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L’odeur de l’argent UBS

La démocratie ne peut pas être mise sous condition

Ainsi donc, après Credit Suisse, voici UBS! La banque annonce qu’elle va reprendre ses versements aux partis politiques. Les «circonstances» l’avaient obligée à les interrompre. Mais elles ont révélé aussi son insubmersibilité. Too big pour être pingre. Ce soutien financier aux partis, modeste quoique d’un million, ne saurait toutefois être alloué qu’aux seuls partis «qui s’engagent clairement pour la concurrence et l’économie de marché». La subvention est attribuée sous réserve: être idéologiquement conforme.

UBS, posant une telle exigence, ne manque pas de culot, car la libre concurrence dont elle fait un principe inconditionnel, si elle avait été appliquée à elle-même, l’aurait envoyée par le fond. Car elle a coûté cher, la donneuse de leçons. Cher en vilipendant la réputation de la Suisse, cher en ne respectant pas la déontologie professionnelle, cher en mobilisant pour sa défense le Conseil fédéral, le parlement, l’administration, cher en obtenant que soient sortis de son bilan des «illiquides» dont il reste un dernier lot difficile à placer.

Les conditions posées par UBS visent particulièrement le parti socialiste. Il est évident qu’il ne saurait accepter qu’on lui impose une quelconque soumission idéologique. Il a ouvert une consultation interne. Elle donnera une réponse qu’on peut préjuger sans faille.

Le coût du fonctionnement démocratique

Un rapide pointage fait apparaître la singularité suisse, cas particulier en raison de sa pratique de la démocratie directe. Plusieurs fois par année, il faut que les faiseurs d’opinion fassent circuler leur mot d’ordre. Economiesuisse, financièrement bien dotée, surveille ce marché politique, intervient à la mesure des intérêts de ses membres. Cette surveillance du marché est bien couverte, mais unilatéralement.

Cas particulier encore, le statut des parlementaires. Ils ne sont pas payés comme des professionnels mais comme des miliciens. Ils ne doivent pas tout leur temps à leur mandat politique. En général une activité économique complète l’engagement politique, créant une dépendance matérielle.

Enfin, il faut prendre en considération le soutien de la Confédération. La majorité ne veut pas envisager une loi sur les partis, rouages pourtant indispensables de la gestion démocratique. Dès lors, il a été jugé équitable, à défaut d’un financement direct, de payer les coûts du fonctionnement de la démocratie: documentation, secrétariat. La Constitution exige que les milieux concernés soient consultés avant qu’un projet législatif soit élaboré. La réponse coûte en recherches, en rédaction. Il est en conséquence naturel de faciliter matériellement l’accomplissement de cette tâche, ou d’éditer, avant les votations, une brochure qui renseigne les citoyens.

Il est évident que ce statut, sous les apparences du refus de tout interventionnisme, laisse le champ libre aux détenteurs de financements privés. Les cotisations professionnelles drainent des capitaux destinés à défendre l’image et les intérêts de leurs membres. Syndiqués et militants de gauche ne peuvent songer à réunir de telles sommes.

Rendre public

On croit déjà entendre les généreux donateurs, UBS et compagnie, commenter le refus des partis de gauche. S’ils ne veulent pas de notre argent, la part des autres sera plus grande.

Le véritable enjeu est de créer les conditions d’un débat démocratique authentique. Pour cela, éviter que l’argent ne se transforme en déferlante déséquilibrée de propagande, et la propagande en une distorsion de l’opinion.

Le commencement d’un assainissement indispensable serait que les partis décident, à titre volontaire, de publier leurs comptes.

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Discussion

1 Rétrolien

  1. [...] UBS décide comme d’autres de donner de l’argent aux partis, officiellement, mais seulem…. Autant pour l’égalité de traitement. [...]

    Cité par Revue de web – S01E18 | Fred H - 6 mai 2012 à 11 h 11 min

Les commentaires sont fermés.