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Le capitalisme en crise

Il faut soigner un système malade… dont on ne saurait se passer

Photo Worl Economic Forum

Une anecdote pour débuter. C’était à Neuchâtel, il y a une bonne vingtaine d’années, à l’occasion d’une assemblée des délégués du syndicat FTMH avec comme guest star Klaus Schwab, fondateur du World Economic Forum. Son propos était d’informer des syndicalistes sur les perspectives de l’économie.

Tant d’eau a coulé sous les ponts depuis lors que je ne me souviens pas vraiment des considérations émises. Sinon cette affirmation péremptoire qui m’avait d’emblée un peu choqué (et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je m’en souviens). En gros K. Schwab avait dit que la croissance future de l’économie était assurée car «nous» savons maintenant de quelle manière la politique économique doit être conduite pour éviter de nouvelle crise. «C’est un peu compliqué à expliquer – il s’adressait à des syndicalistes! – mais vous pouvez me croire: il n’y aura plus de crise».

Inutile d’insister sur la vanité du propos. Notre monde a connu depuis lors quelques crises d’importance, dont la dernière a des effets si profonds et durables que le quotidien britannique Financial Times, a sollicité une trentaine d’auteurs, au cours du mois dernier, pour s’exprimer sur la crise du capitalisme (contributions qui ne sont pas en libre accès).

Il est vraisemblable, c’est une hypothèse, que Klaus Schwab, à Neuchâtel, faisait référence aux théories de l’offre et surtout aux (pseudo-)capacités auto-régulatrices de l’économie de marché. Le discours d’alors était celui de la déréglementation et de la libération des «forces du marché» qui nous assureraient une croissance économique continue. Aux gouvernements et aux banques centrales d’assurer le fine tuning pour que tout aille bien, et même mieux qu’auparavant. Le marché s’occuperait du reste. En Suisse, on se souvient probablement que ces théories étaient portées, entre autres, par David de Pury et ses divers «livres blancs».

Toujours prompt à saisir l’air du temps, Klaus Schwab n’hésite pas maintenant à déclarer que le capitalisme d’aujourd’hui ne passe plus.

On pourrait dire, bien sûr, qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Mais tout de même! Au cours de ces vingt dernières années – celles qui précèdent la crise financière de 2007-2008 –, le forum de Davos a été celui des «global players» qui n’ont eu de cesse de distiller les mérites infinis du marché, de la mondialisation et de la finance, dans un contexte de néolibéralisme autorégulateur. D’ailleurs, le Financial Times, qui finit par se poser des questions pertinentes sur le fonctionnement du capitalisme, a aussi été un partisan et un propagandiste émérite de la déréglementation et de l’autorégulation des marchés durant ces deux dernières décennies.

Que nous montre un bilan, tout rapide et sommaire qu’il soit, des soixante dernières années? En gros, les politiques économiques et sociales, européennes et anglo-saxonnes, ont comporté, durant les trois premières décennies, une bonne dose de propositions réformistes, progressistes, social-démocrates (la terminologie varie selon les pays). Il y a eu des périodes de surchauffe et d’inflation, mais surtout des progressions régulières et significatives du pouvoir d’achat des salariés. Les inégalités salariales ont aussi plutôt reculé, même si ce ne fut pas dans des proportions spectaculaires. Le rôle de l’Etat n’était pas non plus fondamentalement remis en cause, quoique les divergences étaient grandes quant à la manière de l’exercer.

Et le bilan des trois dernières décennies, inaugurées par les conservateurs Thatcher et Reagan, la théorie économique de l’offre, les réductions d’impôts pour les plus aisés, le néolibéralisme? Aussi bien Klaus Schwab que la plupart des contributeurs du Financial Times ne pipent plus mot sur ces thèmes. Très peu de considérations en particulier sur le lien entre néolibéralisme et endettement des Etats, entre déréglementation, creusement des inégalités sociales et hausse du chômage; autant de souffrances que cette idéologie a infligées à un nombre élevé et croissant de ménages.

