Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Mettre Novartis au régime de la responsabilité sociale

La «destruction créatrice» chère à Schumpeter ne peut ignorer la prise en charge des coûts

Photo Infrarouge

L’émission Infrarouge a parfaitement mis en lumière le conflit d’intérêt qui oppose les employés de Novartis à Gland et le géant pharmaceutique bâlois.

D’un côté des travailleurs motivés qui ne comprennent pas la fermeture d’une entreprise manifestement rentable. De l’autre une entreprise qui affirme pouvoir produire meilleur marché ailleurs: une filiale allemande du groupe est capable d’assurer la production de Nyon avec son effectif actuel, a révélé son représentant.

C’est donc que Novartis a investi outre-Rhin dans des équipements plus performants avec probablement des économies substantielles de main-d’œuvre. Que cette filiale dispose de capacités de production ou que celles-ci aient été planifiées, elle peut aujourd’hui assurer l’équivalent de la production suisse à meilleur compte. Dans la mesure où elle n’a pas besoin de personnel supplémentaire, le coût marginal de cette fabrication supplémentaire est quasi nul. En d’autres termes, les coûts fixes, et en particulier l’amortissement des investissements, vont se répartir sur de plus grands volumes de production, abaissant non seulement les coûts de la production transférée en Allemagne, mais de l’ensemble de la production de l’usine. Comparer les seuls coûts moyens entre Nyon et l’Allemagne n’explique donc probablement que très partiellement la décision de Novartis, qui attend de ce transfert des gains bien supérieurs.

Pour affronter la compétition internationale, Novartis se doit d’innover et de rationaliser sa production. L’histoire industrielle n’est qu’une suite d’adaptations qu’il est vain de vouloir contrecarrer.

Par contre, la prise en charge des coûts de ces adaptations ne peut incomber aux seuls salariés concernés et à la collectivité, alors que les actionnaires et les dirigeants en récoltent les bénéfices. Par cette opération, Novartis externalise des coûts. Des coûts humains d’abord que l’émission a bien documentés. Des coûts économiques ensuite pour les employés concernés, mais aussi à charge des assurances sociales – chômage, AVS, AI – et pour les collectivités – pertes fiscales, aide sociale. Novartis aurait-elle pris cette décision si elle avait dû assumer elle-même ces coûts? Il est permis d’en douter.

Dès lors il faut mettre en place des mécanismes qui obligent les entreprises à assumer leur responsabilité sociale dans la région et le pays où elles travaillent et s’enrichissent. Par exemple en imposant des négociations entre les partenaires sociaux lors de licenciements collectifs et en réglant par la loi les obligations de l’entreprise lorsqu’elle ne connaît pas de réelles difficultés, ou, comme c’est le cas en Suède, en le prévoyant dans des conventions collectives. Si le maintien des emplois ne se révèle pas possible, devraient être exigés le reclassement du personnel licencié, le maintien des revenus et des avantages acquis et le financement de la retraite anticipée. Faute d’accord entre les partenaires sociaux, pourquoi ne pas prévoir un impôt spécial qui couvre ces coûts, au moins jusqu’à concurrence des bénéfices des trois ou cinq prochaines années?

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/18993
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/18993 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Bravo pour cet article. Enfin je peux lire qu’il faut responsabiliser l’entreprise. Pas lui interdire de licencier, mais elle doit assumer la responsabilité de ses choix. Ce n’est pas aux employés d’assurer les gains de l’actionnariat ! On peut vivre sans actionnaires, pas sans les producteurs, c’est à dire les employés.

    • Voici sans doute l’explication de fond qui explique l’existence de « La Gauche »… 
      L’Utopie du partage social. Si une telle idée devait voir le jour, elle ne pourrait être réservée qu’aux multinationales mais s’appliquerait à l’ensemble du tissu économique…
      Je vous laisse imaginer ce que cela représenterait. Tout simplement, la mort du système. 

      Avec de pareilles idées, non-seulement vous disqualifiez tout débat social mais en plus vous décrédibilisez totalement l’ensemble des mouvements sociaux…

      La gauche d’aujourd’hui est un grand corps malade, elle évolue comme un cancer et n’atteint de nouvelles cellules que par des métastases opportunistes. 
      Pas étonnant dès lors, de retrouver l’électorat de gauche au centre…

      Vous n’êtes plus les défenseurs du corps social, mais en êtes devenus les fossoyeurs.
      Par cet état de fait, vous quittez de votre popre chef, la table et sous-traitez le mandat à la droite qui elle, se préoccupe du sort des travailleurs dans la réalité. 

      C’est dommage d’avoir l’impression de perdre des gens aussi intelligent comme vous semblez l’être.

      N’asphyxiez pas les causes, défendez-les bon sang !  

  • Dans de telles situations, le coût social global pudiquement « externalisé » et donc mis à la charge de la collectivité devrait au minimum être supporté par l’entreprise. Mais ce n’est  actuellement qu’une utopie, compte tenu de la configuration politique des Chambres fédérales.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP