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Les électriciens suisses simulent la crise

Le mercantilisme à courte vue de pseudo-services publics

Photo Thomas Kohler
Photo Thomas Kohler (licence CC)

Les trois grands de la production électrique sont à la peine. Alpiq, Axpo et Forces motrices bernoises (FMB) réduisent leurs effectifs et annoncent des résultats en forte baisse. En cause: une stratégie erronée.

Alpiq supprime 170 postes dans le secteur du négoce, FMB 250 emplois et Axpo 140. FMB annonce une perte de 150 millions et le bénéfice des deux autres est en chute libre. Raisons avancées: la crise financière, Fukushima et la sortie du nucléaire, le franc fort. L’explication est un peu courte.

Au début du siècle, les électriciens ont investi des sommes considérables dans des installations de production (gaz, charbon) à l’étranger et des centrales de pompage turbinage en Suisse. Non pas tant pour assurer l’approvisionnement du pays que pour faire des affaires. En effet, la transformation d’une électricité bon marché en énergie de pointe s’est révélée très rentable. En dix ans, comme le rappelle le site Infosperber, les profits de la branche ont presque décuplé. Elle dispose maintenant d’une capacité d’environ 50’000 GWh à l’étranger, alors que la production indigène se monte à 66’000 GWh. Et elle projette d’augmenter de 42’000 GWh sa capacité à l’étranger, tout comme sa production de pompage turbinage – Linth-Limmern dans le canton de Glaris, Nant de Drance en Valais.

Cette stratégie ne fonctionne plus. En effet, l’électricité est actuellement surabondante en Europe et la marge confortable que pouvaient s’assurer les producteurs suisses grâce à l’électricité de pointe a fondu. D’où les difficultés dont se plaignent aujourd’hui les trois grands. En réalité, ces derniers se retrouvent dans la même situation qu’il y a dix ans, avant le boom des années 2000. Mais avec des réserves de plus de 13 milliards de francs.

Jusqu’à présent, les trois entreprises ne se sont pas distinguées par un engagement massif dans la production décentralisée d’énergies renouvelables. Leurs efforts visent avant tout à étendre leur emprise sur le marché.

De ces entreprises totalement (Axpo) ou partiellement (Alpiq, FMB) en mains publiques, on pourrait attendre qu’elles appuient la politique énergétique que la Confédération doit maintenant mener pour concrétiser la sortie du nucléaire: économies et développement des énergies renouvelables. C’est à cet appui que devraient être consacrées les réserves financières des trois grands producteurs helvétiques.

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Discussion

  • 1
    Claude Bossoney

    Jean-Daniel Delley se trompe lorsqu’il affirme que miser sur le pompage-turbinage est une mauvaise stratégie. La diminution du poids du nucléaire et la montée en puissance des énergies renouvelables, autres que l’hydraulique, rendent l’augmentation des installations de pompage-turbinage inévitables. La raison en est simple, on veut remplacer en Suisse dans les 20 ans qui viennent, 40 % de l’électricité d’origine thermique, le nucléaire, par de l’énergie renouvelable. On remplace ainsi 40% de la production, de l’énergie de bande, par de l’énergie « aléatoire. » (Le terme n’est pas officiel mais représente la réalité de l’énergie ainsi produite: L’offre n’est pas produite au moment de la demande ni même de manière constante comme pour les centrales thermiques, mais lorsque les vecteurs énergétiques, le vent, le soleil, sont à disposition. D’où une nécessité supplémentaire de stockage.
    La décision de construire a peut-être été prise en pensant stocker l’énergie de bande produite par des installations thermiques à gaz ou au charbon, mais on en aura d’autant plus besoin si l’énergie produite est solaire ou éolienne. C’est la raison pour laquelle les projets de pompage-turbinage se multiplient dans les pays alpins, qui deviendront non seulement le château d’eau mais aussi la batterie de l’Europe. Voilà pourquoi de nombreuses installations de pompage-turbinages sont en gestation en Allemagne en Autriche et en Suisse. En Allemagne seulement, 13 grands projets sont actuellement à l’étude.1) En Suisse également, plusieurs projets sont au niveau des demandes d’autorisations (Lago Bianco-Lago Poschiavo dans les Grisons, KWO+ au Grimsel par exemple) ou en construction. (Nant de Drance, Linth-Limmern, augmentation de la puissance de l’Hongrin.)
    Si les bilans des sociétés d’électricité sont moins bons que ces dernières années, les couteux investissements y sont peut-être pour quelque chose, ce n’est pas une raison pour parler d’erreur de stratégie! Pour une fois, le Conseil fédéral, dans une vue prospective qu’il faut saluer, a pris la décision d’abandonner le nucléaire. C’est un énorme défi; il n’est pas gagné d’avance. Mais si les compagnies d’électricité, fortuitement ou à dessein, s’efforce de contribuer à le résoudre, ne leur jetons pas la pierre.
    1)                Hydroworld.com (21/12/2011) « German state eyes 13 pumped-storage sites totaling 5’130. MW « 

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