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Les banques, plus grandes et dangereuses que jamais

La Suisse est championne de la concentration bancaire

UBS et Credit Suisse, comme plusieurs dizaines de banques européennes, n’ont pas échappé à l’oeil critique de Moody’s. Selon l’agence de notation, la note de ces établissements doit être dégradée dans la mesure où les gouvernements ne sont plus prêts à à les soutenir en cas de besoin.

Ces géants de la finance pourraient-ils désormais s’écrouler sans provoquer des réactions en chaîne qui mettraient en péril plusieurs économies nationales, voire l’économie mondiale?

En laissant sombrer Lehmann Brothers en septembre 2008, les autorités américaines ont voulu signifier que les banques too big to fail (TBTF) ne devaient pas compter en dernier ressort sur l’appui automatique des pouvoirs publics. Mais la leçon n’a pas porté. Car devant le cataclysme engendré par cette faillite, les gouvernements ont volé au secours des géants de la finance à coups de centaines de milliards.

En octobre déjà, les ministres des finances du G7 ont clairement dit qu’ils ne laisseraient pas tomber ces établissements bancaires. Le Conseil de stabilité financière (FSB), une émanation du G20, tente certes d’établir des standards internationaux de régulation. Mais en désignant explicitement 29 banques d’importance systémique, il a également entériné la règle du TBTF. Le sauvetage de la banque belgo-française Dexia, dépecée et partiellement étatisée, en est la plus récente illustration.

La crise financière n’a fait qu’accélérer la concentration bancaire. Les chiffres récemment publiés par la Neue Zürcher Zeitung (29.11) sont impressionnants. En dix ans, les cinq plus grandes banques de la planète ont doublé leur part de marché (de 8 à 16%). Le bilan des dix premiers établissement financiers représente 26% du bilan cumulé des 1000 plus grandes banques. La somme du bilan des 25 principales banques mondiales a septuplé depuis le début des années 1990. Alors qu’à la fin du siècle dernier, les actifs des trois principales banques britanniques représentaient 75% du PIB national, ils atteignent aujourd’hui 200%.

La Suisse est championne de la concentration bancaire, un phénomène qui a précédé la crise de 2008. Si le bilan des deux grands UBS et Credit Suisse s’est quelque peu allégé, leur cumul vaut encore 2,5 fois le PIB helvétique. Beaucoup trop pour qu’un défaut de l’une ou l’autre ne cause des dommages majeurs à l’économie nationale et que les pouvoirs publics restent inactifs.

La garantie publique implicite dont bénéficient les TBTF constitue un avantage concurrentiel que tous les libéraux devraient dénoncer avec vigueur. De ce fait, ces établissements peuvent emprunter à des taux préférentiels. La Banque d’Angleterre estime le montant de ce subventionnement des grandes banques mondiales entre 528 et 2294 milliards de dollars en 2009.

La régulation récemment adoptée par le Parlement, même si elle va plus loin que les exigences de Bâle III, ne suffira pas à amortir un choc financier majeur (DP 1904). Reste à espérer que face aux soubresauts de la finance internationale, les décideurs politiques s’émancipent de la tutelle des grandes banques, privilégient la stabilité financière et économique et renoncent à soutenir des champions nationaux qui peuvent très rapidement devenir des boulets nationaux.

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Discussion

  • 1
    Giorgio Zürcher says:

    malheureusement Jean-Daniel a raison; de plus on a l’impression que les opérateurs économiques des secteurs non financiers sont trop faibles pour s’imposer. Ceci semble être valable partout en Occident et pas seulement en Suisse.

  • 2
    Benoit Genecand says:

    c’est : je te tiens, tu me tiens, par la barbichette… le premier qui assainira, aura une (méga) tapette ! comment les Etats peuvent-ils couper les liens incestueux tissés avec les banques durant la crise de 2008 ? alors qu’ils (les Etats) cherchent à financer leur dette (Grèce, Portugal, Espagne, Italie, France…), ou à affaiblir leur monnaie (Suisse) ; a propos, vous avez vu la taille du bilan de la BNS ?

Les commentaires sont fermés.