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Ueli Maurer, un magistrat à placer sous haute surveillance

Le conseiller fédéral UDC est-il vraiment apte à devenir président de la Confédération en 2013?

Photo: admin.ch
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La réélection sans problème d’Eveline Widmer-Schlumpf le 14 décembre dernier et son accession à la présidence de la Confédération (174 voix) ont détourné l’attention d’une autre élection, celle d’Ueli Maurer à la vice-présidence de la Confédération (122 voix). C’est dire que, si la tradition du tournus est respectée, le magistrat zurichois devrait occuper la charge présidentielle l’an prochain.

Jusqu’à preuve du contraire, on peut douter de sa capacité à exercer une telle fonction.

Alors que le Parlement procédait à l’élection du Conseil fédéral, Ueli Maurer se trouvait en compagnie de ses partisans dans un hôtel proche du Palais fédéral. Sans doute sonné par le succès de Widmer-Schlumpf, il s’est plaint face aux caméras de télévision de devoir collaborer quatre années supplémentaires avec ses collègues de l’exécutif.  Aussitôt après la prestation de serment du nouveau gouvernement, la présidente sortante Micheline Calmy-Rey l’a admonesté pour ce manquement grossier à la collégialité. Apparemment sans effet puisqu’un peu plus tard, lors du repas du groupe parlementaire UDC, le magistrat a posé son téléphone devant lui «pour être prêt à entendre une nouvelle réprimande». Visiblement Maurer persiste à se considérer d’abord comme un fidèle partisan, au détriment de son rôle de magistrat membre d’un collège. On a pu le vérifier notamment lors de l’élaboration du rapport sur la sécurité que le Conseil fédéral a dû retourner par deux fois à son auteur pour cause de non-conformité aux décisions du gouvernement (DP 1867).

Dans ces conditions, on voit mal comment pourraient s’établir les relations de confiance indispensables au bon fonctionnement du collège. Et lors du traitement de dossiers délicats, faudra-t-il que le Conseil fédéral se réunisse à six pour éviter des fuites qui pourraient affaiblir sa capacité de décision?

La situation se corse si le petit soldat est appelé à présider le gouvernement l’an prochain. Certes la fonction n’implique pas un pouvoir décisionnel prépondérant, comme c’est le cas pour un premier ministre en régime parlementaire. Mais elle exige de son titulaire une capacité de négociation, la recherche patiente d’un terrain d’entente pour dégager des solutions de compromis. Bref un engagement constant au service du collège et non une posture d’opposition.

Au Parlement de placer Ueli Maurer sous haute surveillance durant cette première année de législature. Car en se conformant à l’usage les députés prendraient le risque, en 2013, de créer une pagaille gouvernementale. L’UDC s’offusquerait-elle d’une mise à l’écart de son magistrat? Il suffirait alors de lui rappeler qu’elle a elle-même répudié la coutume du tournus le 14 décembre dernier: dans une ultime foucade elle a présenté, contre la vice-présidente Eveline Widmer-Schlumpf, la candidature d’Ueli Maurer pour la présidence de la Confédération (il a recueilli 32 voix seulement).

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Discussion

  • Là je trouve que l’on fait tomber le débat politique à un niveau vraiment très bas.
     
    La succession au poste de président(e) de la Confédération a toujours été depuis 1848 une simple affaire de tournus sans AUCUNE considération de personne, d’idées, de programme, de style ni rien de tel.
     
    Vous proposez maintenant une innovation consistant à supprimer le principe du tournus aveugle pour un primus inter pares sans autres attributions qu’inaugurer les chrysanthèmes et vous voulez remplacer ce tournus par une évaluation selon des critères impossibles à déterminer car ce sera toujours une question de goût. Vous jugez le comportement de Maurer incorrect. C’est votre opinion. Une masse de gens ne la partagent pas et pensent au contraire que celui de Mme Calmy-Rey (par exemple, mais il n’y a pas qu’elle) a été en bien des circonstances plus que contestable, politiquement, au point de vue vestimentaire (affaire du voile à Téhéran etc.) où à de multiples autres points de vue. M. Couchepin aurait mérité d’être honteusement chassé à cause de son comportement dans l’affaire Roschacher, et dans plusieurs autres circonstances d’ailleurs, etc., etc. Pour autant il est exclu de discuter du droit de n’importe quelle personnalité membre du Conseil fédéral, une fois dument élue et réélue, d’accéder à la présidence de la Confédération selon le tournus habituel.
     
