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Trop d’épargne tue la croissance

Moins épargner, consommer et investir davantage: les défis de la décennie

Politiques de relance et déficits budgétaires ont permis aux Etats-Unis et à de nombreux pays européens d’assurer la croissance de l’économie mondiale et le maintien d’un niveau d’emploi acceptable. Durant des décennies, ces politiques sont parvenues à compenser l’excédent d’épargne des entreprises, des particuliers, des fonds de pension et des Etats à balance des paiements excédentaire – Chine, pays du Golfe notamment, mais également la Suisse et ses quelque 800 milliards de francs du 2ème pilier ainsi que sa balance positive en quasi permanence.

La confiance dans la solidité du dollar et de l’euro et dans la solvabilité des économies occidentales a brutalement été remise en question après la crise de 2008, comme si l’on avait tout à coup découvert le niveau d’endettement de certains pays et ses risques pour les créanciers et surtout les banques. Dans un système financier international devenu totalement opaque, proche des jeux de casino, cette perte de confiance a suffi à priver de fonds les pays les plus endettés et surtout les banques qui les financent.

Comment réorienter ces capitaux vers des investissements productifs? Comment les Etats peuvent-ils continuer d’investir s’ils n’arrivent plus à emprunter? L’Europe se mobilise certes en garantissant les emprunts de ses membres les plus endettés pour rassurer les créanciers et, comme les Etats-Unis, en faisant fonctionner la planche à billets. Et les pays créanciers, à commencer par la Chine, ont compris qu’une crise mondiale les frapperait directement et sont prêts à soutenir les Occidentaux. Mais le prix à payer pour regagner la confiance des marchés passe par la réduction des dépenses publiques, avec des conséquences dramatiques sur les revenus et l’emploi. Dans ces conditions, il est impossible de conduire une politique de croissance économique et d’espérer un retour à l’équilibre budgétaire.

Cet excédent d’épargne résulte en partie d’une répartition trop inégale des revenus (DP 1926). Au bas de l’échelle des salaires, on est obligé de restreindre sa consommation; alors que les très hauts revenus, ayant atteint le seuil de satiété, épargnent et font fructifier le surplus dans des opérations financières économiquement improductives. Voilà qui justifie une harmonisation fiscale, sans laquelle on ne peut taxer équitablement les riches et les multinationales et fournir aux Etats les moyens de leur action. Par ailleurs la lutte contre la spéculation inciterait les détenteurs de capitaux à investir à nouveau dans la production. L’adaptation des taux de change, qui permettrait aux Etats-Unis et à l’Europe de rééquilibrer leur balance des paiements, ne peut venir que des pays excédentaires. Ceux-ci doivent ainsi  rendre leurs produits moins compétitifs et accroître leurs importations. Pour la Suisse, les marchés s’en sont chargés. Pour la Chine, c’est l’objet d’âpres négociations.

Faute d’une gouvernance mondiale capable d’organiser une meilleure répartition des richesses, ce sont les marchés qui imposeront une diminution de l’épargne. En effet, la chute de la bourse, le défaut de paiement de dettes souveraines, les pertes des spéculateurs sur les instruments financiers, les matières premières, les monnaies et l’or vont faire fondre les actifs de nombreux épargnants et des caisses de pensions basées, comme notre deuxième pilier, sur la capitalisation.

Keynes nous a appris que l’épargne ne doit pas dépasser l’investissement si l’on veut maintenir la croissance et le plein emploi. En d’autres termes, il faut que l’ensemble des revenus soient consommés ou investis. Tel n’est plus le cas depuis longtemps, d’où l’obligation pour les Etats de soutenir la conjoncture en augmentant leurs dépenses.  A ce jeu, ils se sont surendettés. Il faut donc aujourd’hui amener ceux qui épargnent à davantage consommer ou investir: c’est une question de survie.

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Discussion

  • 1
    luc farinelli says:

    Les troubles économiques sont de toute évidence seulement l’un des symptomes d’une trouble de civilisation beaucoup plus large (ressources).
    Continuer à parler de consommation et croissance comme solutions alors que ces deux paramètre sont partie intégrante du problème est au mieux surprenant.

Les commentaires sont fermés.