La seule mention qui fasse à peu près l’unanimité est celle des rémunérations extravagantes dans le milieu financier en particulier. Mais c’est souvent pour ajouter qu’on ne voit pas très bien quels moyens et mesures pourraient être miss en place pour mettre fin à de tels excès.

En forçant à peine le trait, et en dépit de multiples critiques, souvent pertinentes, et de propositions intéressantes, le cadre général n’est pas vraiment remis en cause. Car, devinez, il faut corriger les quelques défauts d’un capitalisme dont on ne saurait se passer! Les 99% ont encore bien du pain sur la planche avant d’être entendus.

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Discussion

  • La plupart du temps je ne suis pas d’accord avec M. Ghelfi. Mais là j’applaudis des deux mains à sa critique pertinente des illusions des élites dominantes.

    C’est bien clair qu’après la chute du mur de Berlin tous les Klaus Schwab du monde, c’est à dire tous ces gens qui sont là pour faire de la propagande et de l’idéologie au service des puissances dominantes, claironnaient partout qu’on allait atteindre une sorte de paradis. Plus de communisme, plus de problème, la démocratie libérale et la prospérité générale par le libre marché régneraient sans partage. Et beaucoup de gens les croyaient. On croit toujours les vainqueurs du moment. Il y a même eu un fumiste appelé Fukuyama pour écrire un livre intitulé « la fin de l’histoire ». Selon lui on serait arrivé à une époque où la démocratie libérale ayant triomphé pour toujours, tout irait bien perpétuellement et il n’y aurait plus jamais ni de guerres ni de révolutions comme dans les âges sombres du passé. Dérisoire quand on y repense quelques années plus tard.

    Aujourd’hui on apprend que les troupes US vont se retirer d’Afghanistan dès l’année prochaine, c’est à dire un aveu de défaite définitive dans cette partie du monde dans laquelle on était pourtant en train d’installer la démocratie occidentale donc la fin de l’histoire. L’histoire est repartie pour un tour, avec tout son côté tragique si contraire à l’optimisme anglo-saxon.

    C’est inexplicable, ce que les gens peuvent se bercer d’illusions. Je me souviens d’une conversation avec un collélgue de bureau dans les années 1990. Il évoquait le souvenir des années 30 où, horreur, les salaires des employés de banques avaient baissé…! De la manière dont il disait ça on sentait bien que pour lui la seule idée qu’une telle chose puisse arriver à nouveau un jour: une baisse des salaires! était inimaginable. Je me souviens aussi un oncle entrepreneur à succès dans les années 60-70 et qui disait. La croissance sera sans limite. On ira essaimer dans les galaxies…

    Aujourd’hui on le voit bien, toutes les tragédies humaines peuvent toujours se reproduire. On n’arrivera jamais à la fin de l’histoire. Il y aura toujours des reculs, des régressions qui n’en sont pas parce qui’il n’y a jamais de progrès linéraire. Il y aura toujours des crises, des misères, des conflits ethniques, des luttes sociales. Et cela ne se résoudra jamais ni par la victoire du marché, ni par la démocratie triomphate ni par les lendemains qui chantent du marxisme.

    Mais il y a deux illusions profondes qui résistent encore:

    A. Il n’y aura plus de guerre en Europe. C’est impossible. Donc nous n’avons plus besoin d’une armée forte en Suisse. Ou alors, on peut s’en remettre à l’OTAN et à des opérations de « promotion de la paix ».

    B. L’Union Européenne est la réalisation parfaite et définitive du projet des Lumières. Son succès final est inéluctable, malgré les difficultés de parcours. En douter revient à être un homme du passé et un abruti, niant le progrès humain. La souveraineté et l’indépendance sont des mythes dans un monde global. Il faut se débarrasser de tout ça et passer à la bonne gouvernance mondiale.

    Pour le moment les Klaus Schwab et autres menteurs continuent d’entretenir ces illusions là. Mais soyons en certains. bientôt elles aussi seront cruellement démenties aussi.