    Ce débat fait penser à une discussion de cour de récréation entre bambins. « Tu peux pas être le chef parce que tu as les oreilles en feuilles de choux. Na ! » C’est puéril et ça n’a aucun sens.
     
    Plus sérieusement, cet argument revient à souhaiter l’instauration de critères inédits, fondés sur une sorte de code de bonnes manières sans aucune légitimité – car la seule légitimité des conseillers fédéraux à siéger puis accéder par tournus à la présidence, c’est leur élection. Ces critères inédits et flous, en réalité, ne cachent que le désir de se débarrasser de la présence gênante de l’UDC au CF, que ce soit avec deux sièges selon la concordance ou même avec un seul selon la nouvelle géométrie bancale qu’impose la réélection de la funeste Eveline Widmer-Schlumpf. Déjà contre Christophe Blocher on entendait ce même genre d’ineptie pour lui dénier le droit d’accéder éventuellement à la présidence.
     
    Du temps d’avant la concordance, où une majorité bourgeoise avait déclaré les socialistes personae non gratae, on imposait à ce parti exactement le genre de mesquineries et humiliations symboliques que vous souhaitez imposer aujourd’hui à l’UDC. Puis le rapport de force a été reconnu avec le droit des socialistes à participer au pouvoir au pro rata de leur force réelle. Vous pouvez certes prêcher pour l’exclusion totale de l’UDC et le passage à un système majorité-opposition. Mais les critères de style que vous suggérez pour harasser l’UDC et lui imposer des vexations ne reposent sur rien, sauf une hostilité épidermique apparemment irrépressible envers elle.
     
    M. Delley nous avait accoutumés à plus de rigueur intellectuelle dans ses analyses politiques.
     

  • Imaginons un instant Ueli Maurer avec l’habit de président de la Confédération en 2013 : rien que d’y penser nous fait frissonner de honte et de rage ! Le caniche de Blocher qui nous a promis une armée suisse « la meilleure de la monde » va-t-il revêtir l’uniforme de général de l’UDC lors de ses déplacements à l’étranger ???
    Sans vouloir contrarier Curieux, qui retombe une fois de plus dans son délire paranoïaque et qui semble outré par l’hypothèse d’une non-élection (sanction amplement méritée !) par le Parlement de son protégé Ueli à la présidence de la Confédération en décembre 2012, faut-il rappeler que Micheline Calmy-Rey a été élue piteusement à la vice-présidence en 2010 avec 106 voix seulement ! Mais MCR en a tiré intelligemment les conséquences…

    • Etre élue piteusement comme MCR c’était une petite vexation, mais tout le monde voulait lui voir les talons, y compris dans son parti. On avait vraiment peur qu’elle s’incruste.  Et sans doute il y a eu aussi des socialistes qui ont voulu la tâcler, au moins lui donner un signal.
      Malgré tout on a respecté son droit au tournus.
      Si on n’élut pas le seul UDC à la présidence quand ce sera SON TOUR selon la coutume, cela n’aura aucun impact politique. Cela ne modifiera rien au rapport de force dans le pays, ni le pouvoir. Ce serait simplement une mesquinerie allant au dela de tout. Maurer à titre personnel s’en foutra éperdument. Mais pour l’électorat UDC ce sera un affront insupportable.
      Je me demande au nom de quoi vous pensez que cela puisse être dans l’intérêt de votre camp politique d’humilier un quart de la population.
      A part ça vos propos confirment ce  que je pensais. L’ostracisme n’est motivé par aucun calcul politique rationnel, uniquement par l’antipathie à fleur de peau. Pour la mère Calmy je lui trouvais encore un certain archaïsme et un côté tête de mule valaisanne assez sympa. Mais un type comme Leuenberger m’inspirait le même genre de répulsion qu’à vous Maurer. Comme démocrate j’ai donc serré les dents et avalé stoïquement le répulsif en essayant de ne pas vomir.
      La concordance c’est ça.

    • Rassurez-vous Curieux, j’éprouvais la même répulsion que vous à l’endroit de Moritz Leuenberger, ce « bobo » faussement socialiste, qui a fait un tort immense au parti des travailleurs et masses populaires ! Et dire que le néo-libéral Moritz a été remplacé par une autre pseudo « socialiste » Simonetta Somaruga, qui a torpillé avec application la candidature de Pierre-Yves Maillard au Conseil fédéral…

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