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Le Valais a plus d’un atout

Il n’y a pas que le tourisme. Il faut savoir aussi vendre son eau

Le décompte des bulletins de vote dans le Valais ne laissait aucun doute. Ce n’était pas, majoritaire, un refus, mais, viscéral, un rejet. Ce canton n’acceptait pas ce qu’il considérait comme une mise sous tutelle. L’initiative de Franz Weber était ressentie comme une atteinte à sa compétence souveraine première.

Voir dans l’acceptation de l’initiative un triomphe de la centralisation, c’est mal interpréter nos institutions. On peut faire remarquer que la double majorité, y compris celle des cantons, est requise – et qu’en l’occurrence elle fut obtenue. Et surtout, une initiative populaire est en elle-même un pouvoir sans limite, sous réserve du droit international et du respect des droits de l’homme. Parler de centralisation, c’est ouvrir un faux débat. La démocratie directe est en soi un plein pouvoir donné au peuple.

Le résultat étant clair, il ne reste qu’à appliquer le droit. L’initiative, sommaire dans sa rédaction, exige une loi qui en précise l’interprétation: la disposition transitoire y fait clairement référence. Les opposants à l’initiative pourraient être tentés par un combat d’arrière-garde. Car les questions sont multiples. Qu’est-ce qu’une résidence secondaire? Sur quelle base se fait le recensement? Dans quelle catégorie placer la propriété par étage? Difficile de régler ces problèmes dans une loi qui soit adoptée par les deux Chambres dans le délaide deux ans imposé par l’initiative. Un référendum serait de surcroît possible, et l’on imagine sans peine le nombre de recours au Tribunal fédéral.

Pour franchir ces obstacles, le Conseil fédéral, d’entente avec les cantons alpins et en associant les initiants, devrait mettre en place une commissionchargée d’interpréter l’initiative, dans une période transitoire, jusqu’à ce que les lois spécifiques puissent intégrer ces données nouvelles, expérience faite.

Les cantons alpins, et en premier lieu le Valais, devraient collaborer à ce travail. Ils sont partie à une loyale solidarité confédérale. Le Valais, par exemple, bénéficie très largement de la péréquation financière fédérale. Est incontestée sa responsabilité dans le laisser-faire du développement de la plupart des stations touristiques, là où les télécabines font la loi.

Or, les résidences secondaires ne sont qu’un aspect de la mutation des cantons alpins. Le problème de l’énergie, la mise hors circuit du nucléaire, valorisent leurs ressources naturelles. Le Valais (pour ce débat, on se limitera à ce canton) n’a pas de pétrole, mais de l’eau que le soleil a gratuitement pompée jusqu’au niveau utile pour la transformer en énergie. Et, contrairement à ce qu’on affirme, l’énergie électrique peut être stockée. Les barrages rendent possible ce stockage qui permet de ne vendre que de l’énergie chère, au tarif des heures de pointe de la consommation.

A partir de ces données simples, on transpose un peu facilement les propriétaires de l’eau turbinable en émirs des glaciers et les chamois en chameaux. Mais le Valais n’est pas encore le Quatar. Certes, les communes sont propriétaires du droit d’exploiter l’eau. Mais elles n’ont pas toutes accès à la fonte des glaces, les deux tiers seulement. Il serait bon en conséquence que, sous l’égide du canton, tous les Valaisans bénéficient du droit concédé. D’autre part, si les communes concessionnent, elles ne peuvent guère prétendre exploiter elles-mêmes, elles ne possèdent pas les centrales, ni les lignes de transport.

L’Etat, de son côté, est propriétaire à 100% de l’exploitation de l’eau du Rhône. Mais il est passé le temps où l’on imaginait que seraient construits onze barrages sur son cours jusqu’au Bouveret. L’Etat toutefois s’est mis en situation d’agir en créant en 2004 une société anonyme, les «Forces motrices valaisannes». Enfin, les CFF, très tôt, ont su construire le barrage de Barberine devenu, agrandi, le barrage d’Emosson, fournissant du courant aux normes CFF.

Pour que le tableau soit complet, précisons que les concessions actuelles sont valables pour de longues durées: Mauvoisin, 2041; Grande Dixence, 2045. L’Etat est toutefois pressé. En juillet 2011, un groupe d’experts présidé par le conseiller d’Etat Jean-Michel Cina a déposé un rapport à l’intention du Conseil d’Etat, c’est-à-dire à celle de Jean-Michel Cina qui dirige le DEET (département économie, énergie, territoires). Les trois modèles proposés vont de la concession avec redevance à la cantonalisation. Décision au plus tard en 2013.

Le Valais aura-t-il la force d’affronter les grandes sociétés d’électricité?

Il serait légitime qu’il tire un bénéfice du droit d’eau. Il pourrait, avec les communes, créer un fonds souverain dont les recettes seraient garanties. Il aurait pour mission de développer, de soutenir tout projet «créatif» d’intérêt public.

Mais les grandes sociétés d’électricité, presque toutes liées aux pouvoirs publics cantonaux et communaux, interdépendantes, unies dans des holdings variées, sont un redoutable pouvoir. Le Valais aura besoin d’alliés pour que soit acceptée au profit du canton fournisseur une redevance qui, en fin de compte, sera payée par les consommateurs des grands centres urbains.

Des résidences secondaires aux kilowattheures, le Valais va conduire des négociations essentielles. Elles mettront à l’épreuve les intérêts cantonaux, défendus âprement. Mais c’est aussi l’esprit confédéral qui permettra de trouver solutions et compromis. Il y a un temps pour les coups de gueule et un temps pour la diplomatie.

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