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Le post-scriptum du PS

Christian Levrat remet l’immigration à l’agenda socialiste

Photo Adam Lederer Photo Adam Lederer (licence CC)

Pourquoi maintenant? Les élections ont eu lieu. Les partis ont eu l’occasion, comme le veut le jeu démocratique, de définir leurs orientations et d’offrir aux citoyens un choix averti.

Ainsi l’UDC, dès le 1er août, distribuant tous ménages un tract rouge et blanc, grand comme un drapeau, a lancé son initiative pour stopper l’immigration massive. Le peuple, pourtant, ne lui a accordé aucun avantage électoral. Ce n’est pas l’immigration qui a été stoppée, mais la poussée de l’UDC. Le parti socialiste a présenté les thèmes dont il est le répondant: corriger l’inégale et excessive répartition des revenus, améliorer la politique sociale, faire passer l’homme avant le profit.

On avait donc rangé les isoloirs quand le président du PS, Christian Levrat, utilisant la presse dominicale zurichoise comme le veulent les nouveaux usages politiques suisses, a déclaré à la Sonntagszeitung que le parti socialiste devrait se saisir du problème de l’immigration. De toute façon, il se pose réellement dans la cohabitation quotidienne. Il ne faut pas laisser l’UDC occuper seule le terrain. Levrat (ou le Comité directeur du parti, mais le site du PSS ne dit rien sur ce sujet) veut agir vite; la copie devra être rendue par les sections en septembre déjà.

Préalablement

Le statut des étrangers en Suisse traduit des situations diverses : du demandeur d’asile au sans-papier, de l’étudiant au travailleur du premier ou deuxième cercle. Simonetta Sommaruga, comme conseillère fédérale, assume la responsabilité de ce dossier. Est-il possible, est-il sage de vouloir dans un même congrès discuter de toutes les formes de l’immigration légale et illégale?

Deuxième remarque préalable. La discussion interne conduite dans les sections devra, dit Levrat, être «sans tabou». Comment faut-il comprendre? Qu’est-ce qui est tabou? Le respect de la bonne pensée socialiste? Les lieux communs idéologiques? Le conformisme de gauche? Sans tabou peut-être, mais pas sans risque.

Troisième constat, l’ouverture de la discussion présuppose que l’étranger nous est redevable par le fait qu’il est accueilli sur notre sol. Or un travailleur arrivant en Suisse apporte une force de travail prête à l’emploi. Il y a plus de quarante ans que nous essayons de mettre en évidence l’économie considérable que notre pays a fait en n’ayant pas eu à payer «l’élevage» de plusieurs centaines de milliers de travailleurs. Certes, aujourd’hui, le regroupement familial et la participation des étrangers aux prestations des assurances sociales – et non pas seulement à leur financement – ont réduit cet avantage. La «reproduction de la force de travail» est devenue plus lourde. C’est le moment choisi par les xénophobes pour faire croire que l’immigration a un coût payé au détriment des«indigènes».

Accompagnement

Christian Levrat déclare à la Sonntagszeitung qu’il n’est pas dans son intention de remettre en cause les accords bilatéraux qui fondent la libre circulation. Tout au plus pourrait-on examiner l’application des clauses de sauvegarde, mais leur validité prend fin en 2014 (Roumanie et Bulgarie exceptées).

En revanche trois actions sont possibles, à notre portée.

La première, significative et importante, est le renforcement des mesures d’accompagnement. Trop de travail au noir, trop de contrats collectifs non respectés, trop peu de contrôles. Certes, la surveillance a été améliorée à la suite des revendications antérieures, mais il reste beaucoup à faire. Il est inacceptable que les syndicats doivent exercer une pression pour que soit obtenu le respect concret d’une application rigoureuse de l’accord.

La deuxième action concerne les secteurs dits informels: des dizaines de milliers de ressortissants et surtout de ressortissantes des pays pauvres nettoient, cuisinent, gardent des enfants, soignent des malades et s’occupent de personnes âgées, souvent depuis de nombreuses années. Il faut régulariser ceux et celles qui travaillent, qui ont fait leur vie et souvent celle de leur famille en Suisse, qui ont donné la preuve par l’acte de leur volonté d’intégration.

La troisième action est ambitieuse. C’est la promotion de l’équipement public. C’est-à-dire éviter absolument que les immigrés ne se concentrent dans les mêmes quartiers, assurer une construction suffisante et préalable de logements desservis par des transports publics efficaces. No ghetto!

Les risques

Il serait trop simple de s’en prendre à la libre circulation et d’enregistrer les réactions envers ceux «qui ne sont pas d’ici».

La Suisse ne doit pas oublier qu’elle n’a pas réglé le différend fiscal qui l’oppose à l’Union européenne (DP 1936). Elle ne respecte pas le code de bonne conduite fiscale. Il sera facile aux xénophobes de faire croire que l’UE nous agresse, quand elle nous somme de corriger ces pratiques. La réflexion sur l’immigration ne se limite pas à l’endiguement. Elle doit s’inscrire dans une politique générale. L’ambition de la Suisse: être reconnue comme un partenaire loyal.

Un congrès à l’automne? Sans minutieuse préparation, on risque d’ouvrir une boîte de Pandore.

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