    • Vous avez le droit dêtre pessimiste, curieux.
      Je ne le suis pas, c’est peut-être dans ma nature.
      Les faits sont là, il y a cette année 67 ans qu’il n’y a pas eu de guerre en Europe, c’est la plus longue période de toute l’Histoire européenne, et de loin. Et cela est du à la création de ce qui est devenu l’Union européenne, personne ne peut nier cela, sauf ceux qui sont de mauvaise foi.
      Oui, pendant cette période, il y a eu des guerres terribles dans les Balkans, mais justement parce que l’Europe n’a pas eu le courage d’arrimer économiquement le sud-est de son continent – par un quelconque traité d’association – au moment où la Yougoslavie se désintégrait.

    • On est au bord de la 3ème guerre mondiale :Iran, Israël, Syrie, détroit d’Ormuz, etc.
      Les Balkans, c’est tout près…
      En 2008 il y a eu une alerte en Géorgie qui a démontré que l’OTAN c’est du flan.
      La coalition des grandes puissancs dirigée par les USA a été vaincue en Afghanistan. L’Irak doit être considéré comme une défaite aussi.
      Et dans tout ça, il n’y aurait pas de risque que la guerre déborde en Europe?
      Je ne suis pas pessimiste, je suis CERTAIN que l’europe occidentale n’est absolument pas défendue. La France et l’Allemangne n’ont plus d’armée, seulement des petites troupes pour se « projeter » dans les guerres coloniales d’oncle Sam. Les USA ne pourront bientôt plus payer leurs défpenses militaires.
      La Suisse a besoin d’une armée de défense territoriale de 400’000 hommes. C’est un minimum.
      Comme la plupart des gens sont dans l’illusion totale comme vous, et comme il faudrait une génération pour reconstruire une défense crédible, je pense que dans les 10 à 20 ans on n’évitera pas une  occupation de notre territoire par une puissance étrangère, qui ne pourra être que la Russie laquelle sera bien forcée de saisir la première occasion favorable pour briser l’encerclement qu’elle subit et qui menace ses intérêts vitaux.
      Quant à l’Europe, la Grèce va faire défaut. C’est inexorable. Et alors le beau château de cartes va s’écrouler.
      Il est grand temps de nous réveiller de nos illusions.

    • @curieux
      Pour que la Russie puisse nous envahir, il faudrait d’abord que ses soldats puissent tenir debout … Le monde que vous décrivez n’existe que dans votre imagination. Les défis que la Suisse a à relever sont bien autres qu’une menace militaire. Et le défis internes de la Russie sont encore bien plus grands, si bien qu’elle n’a sans doute même plus de plans militaires pour envahir l’Occident.

  • Ce n’est pas le capitalisme en soi qui constitue un problème, c’est la manière dont les revenus sont redistribués, depuis quelques temps, qui est devenu un vrai problème et qui nous mets tous en danger, humains et la biosphère qui les fait vivre.
    L’industrie privée nationale ou multinationale est capable de dépenser des centaines de milliards, les états sont capables de dépenser des centaines de milliards, ils se les échangent et se les disputent, mais il y a une troisième catégorie qui fleurit particulièrement depuis la chute du mur en 1990: les nouveaux milliardaires, principalement russes et depuis peu chinois et Inidens. Ils ont trouvé l’astuce de pomper chez eux l’argent des deux premiers, s’installent dans des paradis fiscaux à Londres principalement en appauvrissant des populations entières qui elles mêmes ont de moins en moins d’argent pour consommer et faire marcher le système. Un jour leurs milliards changeront de main, mais pour l’instant ce sont eux les maître du monde.
    Voila le titre de cette pièce de théâtre: Les maîtres du monde que Marx n’avait pas prévu…
    Merci Jean Pierre Ghelfi pour cet article

