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«Une nouvelle vision de l’agriculture» marchande et destructrice

Quand les multinationales récupèrent à leur profit les concepts à la mode

Photo IRRI images Photo IRRI images (licence CC)

«Parvenir à une croissance agricole durable par le biais de solutions basées sur le marché», tel est l’objectif d’une initiative lancée en 2010 par des multinationales de l’agroalimentaire dans le cadre du Forum économique mondiale de Davos (WEF).

Evoquant l’augmentation de la population mondiale, la diminution des terres arables et une sécurité alimentaire en danger, l’initiative intitulée «Une nouvelle vision de l’agriculture» entend mobiliser les investissements publics et privés pour développer le secteur agricole.

Les buts visés sont schématisés dans un triangle dont les côtés représentent la sécurité alimentaire, la durabilité environnementale et l’opportunité économique. Plus concrètement, l’initiative veut contribuer au «développement des marchés agricoles, et notamment des opportunités pour les petits producteurs» et à «l’amélioration de l’accès à des produits alimentaires nourrissants, à des prix abordables».

La direction stratégique est assurée par 23 entreprises actives dans toutes les étapes de la filière agroalimentaire: Bunge, Cargill, DuPont, Coca-Cola, Pepsi, Unilever, Wall-Mart, Nestlé, Monsanto, Syngenta, etc. L’initiative bénéficie du soutien consultatif de la Commission sur la sécurité alimentaire du WEF. Créée en 2008, cette commission réunit une vingtaine de personnalités actives dans le domaine de l’alimentation et de l’agriculture. Elle s’est donné pour mission d’approfondir les synergies entre les acteurs engagés dans la lutte contre la faim.

Elle a été tout d’abord présidée par Josette Sheeran, la directrice exécutive du Programme alimentaire mondial, récemment portée à la vice-présidence du Forum. Considérée par le magazine Forbes comme l’une des trente femmes les plus influentes de la planète, Sheeran incarne le credo typique de l’initiative: des solutions basées sur le marché. Elle a présidé le think thank Empower America, aujourd’hui nommé Freedom Works, dont le slogan est «moins d’Etat, moins de taxes, plus de liberté».

Kanayo Nkwanze, président de l’International Fund for Agricultural Development (IFAD) lui a succédé. Lui aussi fonctionnaire international de haut niveau, Nkwanze s’est distingué pour avoir promu en Afrique les NERICA (New Rice for Africa), des nouvelles qualités des riz «spécialement mises au point pour le continent africain». 

Les autres membres de la Commission sont issus de l’industrie et des grandes institutions internationales, ainsi que d’instituts de recherche et de deux organisations non gouvernementales,  GAIN (Global Alliance for Improved Nutrition) et AGRA (Alliance for Green Revolution in Africa). Ces deux ONG, financées par de grandes fondations philanthropiques, notamment la fondation Bill & Melinda Gates, ne sont pas représentatives du large éventail des associations impliquées dans les problématiques agricoles et alimentaires. Elles se référent à l’idéologie à la base de la Révolution verte selon laquelle l’agriculture industrielle et les nouvelles (bio) technologies sont les seules solutions face au défi alimentaire.

La Révolution verte a débuté dans les années septante avec l’objectif d’augmenter la production alimentaire en Asie et en Amérique latine. Si la production a effectivement augmenté, elle s’est concentrée sur les monocultures d’exportation et n’a pas contribué à résoudre les problémes alimentaires de ces régions. AGRA par exemple, veut appliquer ce concept à l’Afrique où elle se propose de promouvoir des variétés comme les NERICA, sélectionnées et brevetés, mais dont les rendements sont étroitement dépendants des techniques industrielles et des produits chimiques. Il existe des liens entre d’anciens cadres de Monsanto, et le conseil d’administration d’AGRA et la fondation de Bill Gates.

Une stratégie gagnants-perdants

Lors du Forum 2011, Hugh Grant, le patron de Monsanto, insista sur la nécessaire collaboration de tous les acteurs pour concrétiser ces objectifs: «Les entreprises, les partenaires locaux, les ONG, les agriculteurs doivent coopérer pour garantir une alimentation suffisante pour une population mondiale qui, chaque jour, voit naître deux cents mille enfants». La composition de la Commission du WEF ne traduit pourtant pas cette exigence. Elle reflète plutôt le point de vue des entreprises multinationales, des institutions internationales telles que la Banque mondiale et la FAO et des gouvernements: les nouvelles technologies sont seules aptes à nourrir la planète. 

«Ouvrir toutes grandes les portes des agricultures des pays du Sud aux multinationales agro-alimentaires», tel est pour Catherine Morand, responsable de l’antenne romande de Swissaid, l’objectif véritable de cette initiative.

Cette initiative est un exemple pour réfléchir sur la vacuité d’un concept très à la mode à notre époque, celui de la responsabilité sociale des entreprises. Concrètement, la volonté exprimée de «garantir des opportunités pour les petits agriculteurs» et «d’améliorer l’accès à des produits alimentaires à des prix abordables», se traduit par des projets qui favorisent l’agriculture industrielle, les biocarburants et la spéculation sur les produits alimentaires. Or ces pratiques contribuent à chasser les petits paysans de leurs terres, à créer l’instabilité des prix des aliments de base et la destruction à terme des terres cultivables. Alors que des études sérieusement documentées montrent qu’une agriculture écologique pourrait doubler la production alimentaire de régions entières en 10 ans, tout en réduisant la pauvreté rurale et en apportant des solutions au changement climatique.

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Discussion

  • 1
    line.bielmann says:

    Quand on sait le biocarburant gros pollueurs pour l’environnement y’a de quoi rester songeur face à ces soi-disants argumentations qui ont vu des populations entières tomber aux mains d’esclavagistes afin de produire toujours plus de soja qui lui est réservé comme aliment de qualité pour les porcs européens et ce  afin de soulager la conscience de nombreux consommateurs ,préférant manger kitch et constater des animaux en bonne santé.  Ces mêmes animaux  qui lors d’un temps pas si lointain mangeaient des restes de repas et ne s’en portaient pas plus mal.Ce qui permettait alors aux indigènes d’Amazonie de manger des produits autres que du soja qui lui n’est pas leur aliment de base,on n’ose penser qu’en les obligeant à cultiver du soja ceux ayant choisi de mieux nourrir les animaux croyant à la sauvegarde de l’espèce humaine n’aient  et ce inconsciemment réduits ces indigènes à des humains de seconde zone

  • 2
    Bridel, Laurent says:

    Je souscris pleinement à votre propos. ce sont des solutions fondées sur l’amélioration des conditions de production des agriculteurs « de base »qui sont prépondérantes, à commencer par un ancrage du droit de propriété, par l’accès à bon marché à des semences et des intrants de qualité disponibles sur un marché concurrentiel, l’appui à l’organisation de coopératives et d’un système de crédit mutuel.

Les commentaires sont fermés.

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