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Crise: la part de responsabilité de la Suisse

La concurrence fiscale accroît les déséquilibres financiers entre Etats et ne profite pas à l’emploi

Photo Matilde Martinez
Photo Matilde Martinez (licence CC)

A l’aune de son taux de chômage, de sa balance commerciale et de ses finances publiques, la Suisse pourrait être tentée par l’autosatisfaction, teintée même d’une légère condescendance à l’égard de ses voisins. A tort. Car notre pays porte une part de responsabilité dans le mauvais état de santé de l’économie mondiale et il n’échappera pas à la contagion.

La situation encore favorable de la Suisse en comparaison internationale et particulièrement européenne nourrit les fantasmes isolationnistes de l’UDC. Qu’on est bien chez soi! Continuons de soigner nos vertus d’épargne et d’assiduité au travail et tout ira bien. Nous avons bien quelques soucis avec le franc fort qui risque de nous coûter des places de travail. Mais, comme le préconisait déjà Nicolas de Flüe, évitons de nous mêler des affaires des autres. Le constat est bien sûr fallacieux. La richesse de la Suisse repose en grande partie sur ses exportations. Et si nos clients s’appauvrissent, nous nous appauvrirons avec eux.

Cette richesse provient aussi du flux de capitaux qui trouvent refuge à l’abri de nos frontières, notamment en raison d’une fiscalité allégée. Sur son site Internet, l’organisme de promotion économique de Zurich – Greater Zurich Area – ne s’en cache pas: si l’impôt sur le bénéfice des firmes étrangères varie de 15 à 25%, il peut être négocié jusqu’à moins de 8%.

Répercutant une étude du Greenlining Institute de Berkeley, le quotidien Tages-Anzeiger (15.10) révèle que deux tiers des bénéfices engrangés à l’étranger par les entreprises américaines sont déposés dans sept paradis fiscaux. Au total 2’260 milliards de dollars, dont 296 en Suisse, qui se place au quatrième rang, derrière les Iles Cayman, le Luxembourg et l’Irlande (situation en 2004). Et lorsqu’en 2004 les Etats-Unis décident d’une amnistie fiscale, ces entreprises rapatrient leurs profits qui sont alors taxés à un taux de 5,3%, économisant au passage 92 milliards par rapport au taux d’imposition «normal». Un an plus tard, elles ont à nouveau déplacé leurs avoirs à l’étranger.

A titre d’exemple, la multinationale pharmaceutique Lilly a déclaré 9,5 milliards de bénéfices réalisés hors des USA, la plus grande partie par une filiale helvétique de 86 employés. Après avoir bénéficié d’une imposition réduite aux Etats-Unis, Lilly a continué à amasser des profits à l’étranger à hauteur de 19,9 milliards. Dans le même temps, le gouvernement américain propose un programme de création d’emplois à coups de centaines de milliards financé par le budget que ses propres entreprises se refusent à alimenter, à la faveur de la sous-enchère à laquelle se livrent les paradis fiscaux.

La concurrence fiscale devrait stimuler l’économie, prétendent les théoriciens du libéralisme. En l’occurrence, elle approfondit les déséquilibres financiers entre les collectivités publiques et à long terme les affaiblit toutes. Et elle ne profite qu’aux entreprises assises sur des profits stériles puisqu’ils ne créent pas d’emplois.

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Discussion

  • Une solution au problème serait pour la Suisse et les autres paradis fiscaux de reprendre au pied de la lettre et jusqu’à la dernière virgule la réglementation de l’Etat du Delaware ou du Nevada et d’informer le monde que cette réglementation  sera abandonnée le jour même que les Etats-Unis la supprimeront chez eux…

    • La solution de M. J.C. Simonin me paraît remarquablement pertinente. Mais n’est-ce pas trop facile pour nos spécialistes?

    • M. Lecoultre, avez-vous bien saisi ce que propose M. Simonin? Le Delaware est le paradis fiscal le plus crapuleux au monde, et c’est un Etat des Etats Unis, ce qui le rend intouchable. Si la Suisse reprend la législation du Delaware ça signifie secret bancaire total, opaque, l’argent, même de la mafia, n’a pas d’odeur, aucun contrôle, pas de lutte contre le blanchiment, fraude fiscale même aggravée et criminelle bénéficiant de l’impunité, aucune transmission d’informations, etc. Est-ce donc bien cette solution que vous préconisez?

      M. Simonin, qui, je crois, n’est pas issu de la branche financière, exprime le sentiment général et une grande vérité: c’est la règle sicut nominor leo. Parce que les USA sont la puissance number one, ils prétendent nous interdire le secret bancaire alors qu’ils se réservent le droit de faire bien pire et ils veulent s’accaparer la part du lion de l’évasion fiscale en écrasant le concurrent suisse. En ce sens M. Simonin a tout à fait raison de protester en soulignant le deux poids deux mesures. Malheureusement, la Suisse n’étant pas une grande puissance mondiale elle ne peut pas dire: sicut nominor leo. Mais si elle n’était pas dirigée par des lavettes elle pourrait défendre beaucoup plus durement le secret bancaire contre les agressions euro-brito-américaines, et ainsi préserver les centaines de milliers de places de travail dépendant du secret bancaire qui, n’en doutez pas, seront perdues à cause du fait que Mme Calmy-Rey a spontanément accepté de reprendre l’article 26 de la convention OCDE, ce que rien n’obligeait la Suisse à faire, puisque l’OCDE doit prendre ses décisions à l’unanimité et que la Suisse en est membre fondateur.

