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Mercredi matin: une occasion en or gâchée pour les enseignants genevois

Passée à quatre jours, Genève vote sur le retour de la semaine scolaire sur quatre jours et demi

Le processus de réflexion sur l’introduction du mercredi matin à Genève était une occasion en or. L’occasion d’améliorer à la fois conditions de travail et qualité de l’enseignement. Personne ne l’a saisie, durant les deux années qu’a duré la réflexion sur ce projet. Ni les syndicats des enseignants primaires, ni l’autorité politique responsable de l’instruction publique.

Afin d’introduire le mercredi pour les élèves de 8 à 12 ans, les Genevois doivent dire ce 11 mars s’ils sont d’accord de débourser chaque année 20 millions pour payer les enseignants supplémentaires nécessaires. En effet, le projet du mercredi ouvre une brèche dans l’horaire scolaire: s’il est accepté, les enseignants continueront à enseigner 28 périodes, alors que les élèves de 8 à 12 ans iront en classe durant 32 périodes. Pourquoi? Le temps de travail hebdomadaire de 40 heures d’un enseignant est réparti selon plusieurs activités, dont la plus visible consiste en 28 périodes de 45 minutes d’enseignement devant la classe; et un plafond maximal intangible de 28 périodes a autrefois été fixé lors de négociations syndicales avec l’autorité politique.

Sachant cela, essayons tout de même d’imaginer un autre scénario . Phase numéro 1: et si un conseiller d’Etat audacieux et qui n’a pas besoin d’être réélu annonçait au syndicat des enseignants primaires que le temps d’enseignement va passer de 28 à 32 périodes pour introduire le mercredi matin? Phase numéro 2: et si le syndicat rétorquait: «D’accord, nous avalons cette couleuvre; nous acceptons de remettre en question le plafond des 28 périodes. Mais il nous faut une contrepartie en béton. Nous exigeons bien plus que les 150 postes que vous auriez de toute façon investis dans votre projet du mercredi». Le syndicat du primaire affirme en effet que, pour avoir les mêmes conditions d’enseignement qu’en 1991, période faste de l’Etat avant les premières difficultés budgétaires, il faudrait aujourd’hui 300 postes de plus. Et le bras de fer de la négociation, étape numéro 3, aurait commencé. Au passage, quel avantage en terme d’image pour les enseignants! Personne n’aurait pu insinuer que le refus de venir enseigner le mercredi – soit leur confort personnel – expliquait leur opposition.

Malheureusement, l’occasion n’a été saisie ni par les uns ni par les autres. Les enseignants du primaire pourront donc continuer à se plaindre de leurs conditions de travail. Pourtant, l’effort d’un maitre généraliste pour enseigner quatre périodes de plus par semaine (soit passer de 21 à 24 heures de présence en classe) aurait été largement compensé par la qualité du travail obtenue: avec les postes supplémentaires, les maitres de classe auraient pu bénéficier de la présence de collègues pour enseigner en demi-classes ou constituer des groupes de soutien ou … toute mesure pertinente pour améliorer la qualité de l’enseignement.

Ce scénario est surréaliste? Oui. Car dans notre culture «d’acquis», il n’y a plus d’espace pour la réflexion créative qui apporterait pourtant bien plus que le maintien acharné du statu quo. Quel gâchis pour l’intérêt du travail des enseignants! Quel gâchis pour la qualité de l’école primaire!

____
Rectificatif (08.03.12, 10h45): le coût annuel des postes pour assurer les quatre périodes hebdomadaires supplémentaires de l’horaire scolaire est de 20 millions de francs (et non 40 comme écrit précédemment au deuxième paragraphe).

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Discussion

  • 1
    Félicien says:

    Vraiment?

    Charles Beer n’a pas besoin d’être réélu…
    Et les syndicats d’enseignants bondiraient à l’idée de ce « deal »…

    Ceci-dit, je suis d’accord pour l’occasion manquée, mais elle se situe aussi (et même plutôt) du côté de l’articulation entre école et parascolaire, en particulier dans les moyens supplémentaires importants à investir dans les deux. 

  • 2
    Jean-Jacques ISAAC says:

    Je trouve l’article fort intéressant, d’autant plus que j’ai de la peine à me décider. Mais autre chose ne semble pas avoir ému non plus grand monde. Les 40 millions ne tomberont pas du ciel. Il aurait été plus clair, mais bien sûr périlleux, de lier cette nouvelle matinée d’école à une augmentation d’impôt correspondante. Car que va-t-il se passer si le mercredi matin est introduit ? On ira puiser ici et là, et cela sera mal perçu par les un·e·s et par les autres, bien sûr. La véritable question est : “Acceptez-vous que l’on puise dans d’autres départements et services l’argent nécessaire pour introduire le mercredi matin d’école, en donnant aux autorités politiques carte blanche pour puiser l’argent où cela leur semble le plus judicieux ?”

  • 3
    Clerc Philippe says:

    Situation à la française et solution à la française !

  • 4
    Achille Tendon says:

    Une grande question: dans tous les cas de figure, avec ou sans le mercredi matin, quel sera la capacité de l’élève sortant du cycle (infernal?) à lire et à calculer « basiquement » ???

  • 5
    Eric Banziger says:

    Réduire ce problème à ses aspects syndicaux et budgétaires en présentant les enseignants accrochés à leur privilèges est au mieux réducteur au pire malhonnête.
    Il manque dans cet article une analyse des aspects pédagogiques et politiques. Ces heures en plus sont le résultat de la décision politique d’introduire l’anglais dès le primaire, et le DIP Beer en tête obéit aussi à la pression de milieux traditionnalistes bien présents à Genève, pour qui la logique du « plus » se confond avec la logique du « mieux ». Les résultats soi-disant mauvais des petits genevois à PISA sert d’absoute à ces choix.
    Le DIP est coutumier de cette propension à obéir aux pressions et à retourner sa veste, voir la saga du grand retour des notes, et quand on a besoin d’argent pour une décision politique, on en trouve, voir l’introduction du controversé système des directeurs au primaire.

Les commentaires sont fermés.