Parmi tous les commentaires entendus à l’issue du premier tour de l’élection présidentielle française, nous en avons retenu un, partagé aussi bien par la presse hexagonale qu’étrangère: «l’ouragan» Marine Le Pen qui tiendrait les clés du second tour.
Un «ouragan», vraiment? La fille, avec 17,9% des suffrages exprimés, fait certes mieux que le père en 2007 (10,4% des suffrages). Mais le Front national fait moins bien que la droite nationaliste en 2002 (Le Pen 16,9% et Mégret 2,3%). Sur dix ans, le score du FN ne s’améliore donc que marginalement, et la droite nationaliste est même en recul. On ne peut dénier pourtant à Marine Le Pen d’avoir consenti des efforts pour renouveler l’image et élargir la thématique de manière à pouvoir présenter le FN comme un parti « normal ».
Il importe aussi de se souvenir que Jean-Marie Le Pen avait obtenu 14,4% des suffrages en 1988 et 15% en 1995. Compte tenu de la situation économique actuelle (le pouvoir d’achat, l’emploi et le chômage viennent en tête des préoccupations de l’électorat français), la progression du FN sur une quinzaine d’années n’a rien d’exceptionnel, ni, surtout, de spectaculaire.
En fait, c’est le score du FN de 2007 qui était «anormal». Avec un discours très marqué à droite, le candidat Sarkozy était parvenu à siphonner une partie de l’électorat du FN, et beaucoup s’étaient «émerveillés» de cette performance qui «décapitait» la mouvance nationaliste. Mais le siphonage était opportuniste – à l’image de tout ce qu’a dit et annoncé pendant cinq ans le président sortant.
C’était un peu la fable du corbeau et du renard. L’électorat du FN s’est fait prendre une fois. Pas deux. Ce qui réduit d’autant la perspective d’un bon report des voix sur le président-candidat. Dès lors Marine Le Pen ne détient aucune clé pour le 6 mai. Et c’est tant mieux!













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