  • D’accord avec Jean-Pierre Ghelfi. Mais il ne faut pas oublier que c’est le gouvernement rouge-vert de Schröder qui, pour tout jouer sur les emplois (il y avait un chômage important face à la mondialisation et à l’intégration de la RDA), a appliqué un agenda 2010 très néo-libéral dont il résulte un chômage très réduit, mais une dépréciation parfois inacceptable des conditions sociales: Harz IV (du nom du chef RH de VW qui organisait des parties fines au Brésil pour les membres du comité d’entreprise aux frais de la princesse) à 600 €/mois pour les chômeurs de longue durée, des millions d’emplois à 400 €, plus de 25 % des travailleurs avec des contrats de durée limitée à des salaires de misère (catégorie en augmentation constante), des millions de gens qui foncent tout droit vers une vieillesse pauvre, une baisse réelle des salaires depuis des années, une consommation intérieure inférieure à celle d’il y a 15 ans, des prix parmi les plus bas d’Europe, des villes en faillite, une réduction massive des impôts pour le grandes entreprises, et aussi pour les riches (quoique moins massive) qui jouissent maintenant non seulement à cause de leur richesse, mais surtout parce que les autres vont plus mal qu’avant, Cette situation a permis la formation « Die Linken » qui empêchera le SPD de revenir au pouvoir pour longtemps. Cela a permis de créer une véritable Export-Grossbertha qui a prêté au sud de l’Europe pour qu’il consomme des produits Made in Germany. Maintenant qu’il ne peut plus rembourser, ils doivent réduire les rentes, avoir faim, car Merkel veut protéger ses banques qui pâtiraient énormément d’une faillite des pays du sud. Et Sarkozy veut ce modèle pour la France (impossible à tenir de toute façon en France, car son pays a moins de tissu industriel que le UK) et présente Merkel (une ex-fille modèle de la RDA qui n’a jamais été une opposante ouverte) comme  soutien pour la compagne.  Elle reprend quelques propositions du SPD pour se maintenair en place en cherchant des voix à gauche, comme le salaire minimum, le Kindergeld, plus par tactique que par conviction. On n’est pas encore sorti de l’auberge. Le deutsche Modell est-il peut-être le modèle inévitable du futur pour tout le monde? Oui dirait Schwab. Ce qui manque depuis des années, ce sont des valeurs humanistes. On a l’impression d’avoir à faire à des barbares, partout. Cela fait mal. L’économie doit ête au service de l’homme, et non le contraire comme aujourd’hui.

  • Avant Schwab à Neuchâtel, François Schaller, le gourou suisse précédent, déclarait il y a une quarantaine d’années à Echallens qu’on savait désormais comment éviter les crises économiques. Pourquoi donc y a-t-il encore des gens qui doutent ?
    N’est-ce pas la foi qui sauve ?
    Notre grand avantage sur nos ancêtres qui devaient croire des curés sans formation économique, c’est qu’aujourd’hui nous avons affaires à des milliers d’experts prolixes et infaillibles qui nous justifient les magouilles d’autres milliers d’escrocs sans scrupules.
    Et tout ce petit monde a la tâche d’autant plus facile que la majorité des citoyens qui pourraient influer sur le cours des choses s’en moque ( 70 % d’abstentionnisme en Suisse ). 

    • D’accord avec vous, et très d’accord avec votre dernière phrase.
      Moi, qui depuis l’âge de 20 ans, ait rarement manqué une votation ou une élection, j’ose affirmer que les jeunes générations sont des imbéciles au niveau politique.
      Quand on constate que le taux de participation aux élections et aux votations des gens à la retraite dépasse généralement les 60-70% et que le taux de participation des jeunes au-dessous de 35 ans atteint rarement 30%, il est évident que nous sommes gouvernés par des vieux et des idées de vieux.
      Que faut-il faire pour faire comprendre aux jeunes qu’ils ont le destin politique de leur pays dans leur bulletin de vote ? Faut donc croire qu’ils s’en foutent, mais qu’ils ne viennent pas se plaindre ensuite.

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