Mode lecture icon print Imprimer

Calife à la place du calife

Elections communales: destins croisés du socialisme neuchâtelois

Photo Rafmagn Photo Rafmagn (licence CC)
icone auteur icone calendrier 13 avril 2012 icone PDF DP 

Thématiques

Les élections communales neuchâteloises sont fixées au 13 mai prochain. A peu près personne n’en attend ou n’en escompte de changement significatif. Les partis peinent à recruter des candidates et des candidats. Le plus souvent ils laissent entendre qu’ils souhaitent au moins maintenir leurs acquis.

Pour donner un coup de pouce à son parti cantonal, l’assemblée des délégués du parti socialiste suisse a siégé le 31 mars à La Chaux-de-Fonds, dans le cadre de l’ancienne usine électrique, haut lieu de son histoire industrielle et architecturale. La section locale du PS a aussi tenu à marquer un événement très particulier, rare dans le paysage helvétique, en publiant tout récemment un ouvrage intitulé La Chaux-de-Fonds 1912-2012. Histoires d’une ville de gauche. Au Locle, on pourrait aussi se prévaloir d’une même longévité.

Il est acquis que les deux villes des Montagnes neuchâteloises entameront sereinement un deuxième siècle de domination de la gauche à l’issue de ces prochaines élections. Ensemble, le parti socialiste, le parti ouvrier et populaire et les Verts ont recueilli presque 60% des suffrages en 2008 à La Chaux-de-Fonds et davantage encore au Locle (68%).

Au cours des trente dernières années, ces pourcentages ont enregistré quelques variations significatives, en fonction notamment de l’apparition de listes concurrentes plus ou moins éphémères. Pas assez, cependant, pour ébranler sérieusement la tendance de fond. La présence de listes UDC depuis 2004 a davantage affaibli les partis bourgeois traditionnels (radicaux et libéraux) que réduit la domination de la gauche.

Ce calme apparent est pourtant trompeur. Au sein de la gauche, le PS est à la peine. A La Chaux-de-Fonds, en vingt ans, il a perdu, de manière quasi continue, une bonne dizaine de points de pourcentage, de 37,6% des suffrages en 1988 à 26,2% en 2008 (son plus mauvais résultat). Dans le même temps, le POP gagnait quelques points de pourcentage et Les Verts triplaient leur représentation (5,1% à 15,6%).

Au Locle, le parti socialiste a enregistré un quasi effondrement: de 43,7% des suffrages en 1980 à 13,8% en 2008 – le plus faible pourcentage de toutes les communes du canton où le PS présentait une liste. Le POP, qui n’était qu’une force d’appoint jusqu’en 1980, est devenu prépondérant avec plus de 40% des suffrages en 2008, ce qui lui a permis de faire élire trois de ses représentants dans un exécutif communal de cinq membres. La Ville du Locle se permet aussi le«luxe» de boucler depuis plusieurs années ses comptes avec des excédents. Comme quoi – on ne peut se refuser cette référence – le rouge et le noir sont parfaitement compatibles.

Ces évolutions ne sont pas indifférentes. Le socialisme neuchâtelois s’est implanté et s’est imposé dans les Montagnes neuchâteloises. Il a donné quelques personnages qui ont marqué l’histoire politique suisse (Charles Naine et Paul Graber) et même internationale (Jules Humbert-Droz). Jusque dans les années septante, le socialisme était «du haut», alors que les partis bourgeois dominaient de la tête et des épaules le littoral et les vallées.

Au cours des trente dernières années, la situation s’est en quelque sorte homogénéisée. La gauche plurielle est devenue majoritaire en ville de Neuchâtel il y a vingt ans, alors qu’antérieurement les socialistes ne comptaient que pour un (bon) tiers du législatif communal. En dehors des trois villes, les communes rurales conservent des majorités bourgeoises mais le socialisme, et plus récemment l’écologie, se sont progressivement acclimatés. En 2008, la proportion des suffrages socialistes dans les districts a été partout supérieure à celle obtenue dans ceux des Montagnes…

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/20346
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/20346 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • Il me semble que les causes du déclin socialiste, dans les montagnes neuchateloises comme ailleurs, sont spécifiques à ce parti et largement indépendantes de la progression des verts (laquelle est due à l’émergence des problèmes environnementaux) comme de situations locales (la bonne gestion du maire De La Reussille, laquelle explique sans doute le succès du POP au Locle).

    Le PS est tout simplement devenu le parti des privilégiés: fonctionnaires bien payés, enseignants, cadres aisés bobos hautement diplômés et bénéficiant de la mondialisation. Ces situations privilégiées ont permis à une classe moyenne et supérieure protégée de la concurrence, risquant très peu de perdre son emploi et ses revenus, ayant idéologiquement le coeur à gauche, de continuer à cultiver l’idéologie égoïste du narcissisme bourgeois soixante-huitard.

    Les classes populaires n’ont pas pu se payer ce luxe.

