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Appropriation

Les nouvelles énergies exigeront la mise en place d’une gestion originale et participative

Photo Bruno P.
Photo Bruno P. (licence CC)

Les Suisses ont voté le 23 octobre. Tels qu’en eux-mêmes. La Suisse est suisse et la tautologie une politique, ont-ils confirmé.

Et pourtant chacun sait que les temps à venir seront difficiles. Mais ce n’est pas un sujet de débat. Les risques nationaux font partie du refoulé. Ne pas poser la question «incivique»: de quoi demain sera-t-il fait?

2030

Chaque génération est marquée par des événements et des projets qui la caractérisent, qu’elle s’approprie matériellement ou culturellement. Nous avons été des millions à marcher sur la Lune. Les Trente Glorieuses ont changé ce pays physiquement, elles ont entraîné un brassage ethnique sans pareil. Elles ont jumelé les verbes croire et croître. La Grande Dixence est l’expression de cet optimisme bâtisseur. Le barrage ancien est jugé trop petit, on le noie dans un nouveau et gigantesque bassin d’accumulation qui draine sur des dizaines de kilomètres les eaux glacières. Les mots-clé sont: béton, vitesse, sécurité sociale, inflation.

Aujourd’hui. Qu’est-ce qui va définir la génération 2000-2040? Bien que le tunnel du Gothard soit le plus grand du monde, il renvoie à l’histoire de la traversée des Alpes et ne crée pas une symbolique nouvelle au Drang nach Süden. Mais il rappelle opportunément notre «rattachement» à l’Union européenne. L’informatique et Internet bien sûr apportent l’extension incroyable de la communication, de la liberté, de la mémoire. Et en soi marquent une nouvelle époque, mais pas une appropriation originalement helvétique.

En revanche, la décision du Conseil fédéral et du Parlement de renoncer à exploiter l’énergie nucléaire marque un changement de génération. Le marché ne fait pas la loi; il est de toute façon demandeur d’énergie. La décision est politique. Volontairement, la Suisse renonce aux possibilités – et aux risques – inouis offerts par un domaine de la science. Comment va se faire la substitution du nucléaire par les énergies renouvelables?

Collectivement

La création d’énergies nouvelles offre les conditions favorables à une appropriation collective. L’objet est précis. Il s’inscrit dans une limite temporelle. Il a un coût. Et surtout il exige l’intervention de milliers d’acteurs, dont les efforts doivent être coordonnés. Sont donc réunies les conditions d’une planification stimulante.

On ne sait pas encore si le Conseil fédéral traitera ce dossier comme un objet restant sous le contrôle de l’administration, qui en déléguera le suivi aux sociétés d’électricité existantes. Aura-t-il, après sa première décision courageuse, l’audace de mettre sur pied une structure hors normes?

La mise en réseau, le développement des énergies, la coordination des interventions sont une chance de créer dans ce secteur une économie participative. La génération 2000 voudra-t-elle en faire une création à laquelle elle s’identifie, dans laquelle elle se reconnaît?