      On a accepté de se coucher pour enlever un obstacle sur la route de l’adhésion au paradis européen. Ainsi on a délibérément sacrifié un secteur économique entier, presque le plus important et plus gros pourvoyeur d’emplois, dans notre pays. On aurait pu choisir la décision contraire. Mais alors il aurait fallu accepter de résister à des pressions très dures, et montrer les dents, au lieu de se coucher devant le mannkenpis. 

    • M. Curieux,
      En ce qui concerne la proposition de M. Simonin, je me suis bien douté de son ironie. Comme tout citoyen du monde, j’ai compris que les Etats voyous ne sont pas ceux qui nuisent à l’humanité, mais ceux qui nuisent aux intérêts de la ploutocratie, qu’elle soit américaine ou d’ailleurs. En fait, un Etat ou un régime peut se permettre toutes les crapuleries tant qu’il ne gêne pas ces braves gens.

  • A quoi voulez-vous en venir exactement?

    Appelez-vous de vos voeux des pressions et interventions  hostiles, brutales, américaines et/ou européennes, pour contraindre violemment la Suisse à se conformer à la « vertu » financière telle que vous la concevez?

    Le malheur c’est que ces pressions et ces interventions ont déjà commencé. Ce n’est qu’un début. On n’a encore rien vu. Pas plus tard que l’autre jour dans son discours au « G20 » à Cannes, le pitre Sarkozy pointait contre la Suisse un doigt mençant. C’est d’autant plus détestable venant de cette marionnette de la haute finance globalisée, qui a longtemps été un avocat d’affaires très connu à Genève dans le milieu bancaire spécialisés dans l’évasion fiscale et la finance offshore.

    Vous ne faites donc pas preuve d’un grand courage ni d’une grande originalité. Votre discours abonde simplement dans le sens de la propagande impériale du moment, et ses couplets antisuisses.

    Seulement ce discours de propagande sonne faux. En réalité chcun peut observer que la concurrence fiscale que vous fustigez est voulue précisément par le système mondial de domination qui tente de s’imposer en écrasant au passage des peuples comme le malheureux peuple grec et en stigmatisant un bouc émissaire commode comme la Suisse.

    Il est donc clairement perceptible pour la majorité silencieuse, que nous Suisses n’avons rien à nous reprocher. Dans un monde où chacun défend son intérêt et où les discours moraux sont les paravents hypocrites d’intérêts puissants, la Suisse a su gagner une importante part du marché des capitaux transfrontaliers (un tiers exactement, exploit incroyable!) Aujourd’hui des puissances politiques plus grandes veulent nous arracher notre part de ce marché, pour l’accaparer à leur profit. Voilà tout.

    Ne prenez pas pour des imbéciles les centaines de milliers de nos compatriotes qui dépendent économiquement, directement ou indirectement, de la place financière. Ils, elles ont compris depuis longtemps de quoi il retourne, et parfaitement décryté la fausseté du discours que vous tenez et qui fait de vous un allié objectif de nos concurrents anglo saxons.

    Prenez garde, en donnant dans l’autoflagellation, à ne pas vous mettre en travers de l’intérêt manifeste de notre pays, de plus en plus largement perçu.

    Nous entrons dans une ère de turbulences où la Suisse va sentir durement tout ce qu’elle doit à sa place financière. La nécessité de défendre ce secteur économique va inévitablement s’imposer au premier plan des préoccupations générales. Il est à craindre que nous ayons déjà beaucoup trop cédé et les conséquences dramatiques en terme d’emplois et de recettes fiscales vont bientôt se faire sentir cruellement. Il n’y a aucune chance pour que cela apporte de l’eau au moulin de ceux qui, comme vous, prêchent pour la capitualation en rase campagne devant la brutalité enrobée de discours hypocrites de ceux qui veulent la concurrence fiscale mondiale, mais à leur profit exclusif et sur notre dos. 

    • Je suggère juste à Curieux de regarder le film diffusé dimanche dernière sur TSR 2 dans l’émission Histoire vivante. Il s’intitule La City. La finance en eaux troubles. On en ressort pas idem à mon avis.

    • 2.2
      Achille Tendon

      Excellent résumé ! Et cessons de jouer aux premiers de classes. De toute façon, les élites bancaires tenteront tout pour nous passer dessus, tels des rouleaux compresseurs turbinant au charbon de la mondialisation !!!

    • L’expression c’est : on n’en ressort pas indemne, et non idem.

      J’ai vu des passages de cette émission. Ca me confirme plutôt dans mon opinion: on assiste à la revanche de Londres, qui n’a jamais pardonné l’importance prise par ces parvenus de Suisses dans l’industrie financière et qui se frottent les mains qu’il y ait en Suisse tant d’idiots utiles, pardonnez l’expression, qui les aident dans leur guerre contre nous, avec des discours moralisants.

      Heureusement l’opinion n’est pas dupe.

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