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Novartis ou les contrastes du capitalisme

Entre emplois, bénéfices, dividendes, investissements et localisation, la mondialisation s’invite à Prangins, à Bâle, à Zoug et ailleurs, pas toujours pour le pire

Photo Novartis AG
Photo Novartis AG (licence CC)

Mardi dernier 25 octobre au petit matin, le groupe Novartis annonçait dans le même souffle 2,2 milliards de francs de bénéfices au troisième trimestre 2011 et la suppression «dans les années à venir» en Suisse d’environ 1’100 emplois à plein temps, dont 760 à Bâle et 320 à Nyon. On comprend la consternation et l’émoi suscités par cette annonce brutale, même assortie de l’intention de «lancer la procédure consultative requise dans les deux villes concernées à la suite de laquelle les décisions finales seront prises».

Sans attendre, les organisations du personnel, Unia en tête, ont logiquement manifesté leur total désaccord avec les mesures envisagées, tandis que les autorités bâloises et vaudoises ont fait savoir leur profonde inquiétude. Dans l’indignation bien compréhensible du moment, certains éléments du dossier ont passé inaperçus qui méritent rappel. Car rien n’est simple, ainsi que le constatait Sempé dès son premier album paru il y a près de quarante ans.

Considéré par les salariés comme exagérément privilégié, l’actionnariat de Novartis a une structure qui met en évidence l’imbrication des intérêts. A la fin de l’an dernier, Novartis comptait 160’000 actionnaires inscrits au registre, représentant ensemble 75% des actions émises. Les actionnaires individuels détenaient 13% des actions enregistrées, le reste, soit 87%, étant en mains d’investisseurs institutionnels, de représentants et de fiduciaires. En clair, la plupart des caisses de pension ont des actions Novartis dans leur portefeuille de titres suisses. Hormis les 159,4 millions d’actions propres, toutes les actions donnent droit à un dividende dont le montant a continuellement augmenté d’une année à l’autre depuis 1997. Pour l’exercice 2010, il s’est élevé à 2.20 francs par action, contre 1.15 pour 2005, soit une augmentation de 91%. Dans le même temps, le cours de l’action à la bourse suisse a diminué d’environ 70 à 50 francs, soit une réduction de 29%. Les montants distribués à titre de dividendes ont représenté 55% des résultats nets de l’exercice 2010.

Appelées «ajustements structurels» en jargon managérial, les 1’100 suppressions d’emplois envisagées concerneront non seulement les domaines de la production et de l’administration, mais aussi ceux de la recherche et du développement qui perdront 270 collaborateurs au profit de laboratoires principalement sis à Boston (USA). C’est le choc à Bâle où l’on vit comme une douloureuse première cette délocalisation de personnel scientifique. Voici brisée une tradition bien établie dans l’industrie pharmaceutique bâloise, celle d’une division internationale du travail voulant que les cerveaux soient regroupés en Suisse tandis que les petites mains travaillent dans les pays à bas niveau de salaires et de vie.

Dans l’avion qui l’emmenait à Shanghai mardi dernier, le socialiste Christoph Brutschin, conseiller d’Etat de Bâle-Ville en charge de l’économie, du social et de l’environnement, a eu tout loisir de méditer sur le communiqué dont il avait pris connaissance avant son départ, par un appel personnel du directeur de Novartis Suisse. On imagine que, depuis plusieurs jours, le représentant du gouvernement bâlois observe non seulement avec intérêt mais aussi une certaine inquiétude les développements de la métropole chinoise, désormais concurrente de taille pour le siège de la pharmacie helvétique.

Novartis assure «conserver son attachement à la Suisse» où le groupe emploie environ 12’500 collaborateurs, dont une proportion inconnue au bénéfice d’une convention collective, sur treize sites différents. De fait, il poursuit ses investissements dans notre pays, sur son gigantesque Campus Vision 2030 à Bâle (10’000 places de travail) comme sur les sites de Schaffhouse et de Stein AG ainsi que de Rotkreuz ZG où seront regroupés 400 emplois venus de Berne et de deux autres sites dans le canton de Zoug où, simple coïncidence à motivation fiscale, réside Daniel Vasella, président de Novartis. La construction d’un nouveau centre de formation également en terre zougoise dépend d’un vote populaire prévu pour le 27 novembre et d’éventuels recours.

Le franc fort défavorise évidemment moins les investissements en Suisse qu’il ne contrarie les ventes à l’étranger. La désindustrialisation de notre pays, où le secteur secondaire représente encore tout juste 23% des entreprises et 30% de la main-d’œuvre et une part importante des exportations, se poursuit comme chez nos voisins. Quant aux activités de services, en particulier celles du tertiaire financier, elles se caractérisent par une croissance générale et continuelle, mais fort différenciée d’une branche à l’autre. Le cas de Novartis, qui se dit entreprise citoyenne, mérite réflexion au-delà des événements en cours, significatifs des imbrications d’un capitalisme décidément difficile à surmonter.

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Discussion

  • Je trouve la décision de délocaliser en Chine surprenante: le contrôle qualité, essentiel à la production pharmaceutique, n’est pas un point fort des usines chinoises. Peut-être que la direction de Novartis pense éviter ce type de problèmes – mais j’aimerai bien savoir comment.

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