    Dans cette idéologie soixante-huitarde on trouve beaucoup de tabous très dommageables comme l' »antiracisme », la xénophobophobie, l' »esprit d’ouverture » béat, l' »antiautoritarisme », l’idéologie du métissage, la culture de l’excuse, etc., etc. Ces bons sentiments un peu bêbêtes, pouvaient se comprendre autrefois comme réactions au conservatisme excessif un peu chauvin de la Suisse des années 60. Mais ils n’ont plus de raison d’être dans la situation actuelle. Ils ont ont obturé les yeux et les oreilles des responsables PS, agissant comme un véritable autisme idéologique qui a interdit au PS de s’intéresser aux problèmes concrets endurés par les classes populaires.

    En plus, et c’est sans doute l’élément principal, au PS l’européisme fait figure de dogme intouchable. Les gens ordinaires, vivant dans le marché du travail non protégé, ont vite compris que cette Europe était diamétralement contraire à leurs intérêts, car c’est l’Europe des multinationales, du dumping salarial transfrontière systématique, l’immigration étant employée comme armée de réserve du patronat pour faire pression sur les salaires.

    Entendant les responsables socialistes défendre à tout prix la libre circulation libre exploitation le prolo de base a perçu la collusion entre les chefs de ce parti et les dirigeants des grandes multinationales du monde « globalisé ». Il a compris qu’on lui demandait son vote, non pour le défendre, mais pour aider la carrière d’arrivistes désireux d’être cooptés par les élites de Bruxelles, pour mieux l’exploiter, lui, le prolo et pour mieux déposséder la Suisse de son autodétermination.

    C’est la raison pour laquelle, vous le montrez bien, la « gauche plurielle » dont le PS est le centre de gravité, s’est implantée dans des centres urbains comme Neuchatel et les autres grandes villes suisses, ou existe une classe moyenne bourgeoise voyant son avenir dans le monde sans frontières des multinationales et du mondialisme, avec l’idéologie  que cela implique.
     
    Et surtout c’est la raison pour laquelle la clientèle naturelle du PS a tourné le dos à ce parti et lui  a préféré un parti patronal : l’UDC, car à tout prendre, la majorité a jugé (non sans raison, il serait trop simple de prendre ces électeurs pour des imbéciles) que l’UDC malgré son libéralisme économique brutal est REELLEMENT moins dangereux pour l’intérêt des travailleurs, que le PS.

    Le parti socialiste expirant pourrait dire: « L’Europe m’a tuer ».

    • Il y a beaucoup de juste, curieux, dans votre analyse de l’évolution de l’électorat du parti socialiste en Suisse. Personnellement bien en accord avec les idées progressistes qu’il véhicule, j’aurais pu donc devenir moi-même membre du PSS. A des amis, membres du parti, qui me demandent pourquoi je ne le fais pas, je réponds toujours par la même remarque : Je deviendrai membre du parti socialiste le jour où la médiane des revenus de ses membres sera plus basse que la médiane des revenus des citoyens de ce pays. Autant dire que mon adhésion sera post-mortem …
      Ce qui est toujours dommage avec vos analyses, curieux, c’est que pour partez dans des grandes généralités avec souvent en toile de fond cette haine de l’Europe politique actuelle. Pourtant c’est grâce à la création de l’UE qu’il n’y plus de guerre en Europe depuis 70 ans (Les Balkans, non membres de UE, sont un tragique cas particulier.). Et ceci est l’essentiel. Il n’y a de loin pas pire que la guerre pour une société humaine.
      J’en viens aux socialistes des Montagnes neuchâteloises, objet de l’article de Jean-Pierre Gehlfi, et en particulier à la Tschaux.
      Chaudefonnier d’origine, de naissance, de coeur et de sensibilité, y ayant passé toute ma jeunesse, je suis toujours au courant de qui s’y passe. C’est très vrai que le parti socialiste y décline. Mais l’essentiel est que l’ensemble des forces de gauche y sont toujours aussi puissantes. « La Gauche » s’y est bien diversifiée, mais y reste électoralement très solidaire, malgré d’inévitables conflits.
      Et pour finir la remarque qui tue votre démonstration : L’UDC locale s’y est bien implantée grâce à la personnalité de Pierre Hainard (le père de Frédéric), qui avait quitté le parti radical local et rejoint l’UDC pour des questions de bisbilles locales, peu intéressantes à raconter ici. Politiquement Pierre Hainard, par ses idées et ses actes comme conseiller communal (exécutif) UDC de la Tschaux, est à situer, au niveau suisse, à l’aile gauche du parti radical et extrêmement éloigné de l’UDC blochérienne. D’ailleurs il s’est bien entendu avec ses collègues de gauche dans la gestion de sa ville. Comme quoi en fait les bonnes idées progressistes des Montagnards, majoritaires depuis un siècle cette année, ont contaminé quasi l’ensemble de la classe politique locale, et c’est un plus, sans aucun doute.

Les commentaires sont fermés.