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Discussion

  • Bonjour,
    Attention à la fixette sur l’électricité, typique d’un pays nanti. L’électricité ne totalise que de l’ordre de 25% de l’énergie consommée en Suisse. Et donc le nucléaire que 40% de ces 25%, soit 10%. 
    Or le but n’est pas de faire de l’électricité, mais de se passer des centrales nucléaires.
    Les défis de l’avenir sont d’une autre envergure : nous avons dépassé l’empreinte écologique en moyenne mondiale que cela soit sur le théâtre de la déplétion des ressources que de la pollution. Nous sommes entrée dans une ère cannibale. La « révolution » d’une « électricité verte » est une marotte d’ingénieurs (j’en suis un) incapables de penser les problèmes à leur échelle correcte. Elle ne sera d’aucune utilité si elle contribue à perpétuer l’évolution suicidaire en cours. Les gens de l’Ile de Pâques et de nombreuses civilisations du passé atteintes d’aveuglement et d’hubris se sont effondrés au moyen de procédés et de pratiques sociales basées sur des énergies on ne peut plus renouvelables.
    Il est donc nécessaire de cesser de flipper avec l’électricité. Le meilleur moyen de se passer des centrales nucléaires est de s’en passer. Cela ne nécessite aucune injection massives d’énergie renouvelable. Attention : je ne dit pas que les énergie renouvelables ne servent à rien, je dit qu’elles ne sont pas nécessaires pour nous passer de nos centrales. Preuve par le principe de réalité japonais : depuis Fukushima, ils ont arrêté 75 (septante cinq) % de leur parc nucléaire. Début septembre, il n’y avait en effet plus que 14 réacteurs en activité sur 57, soit donc plus de 40 (quarante, pas quatre !) à l’arrêt (source : http://blogs.rue89.com/corinne-lepage/2011/09/02/de-retour-de-fukushima-ou-le-silence-et-les-mensonges-tuent-220331). Je ne dis pas qu’ils sont joyeux de ce qui leur arrive, les Japonais. Mais est-ce le chaos là-bas ? La guerre civile ? Sont-ils en train d’envahir la Chine ? 🙂
    Je veux bien que notre confort angoissé soit tel que nous voulons bien ignorer qu’ailleurs il y a comme problème la vie et rien d’autre. Que pour ne pas paniquer nos grandes âmes sensibles à la perspective de l’extinction de nos clims, gameboys, rave-parties, lumières publicitaires, alter-egos sur second-life et communautés facebook (et j’en oublie), les politiques nous disent que grâce aux énergies renouvelables on va pourvoir tout changer pour que rien ne change. Que la Suisse va continuer à « exporter son savoir-faire » dans un monde fini où tout le monde copie, exporte, exploite, dégrade, détruit de plus en plus chez lui et vers tout le monde, pour gagner un « avantage compétitif » (?!) qui coûte toujours plus cher et se comble toujours plus vite, vu que le propre de la connaissance scientifique est d’être reproductible. Mais ça va changer. Ca change déjà, et pas à cause des centrales nucléaires, même s’il faut nous en débarrasser d’urgence. C’est bien plus simple : c’est le banquet de conséquences que nous avons nous-même dressé et auquel nous commençons à nous attabler.
    Il est vrai que la génération qui vient va avoir du boulot.
     
     
     
     
     
     
     

    • On ressent beaucoup d’interrogations chez André Gavillet en lisant son article, qui a le mérite de se poser les vraies questions après les décisions précipitées, prises sous le coup de l’émotion, de sortie du nucléaire du Conseil fédéral et du Parlement. André Gavillet résume bien la grande question que se pose aussi le citoyen moyen très dubitatif  : « comment va se faire la substitution du nucléaire par les énergies renouvelables » et j’ajouterai aussi A QUELLE HAUSSE DE PRIX de l’électricité pour les particuliers et surtout pour l’économie suisse avec toutes les graves implications pour sa compétitivité, déjà très malmenée par le franc fort.
      Le site web du Monde vient de publier un article sur le chiffrage de l’abandon éventuel du nucléaire pour la France, qui indique qu’un organisme public allemand (KfW) vient de chiffrer le prix à payer pour l’Allemagne suite à la décision du gouvernement de fermer prochainement ses 17 centrales nucléaires : on parvient au montant vertigineux de 250 (deux cent cinquante) milliards d’euros !! On peut donc extrapoler à partir de ces évaluations allemandes le coût approximatif de la sortie du nucléaire pour la Suisse, puisqu’on attend toujours la réponse chiffrée et précise du Conseil fédéral à cette question primordiale !
      Alors que la Suisse se prépare à affronter une nouvelle crise économique et que des licenciements massifs ont déjà été annoncés depuis quelques semaines dans le secteur de l’industrie d’exportation notamment, il serait bien sage que nos politiciens réfléchissent à deux fois avant de foncer tête baissée dans une voie hasardeuse et à haut risque en matière de politique énergétique exempte de nucléaire…
       
       

    • Parmi les commentaires les plus effarants qui circulent, ceux concernant l’arrêt de 3/4 des réacteurs au Japon « sans problème » sont du cynisme le plus effarant, cf. le blog mentionné par Cretton. On y lit : « …Cette réduction massive [de la consommation] a été obtenue par un éventail de mesures…l’absence de climatisation… une organisation différente du système de production industrielle… ».
      La réalité, que tout le monde peut vérifier facilement :
      – Réactivation de vieilles centrales fossiles = pollution horrible
      – Absence de climatisation = gros pic de mortalité par coup de chaleur
      – « Organisation du système de production » = travail massif de nuit et de week-end
      Tout va très bien, Madame la Marquise – seule la piétaille pâtira des conséquences sanitaires et sociales de la « nouvelle politique énergétique » !
       

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