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L’utopie du Tessin au gouvernement

La composante italophone de la Suisse, choyée mais négligée

Schweiz, Suisse, Svizzera. Selon l’article 70 de la Constitution fédérale, les langues officielles de la Confédération sont l’allemand, le français et l’italien. Bien qu’on l’oublie souvent, la langue de Dante est un élément constitutif de notre pays et de sa diversité culturelle.

Une langue qui est non seulement l’idiome officiel du Tessin et de certaines régions des Grisons, mais qui est également parlée par l’importante communauté italophone présente au Nord des Alpes où elle joue aussi le rôle de lingua franca. Par ailleurs l’italien est la langue de communication dans des secteurs tels que la construction et la restauration notamment.

L’italien est la langue parlée par 6,6% de la population résidente (2,85% dans la Suisse non italophone). Comme l’affirme Elena Maria Pandolfi, chercheuse à l’Observatoire linguistique de la Suisse italienne, l’état de santé de cet idiome officiel est généralement bon. Bien que certains cantons aient récemment éliminé l’italien du cursus scolaire obligatoire, la langue n’est pas en danger d’extinction en Suisse. Cette minorité linguistique et culturelle est bien protégée. Le fédéralisme culturel lui permet de bénéficier par exemple de deux chaines de télévision et de trois chaînes de radio publiques. Du luxe puisque les germanophones (63,7 %) et les francophones (20,3%), ne disposent pas d’un choix plus étoffé.

Si l’état de santé de la langue italienne en Suisse ne doit pas susciter d’appréhension particulière, en tant qu’italophone et Tessinois d’autres facteurs m’inquiètent.

D’abord, la distance du pouvoir. L’absence de représentants italophones dans la politique et l’administration fédérale ainsi que dans les secteurs clé de l’économie est évidente. Une étude sur les élites de notre pays confirmerait la sous-représentation des italophones dans les lieux du pouvoir. Les chiffres publiés dernièrement par L’Hebdo n’ont pas besoin de beaucoup de commentaires. Parmi les 873 emplois les mieux rétribués de l’administration fédérale, seuls 3,9% sont occupés par des italophones.

Selon une directive du Conseil fédéral «les départements veillent à ce qu’une représentation équitable des communautés linguistiques soit garantie dans tous les domaines d’activités de l’administration et à tous les niveaux hiérarchiques, selon leur proportion dans la population résidente de nationalité suisse». Mais sans mesures positives, ce postulat tient du vœu pieux (DP 1863). Dans certains départements, la situation est misérable: 1,4 %d’italophones au département de l’économie, 1,1% au département de la défense. Les francophones étant également sous-représentés, il est clair que la diversité culturelle de la Suisse n’est pas assurée.

Au niveau de la représentation politique, la situation est encore plus préoccupante. Depuis le départ de Flavio Cotti en 1999, la minorité italophone n’est plus représentée au Conseil fédéral. Une situation qui contribue à éloigner la Berne fédérale du Tessin et à alimenter les sentiments d’abandon ressenti par les Tessinois. Canton périphérique et frontalier, le Tessin semble payer plus que d’autres la difficile situation économique. Le chômage, bien plus élevé que la moyenne nationale, la présence de travailleurs frontaliers, les relations commerciales et politiques avec l’Italie, le trafic routier, la finalisation d’Alptransit, un tourisme en crise, voici quelques préoccupations que les autorités fédérales ne semblent pas partager particulièrement. Les victoires de la Lega et les résultats de certaines votations fédérales témoignent de ce malaise. Le moment n’est-il pas venu de réintégrer ce canton (et l’italien) dans le jeu du pouvoir fédéral?

Candidate socialiste au gouvernement, la conseillère nationale Marina Carobbio n’est pas seulement tessinoise: elle est avant tout compétente. Pourtant sa candidature ne convainc pas tout le monde. Au Tessin, la Lega, curieusement, ne la soutient pas. Et le parti socialiste? Si les Femmes socialistes ont exprimé leur soutien à Marina Carobbio, le groupe parlementaire ne s’est pas encore exprimé. La candidature tessinoise semble être perçue comme une entrave par les stratèges du parti, notamment par les ténors romands. On imagine difficilement que les (socialistes) romands renoncent à un ministre au nom de la solidarité avec la Suisse italienne.

Lors de l’élection du Conseil fédéral au mois de décembre, de nombreux facteurs joueront: l’ordre chronologique de l’élection, les alliances plus ou moins transparentes, l’appartenance linguistique, régionale et cantonale. Bien qu’elle puisse créer la surprise, Marina Carobbio n’est pas la favorite. Face à deux poids lourds comme Alain Berset et Pierre-Yves Maillard, Marina Carobbio n’est qu’une outsider. L’élection de la candidate italophone ne se concrétisera que suite à un déroulement imprévu de la journée du 14 décembre. On pourrait par exemple imaginer l’élection d’un deuxième candidat romand (UDC? Rime?) avant celle du successeur de Micheline Calmy-Rey.

Sauf imprévu, il ne reste donc que la voie de la réforme du gouvernement. Un Conseil fédéral de neuf membres, comme l’ancienne présidente du PS Christiane Brunner l’a proposé en 2003 déjà, serait la meilleure solution pour une représentation équilibrée des régions: six germanophones, deux francophones, un italophone.

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Discussion

  • On déplore beaucoup l’absence de conseiller fédéral tessinois depuis le départ de Flavio Cotti. Si ce dernier avait laissé des traces un peu plus marquées à Berne, la situation serait certainement meilleure pour le Tessin. La qualité du représentant importe aussi.
    Selon ce même critère, après avoir fourni Leuenberger et Blocher, Zurich devrait être dispensé de conseil fédéral pour quelques lustres.  

    • Oui, Cotti a laissé des traces à Berne, hélas… Connaissez-vous le « Cotting » ? C’est du mobbing à la puissance 10. Flavio Cotti était un Dr Jekyll et Mr Hyde. Aussi charmeur, sympathique qu’il était en public, à la télévision, etc.. c’était sinon un véritable monstre vis-à-vis des tous ses subordonnés. C’est sûr que l’absence d’un Tessinois à Berne tient beaucoup à cela. Mais les années ont passé et personnellement je trouve que Marina Carrobio ferait une excellente conseillère fédérale, et je souhaite qu’elle soit élue au deuxième siège socialiste, même en tant que Romand que je suis. J’ai vaguement entendu dire que tout élu socialiste, qui ne serait ni Maillarrd ni Berset – puisqu’ils ont été maintenant choisis par le parti -, devrait renoncer au Conseil fédéral. J’espère que c’est une farce de mauvais goût. Sinon cela voudrait dire que le parti socialiste n’a pas renoncé à des méthodes stalinistes.

  • 2
    Pedro del Rio says:

    Attention à ne pas confondre la Suisse italienne avec le canton du Tessin. La première, pas nécessairement le deuxième, devrait être représentée au CF.

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