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Consommateur patriote ou consommateur tondu

Un marché mieux informé plutôt qu’un marché captif

Photo Stephan Ohlsen Photo Stephan Ohlsen (licence CC)

Achetez en Suisse, et soutenez notre commerce local! Les appels au patriotisme des consommateurs se multiplient. Avec le franc fort qui creuse la différence entre les prix suisses et ceux de nos voisins de la zone euro, le tourisme d’achat est en forte progression.

Une récente étude de Credit Suisse montre que les achats frontaliers, qui ont toujours existé, ont augmenté de 10% l’an passé pour atteindre entre 4 et 5 milliards de francs. C’est beaucoup. Mais le commerce de détail n’est pas à l’agonie. Son chiffre d’affaires est en constante progression et l’année 2011 n’a pas fait exception, comme le montrent les relevés de l’Office fédéral de la statistique.

Les consommateurs ne ruinent donc pas l’économie du pays. Ils remplissent pleinement leur rôle en cherchant à ménager leur porte monnaie. Le renforcement du tourisme d’achat a secoué les distributeurs (DP 1924). Ils ont commencé à se battre contre l’entente entre les fabricants étrangers et leurs importateurs qui profitaient de la hausse du franc pour gonfler leurs marges sur leurs ventes en Suisse.

Si les consommateurs avaient docilement joué les moutons que l’on tond, les commerçants n’auraient pas baissé leurs prix. Le Conseil fédéral n’aurait pas proposé une révision de la loi sur les cartels (DP 1932) pour mettre au pas les accords verticaux qui profitent aux grands groupes étrangers. Par leur tourisme d’achat, les consommateurs ont non seulement ménagé leur porte-monnaie. Ils ont rendu service au pays en combattant un dysfonctionnement du marché.

«Acheter en Suisse» est un slogan douteux. «Acheter suisse», c’est autre chose. Le Conseil national examinera lors de la prochaine session le projetSwissness. Par une révision de la loi sur les marques, le Conseil fédéral propose de renforcer la crédibilité du label suisse.

Ainsi, pour qu’un produit alimentaire ait le droit d’arborer la croix fédérale, il faudra que 80% de la matière première proviennent de notre sol. Cette règle ne convient pas aux industriels. Ils entendent conserver la possibilité de s’approvisionner plus largement à l’étranger tout en affichant le label helvétique sur les produits qu’ils transforment dans le pays alors que lesdits produits sont largement d’origine étrangère.

L’Union suisse des paysans annonce le lancement d’une initiative populaire si le Conseil national se laisse convaincre par le lobby de l’industrie alimentaire. 
Les paysans exigent un label rigoureux. Il est un atout décisif pour l’exportation. Grâce à son prestige et à sa crédibilité, il permet de compenser les prix plus élevés de nos produits agricoles.

Une claire indication de provenance contribue en outre à la transparence du marché suisse. C’est ce que souhaitent également les consommateurs. Ils peuvent faire leur choix en pleine connaissance de cause: en fonction du prix, mais aussi de la provenance. Par souci écologique, ils peuvent choisir un produit qui ne fait pas des centaines de kilomètres en camion avant d’arriver dans leur panier. Ils peuvent décider d’acheter suisse pour soutenir nos agriculteurs ou pour boycotter les producteurs étrangers qui maltraitent leur main-d’œuvre.

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Discussion

  • 1
    line bilmann says:

    Le commerce de détail n’est pas à l’agonie? Peut-être en zone urbaine, mais dans une localité de 5000 âmes, qui dans les années 50 comptait entre 10 et 12 épiceries, le dernier boulanger du coin qui exerçait depuis deux décennies vient de quitter le bateau nommé naufrage des petits commerces obligés de remettre leurs échoppes à des chaines américaines faisant manger de la malbouffe aux citoyens du coin. Heureusement ceux qui ont conservé la mémoire du lieu et des gens peuvent comparer la dégringolade sociale qui dès 54 débuta. C’est à se demander si on ne cherche pas tout simplement à rendre dépressifs les humains,la plupart l’étant par manque de solidarité qui fut exemplaire de la part des petits commerçants qui eux avaient l’âme commerciale – ce qui, hélas, n’est pas donné à tout le monde, et cela est à souligner et ne jamais oublier.

  • 2
    Pedro del Río says:

    Avec la règle du 80% de matières premières, pour les produits alimentaires il n’y aura plus de chocolat suisse. Ou bien les paysans prétendent-ils produire du cacao en Suisse?

    • 2.1
      Albert Tille says:

      La règle des 80 % concerne les matières premières que l’on peut produire en Suisse. Pour le chocolat, cela concerne le lait et le sucre et non le cacao.

  • 3
    Steve Jordi says:

    Depuis la baisse de l’euro, l’on accuse les consommateurs de mettre en péril l’économie suisse. Mais non, le responsable n’est pas le consommateur, mais bien les revendeurs, qui abusent de manière éhontée leur pouvoir et profitent d’un peuple qui n’a pas l’habitude de revendiquer ses droits.
    Je me rends 2-3 fois par an aux USA et depuis 10 ans, je n’ai plus acheté un seul habit en Suisse, pas une culotte, pas une paire de chaussettes. Pourquoi payer un jeans 130.- ici alors que le même modèle est 25.- aux USA! Que l’on ne chante pas l’excuse habituelle des charges différentes, des salaires inférieurs, etc. Le facteur n’est jamais de cinq fois. Et pour la France? Le prix final avec les charges sociales est supérieur à celui d’un vendeur suisse. Pourtant les prix sont souvent 60% moins chers.
    Mes verres optiques progressifs? 400.- en tout aux USA. En Suisse, 1600.- et que des incompétents. Toutes les informations fausses voire mensongères (150,- le verre). J’ai des verres de meilleure qualité. Ils sont créés avec une technologie (freeform design) que personne ne connaissait quand je me suis renseigné auprès des grandes enseignes en Suisse.
    Le pire? Une fois expliqué ce qu’était cette technologie, trois enseignes m’ont répondu « Ah cette vieille technologie abandonnée depuis 10 ans », alors que cela ne faisait que 8 mois qu’elle existait.
    Les verres professionnels + le billet d’avion sur la côte Ouest des USA reviennent à moins chers que des verres inférieurs en Suisse. Pourquoi donc tomber dans le piège?
    L’incompétence, l’avidité, ce sont cela les vrais risques pour l’économie suisse. Pas le consommateur qui préfère aller voir ailleurs où il est mieux traité!

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Les commentaires sont fermés.

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