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Réussite scolaire en 66 langues

La leçon enthousiasmante de l’autonomie pédagogique d’une école anglaise

A Uxbrige, dans l’ouest de Londres, il y a une école publique mixte fréquentée par quelque 1200 élèves (11-18 ans) dont beaucoup sont requérants d’asile – l’aéroport de Heathrow est tout proche. Ils parlent pas moins de 66 langues et bon nombre d’entre eux ont à peine quelques notions d’anglais à leur arrivée. Une situation qui ne promet guère de réussites scolaires.

De fait, il y a encore sept ans, 17% des élèves seulement obtenaient des résultats suffisants après cinq ans d’école secondaire, alors que l’objectif fixé est d’au moins 35% de réussites à cet examen final. Mais la réalité a bien changé depuis lors: 59% des élèves d’Uxbridge High School ont subi avec succès cette épreuve, soit un taux bien supérieur à la moyenne nationale. Comment est-ce possible?

Selon le proviseur Peter Lang, qui travaille depuis dix ans sur place, le secret de ce succès tient d’abord au respect manifesté envers l’héritage culturel de chacun des élèves. Ainsi, pour la Saint-Georges, le chef de cuisine prépare un roastbeef. L’école célèbre aussi le Nouvel An chinois, la fin du Ramadan, la fête hindouiste du Diwali, le Thanksgiving Day et Hanoukka, la fête des lumières de la communauté juive. S’y ajoute une semaine internationale où les mets et les danses permettent d’évoquer d’autres cultures, notamment africaines et caraïbes. Toutes ces occasions festives ont pour but – et manifestement pour effet – de prévenir la marginalisation ou carrément l’exclusion, voire l’oubli de ses racines.

Mais si toutes ces célébrations contribuent certainement à instaurer un climat favorable à l’intégration, elles doivent s’accompagner de toute une série d’autres mesures, certes moins joyeuses mais dont la combinaison peut s’avérer efficace. Elles sont rendues possibles par la grande autonomie dont dispose l’établissement.

Ainsi, Uxbridge High fait de son mieux pour permettre à chaque élève de comptabiliser au moins une réussite par jour. Elle a mis au point une procédure sévère contre le harcèlement (bullying) qui inclut les parents des élèves concernés. De manière générale, elle cultive le respect de la personne, de ses droits et son sens de la responsabilité, toutes valeurs mises en évidence lors des assemblées hebdomadaires des élèves regroupés par année scolaire.

Par ailleurs, comme il convient dans le monde anglo-saxon, l’école organise une foule de compétitions sportives et divers concours de musique. Efforts analogues côté communication: à l’intention des élèves, elle publie au moins une fois par an le UHS Express, magazine illustré relatant la vie de l’établissement tandis que le proviseur adresse une Newsletter semestrielle aux parents.

Enfin, pour stimuler l’envie de faire des études supérieures, les maisons dans lesquelles sont regroupés les élèves, à la manière des écoles privées, portent des noms d’universités prestigieuses, telles Cambridge, Harvard ou Brunel. Les occupants de ces maisons se réunissent deux fois par semaine pour approfondir les valeurs fondamentales et morales de l’école et ainsi soutenir le travail et le développement des élèves, ce qui stimule l’esprit de corps. Le port de l’uniforme scolaire y compris la cravate rayée or et marine, aurait-il une incidence positive sur la réussite scolaire par le biais justement du sentiment d’appartenance au groupe?

Et si des enseignants motivés du continent, en particulier de notre îlot suisse, passaient la Manche pour faire un stage à Uxbrige High?

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Discussion

  • 1
    Charlotte Robert says:

    J’ai lu attentivement et avec grand intérêt cet article. Et cela m’a donné la nostalgie des années 80 – l’ère Chavanne – où dans le canton de Genève il y avait plus de personnel para-pédagogique dans les écoles que d’enseignants. A la fin des années 80, l’école primaire des Pâquis avait plus de 1000 élèves. On y faisait du théâtre en farsi, on y chantait en espagnol, 75% des élèves étaient étrangers. Le quartier voyait deux mouvements : celui de Suisses étroits d’idées qui déménageaient pour fuir cette fourmilière culturelle et celui de Suisses et d’étrangers – employés des Nations Unies – qui recherchaient ces stimulants pour leurs enfants. Mais le néo-libéralisme avec ses critiques systématiques du secteur public a tout détruit et les écoles genevoises se retrouvent avec juste de quoi mettre un enseignant en face de chaque classe. C’est bien triste.

  • Oui, expérience très positive et instructive que celle d’Uxbridge et qui devrait être le ferment de nombreuses nouvelles initiatives, comme il y a en eu dans le passé et aussi maintenant.
    Permettez-moi de donner brièvement mon point de vue sur le coeur du problème de l’enseignement avec ses quatre composantes, les écoliers et collégiens, les enseignants, les parents et l’institution scolaire … même si cela va faire exploser quelques socialistes dogmatiques.
    Certes il y les antiennes bien connues : démission des parents et élèves plus que mal éduqués, restriction de crédits dans l’instruction publique, politique néo-libérale de notre société, évolution très rapide de notre environnement social, etc…  
    Mais j’ai vraiment l’impression que le conservatisme le plus fort est surtout chez les enseignants. Je suis pourtant de ceux qui veulent rehausser socialement le statut de l’enseignant, qui devrait, comme en Finlande par exemple, être très considéré. D’autre part l’institution scolaire doit lui donner une beaucoup plus grande liberté pour transmettre ses connaissances. Mais à l’inverse l’enseignant ne devrait plus avoir en particulier de nombreux privilèges, comme ce statut de nomination, afin que ceux qui n’ont rien à faire dans une école, ou plus souvent encore plus à rien y faire, soient licenciés rapidement. Et ne venez pas me dire qu’un enseignant ne peut pas se recycler dans une autre profession ; la majorité des salariés maintenant changent ou doivent changer complètement – comme cela a été mon cas (universitaire du 3e cycle) – au moins trois ou quatre fois de profession au cours de son parcours professionnel.
    Il devrait y avoir avant tout une recherche permanente des meilleures compétences pédagogiques et psychologiques pour enseigner, une forte concurrence pour engager le meilleur personnel, scolaire et parascolaire. Les syndicats d’enseignants, à mon avis, sont trop écoutés. Pour l’avenir de nos enfants et de nos jeunes (nous en avons deux d’une vingtaine d’années), la formation des enseignants devrait être plus exigeante, afin à la fois d’attirer de vrais futurs enseignants et d’écarter tous les planqués qui règnent dans les écoles, et il y en a beaucoup, hélas, surtout au niveau secondaire.

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