’économie, aux conflits sociaux par exemple, représente un véritable saut quantique. Un saut d’autant plus risqué que la qualité des informations récoltées n’est pas assurée, le contrôle des multiples sources dont elles proviennent n’étant pas possible.

Ce désir de prévoir des évolutions et de désamorcer éventuellement leurs conséquences fâcheuses est louable. Mais l’immense et coûteuse machinerie mise en oeuvre pour ce faire occulte le fait que nous connaissons déjà les moyens de répondre aux principaux défis auxquels est confrontée la planète. Que ce soit la faim, l’instabilité économique que provoque la spéculation financière, la raréfaction des ressources naturelles, le changement climatique, des solutions existent pour affronter ces problèmes. Au lieu d’investir pour en prévoir les évolutions, il serait plus efficace d’agir dès maintenant pour en éradiquer les causes.

L’ordinateur ne remplacera pas la volonté politique.

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Discussion

  • 1
    Richard Lecoultre says:

    L’ordinateur ne remplace pas la volonté politique, pas mieux que la bourse, ou que les consultants, mais c’est un joli jouet qui créera des emplois pour des gens inutilisables dans un atelier ou un chantier, et qui permettra de dépenser toujours plus d’argent à son entretien et à son perfectionnement.

  • 2
    Kraege jean-denis says:

    J’approuve pleinement votre réflexion. Des scientifiques comme Per Bak (« Quand la nature s’organise », Flammarion 1999) ont démontré que la seule chose que l’on peut prédire, c’est qu’il y aura des catastrophes, que statistiquement il y en aura tant de grande magnitude, tant d’importance moyenne et tant de faible amplitude (selon une échelle doublement logarithmique). On ne peut prédire quand ni où elles se produiront. La seule chose que l’on puisse faire, c’est se battre contre tous les malheurs déjà existants. Et il y en a bien suffisamment! Le plus amusant, c’est que Per Bak et bien d’autres (cf. Critical mass de Philip Ball, 2004) ont justement travaillé sur les mouvements de foule, les autoroute saturées (mais aussi sur les tremblements de terre, le prix du coton, les changements d’opinion etc.) pour en arriver à des conclusions diamétralement opposées à celles de Dirk Helbing.

  • 3
    Jolissaint says:

    comme vous le dites vous-même : « Et, à partir de ces observations, tenter de faire des prévisions de manière, le cas échéant, à éviter ou atténuer une crise. »

    De fait, pas besoin de polémiquer : les sceintifiques ont conscience de l’énorme complexité des liens entre tous les aspects de la société humaine (incluant la biosphère), et de l’aspect grotestque des simplifications outrageuses de certains politiques. Par conséquent, une meilleure prise en compte des aspects systémiques de notre société ne peut être que bénéfique.

    Dépenser plus d’argent pour réfléchir mieux, voilà un louable exercice. Diamétralement opposé aux simplismes des politiciens des extrêmes. L’ordinateur ne remplacera pas la volonté publique, OK. Mais un robot, au moins, ne mentira pas pour des raisons électorales…

  • 4
    Gautier STOLL says:

    Ce genre de projets extrêmement ambitieux, fondés sur des calculs par ordinateurs, existent dans d’autre domaines, et peuvent avoir des aspects négatifs et positifs.
     
    Il est évident que de promettre de pouvoir tout expliquer puisqu’on a un gros ordinateur est assez délirant. C’est même une attitude peu scientifique, plus proche de celle d’un publicitaire (mais la science a tendance à prendre cette direction à cause d’un gestion fondée sur la concurrence). De plus, on peut trouver dans ce projet une certaine arrogance par rapport aux disciplines scientifiques qui étudient depuis longtemps ces problèmes, tels l’économie, la sociologie, l’anthropologie etc. Ce n’est pas parce qu’on a la même formation qu’Albert Einstein qu’on est capable de faire des sciences humaines mieux que tout le monde.
     
    D’un autre côté, je pense qu’il n’y a pas de mauvais sujet scientifique. L’histoire des sciences est pleine d’exemples d’axe de recherches apparemment sans avenir qui débouchèrent sur des résultats spectaculaires. Même des approches très approximatives peuvent être efficaces (les théories actuelles de l’univers sont fondées sur un fluide, dont les particules élémentaires sont… les galaxies). Le principal intérêt de ce projet est plutôt d’identifier les limites d’une approche basée sur des modèles informatiques, et je pense que les scientifiques de ce projet l’envisagent de cette façon, même s’ils le vendent de manière beaucoup plus agressive. Si par hasard ces derniers arrivent à construire un modèle explicatif suffisamment précis (probablement dans un cas bien particulier), on peut imaginer de pouvoir prédire certaines perturbations, qui pourraient se traduire en interventions politiques améliorant le quotidien de la population.

  • 5
    André de Coulon says:

    Très juste !

Les commentaires sont fermés.