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De la munition pour un débat politique

Piloté par Andi Gross, un ouvrage collectif présente des alternatives de politique intérieure «au-delà de l’automne»

A l’occasion des élections fédérales, le conseiller national socialiste Andreas Gross et ses co-auteurs publient un ouvrage pour nourrir le débat politique qui a fait cruellement défaut dans cette campagne.

Cela devient une tradition. Naturalisations, interdiction des minarets, initiative pour l’élection du Conseil fédéral par le peuple: à chacune de ces occasions, le parlementaire et chantre de la démocratie directe produit un livre dans la collection Service public de sa petite maison d’édition, pour nourrir la discussion. Car Andi Gross aime le débat, non pas l’argumentation unilatérale et le prêchi-prêcha partisan, mais la discussion ouverte. Aujourd’hui il aborde l’élection du Conseil fédéral par le peuple, la concordance, la crise des partis bourgeois, l’UDC comme symptôme de la crise du politique, les faiblesses de la gauche, la démocratisation nécessaire et la question européenne. Des thèmes pratiquement ignorés au cours de la campagne électorale.

Vingt-cinq auteurs de tous âges pour 36 contributions (dont trois tirées de DP), brèves mais substantielles, rassemblées dans un petit volume facile à emporter dans la poche. Gross a fait appel aussi bien à des universitaires qu’à des militants, à des parlementaires bourgeois, verts et de gauche, à une députée allemande et à un ancien ambassadeur. Les thèmes sont abordés par le biais de l’histoire, par celui de l’analyse politique et sociologique et de l’expérience personnelle.

Au chapitre de l’élection populaire du Conseil fédéral, on retiendra les réflexions de l’historien Martin Schaffner sur l’usage très helvétique du terme de peuple, qui renvoie à un acteur homogène qui veut et décide et qui, contrairement à l’évocation des citoyennes et des citoyens, laisse peu de place à la diversité, à la pluralité et aux conflits. La concordance fait l’objet d’une minutieuse analyse historique. Au vu des divergences programmatiques des partis actuellement présents au Conseil fédéral, Andi Gross se prononce pour une concordance restreinte sans l’UDC, une position que défend DP depuis plusieurs années (DP 1802).

La démocratie helvétique est perfectible. Non seulement, comme le préconise Gross, en affinant les instruments de démocratie directe – initiative législative, référendum constructif -, mais aussi en réduisant les inégalités et agissant contre la concentration des richesses qui minent les bases mêmes de la démocratie, comme le soutient le sociologue Ueli Mäder.

Enfin Andreas Gross n’oublie pas la question de la place de la Suisse et dans le monde, une question que les partis ont soigneusement éludée au cours de la campagne électorale. Sans ignorer les défauts de la construction européenne dans sa forme actuelle, il rappelle que la Suisse, de par sa position géopolitique et sa dépendance, n’aurait rien à gagner à l’effondrement de l’Union. Dans le débat européen, la critique ne devrait pas négliger d’aborder l’attitude fondamentale des isolationnistes pour qui la politique consiste en un combat permanent où les uns vainquent les autres. Et non pas comme la collaboration à la recherche de solutions communes.

Publié trois semaines avant l’échéance électorale, cet ouvrage arrive trop tard, dira-t-on. Mais son intitulé – Au-delà de l’automne. Alternatives de politique intérieure dans une perspective européenne – éclaire bien l’intention de porter le débat tout au long de la prochaine législature.

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Über den Herbst hinaus. Innenpolitische Alternativen mit europäischen Perspektiven, publié sous la direction d’Andi Gross, Fredi Krebs, Martin Stohler et Dani Schönmann, 36 contributions de 25 auteures et auteurs, Éditions le Doubs, St-Ursanne (Jura), 256 pages. CHF 24.80. Editions allemande et française.

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Discussion

  • Oui, le débat politique fait cruellement défaut dans cette campagne, vous avez bien raison de le souligner. Et les médias dits dominants ne font qu’entretenir cette triste situation. Commentant les manifestations d’indignés dans le monde, Peter Rothenbühler tient en substance le propos cynique suivant dans le Matin Dimanche: « Qu’ils votent, au lieu de râler ». Mais le problème est justement là: les gens ne font plus confiance à leurs élus… C’est tout le processus de sélection par les urnes qu’il conviendrait de revoir.
     

  • Je me réjouis de le lire, non que je sois toujours d’accord avec Andy Gross, mais parce que je suis très heureux, dans ce pays où on déteste les politiciens intellectuels, qu’Andy Gross publie régulièrement ses réflexions pointues. Je veux juste souligner deux points d’accord en référence à l’article de DP: il faut décortiquer la notion métaphysique de « peuple » dans le vocabulaire politique suisse, cette notion qui prétend en faire – et le PS participe de ce discours acritique – « un » acteur de la vie politique nationale, que l’on présente même parfois comme « l’opposition » aux institutions politiques. Plus ça marche et plus l’UDC surfe sur cette fausse bonne idée qui efface l’individualité des citoyennes et citoyens et les conflits, et de l’autre côté constitue un appel permanent au consensus, alors que, aujourd’hui plus que jamais, nous devrions en appeler au dissensus… Que feront les « consensuels » de gauche face à une extension du mouvement des Indignés?
    Quant à la concordance, cela ne peut être qu’une attitude commune, une coopération réelle, ou bien il n’y en a pas. Cela ne fait pas de sens de parler de concordance arithmétique ou mathématique: il peut y avoir un accord systémique entre plusieurs partis quant à la manière de se partager les sièges gouvernementaux (la « formule magique »), mais s’il n’y a pas un minimum d’entente sur des objectifs de législature, on ne peut pas parler de concordance! Clairement, depuis la cassure de décembre 2003, il n’y pas d’attitude concordante de la part de l’UDC et les partis démocratiques devraient exclure ce parti du gouvernement. Mais tous ont peur des menaces de rétorsion…
     
     

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