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Armée: quel hangar pour 22 avions?

Réduire le nombre d’avions achetés pour mieux former les pilotes

Photo Josep Tomàs
Photo Josep Tomàs (licence CC)

Les avions volent vite, mais vieillissent lentement. Le parc peut donc être renouvelé une fois par génération, tous les vingt-trente ans. Cette règle s’applique aussi à l’aviation militaire: les carlingues d’aujourd’hui furent au temps de leur performance des avions de combat.

L’avion de combat incorpore dans un faible volume le maximum de très haute technologie. Il est, quoique fabriqué en série, un objet extraordinairement coûteux. Et comme tel, pour son prix, il a joué dans l’histoire suisse un rôle de révélateur. N’est-il pas au-dessus de nos moyens?

L’après-guerre connut des débats très engagés sur l’armement national: mouvements pour la paix, illustrés d’une colombe dessinée par Picasso, appel de Stockholm où se mêlaient pacifistes et communisants, problème du nucléaire militaire et, traversant un demi-siècle, l’équipement de l’arme aérienne.

Ce serait une entrée efficace pour lire notre histoire contemporaine que de reconstituer les étapes de l’aviation militaire suisse. On n’a pas oublié l’intention mégalo de construire notre propre avion, le P16, ni les retombées politiques de l’achat des Mirage, qui fut l’objet de l’enquête d’une commission parlementaire ou, plus récemment, les allers et retours des citoyens sur l’achat des FA18.

Urgence et camouflage parlementaire

Au cours de cette session (automne 2011), une nette majorité du Conseil national adopte la proposition d’acquérir 22 avions de combat et de doter le budget du département militaire de 5 milliards. Des observateurs y voient le poids électoral de l’armée: il fallait régler avec décision ce sujet en suspens depuis trop longtemps. Le GSSA n’avait-il pas retiré son initiative qui demandait un moratoire de dix ans avant que l’acquisition de nouveaux avions fût possible?

Le paradoxe, c’est que l’armée peut compter sur un appui du peuple, et que c’est sur le terrain de la démocratie directe que manœuvre l’opposition à l’armement. Pourtant les batailles engagées sur ce terrain ont toutes été perdues, à l’exception de l’extension de la place d’armes de Rothenthurm qui fut refusée au nom de la protection des marais.

C’est un jeu très helvétique que de croiser (comme on croise des épées) les pouvoirs de la majorité parlementaire et ceux du peuple s’exprimant à coup d’initiatives. Avec des alliances possibles: opposants à l’armée et partisans d’une armée de quelques milliers de professionnels, même combat!

Dernier épisode. Glisser les dépenses liées à l’achat de nouveaux avions dans le budget, afin de les soustraire au référendum: la réflexion sur la guerre n’exclut pas la guéguerre et le camouflage.

Formation

L’acquisition de nouveaux appareils a été traitée comme non urgente par le Conseil fédéral. Les années ont passé, on a «maintenu» sans risques les vieux Tiger. Economie. Mais la question est inévitablement posée au moment de l’achat. Les avions neufs ne serviront selon toute vraisemblance qu’à des combats fictifs. Si l’on sautait une génération, des milliards seraient économisés. Mais avec quels engins manœuvreraient les pilotes?

Plus l’avion est cher, plus importante la formation des pilotes. Aujourd’hui déjà elle entraîne ou pourrait entraîner des accords de stage avec des pays amis comme la Suède, ou des pays voisins comme la France, d’ores et déjà prête à toutes les concessions si étaient vendus des Rafale que poliment refusent les Etats des cinq continents.

La réduction drastique du nombre d’avions neufs, la prise en compte d’autres tâches de surveillance du ciel, conditionnent le rôle futur de l’aviation.

Cette formation polyvalente, assurant à un haut niveau la qualification et l’expérience d’un corps de pilotes ne se conçoit qu’en collaboration avec des pays européens. Une fois de plus, le souci d’indépendance fait découvrir l’interdépendance.

Au lieu d’enfermer dans leurs réduits 22 nouveaux avions, destinés d’ici trente ans à la casse, au lieu de perfectionner les hangars des nouveaux appareils, donnons par-dessus les frontières de l’air à l’aviation.

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Discussion

  • Un renouvellement de type d’avions par génération dit M. Gavillet.
    Les Tigers, que l’on veut et doit remplacer car obsolètes, ont été acquis dans les années 70, soit il y a plus de 30 ans.

    Homme de parole, M. Gavillet sera donc sûrement un fervent partisan d’un achat rapide de ces 22 avions.   

    • Nos autorités sont de plus en plus merveilleuses. Grâce aux fabuleux progrès de la gestion capitaliste, il est maintenant impossible d’acheter un nouveau balai sans en justifier la dépense par un épais dossier visé par de coûteux experts et consultants. En revanche, lorsqu’il s’agit d’une babiole de cinq milliards, on la vote en prenant surtout soin de la soustraire à la critique et à l’autorité populaire.
      Cinq milliards, une paille concernant de la quincaillerie volante, mais quel scandaleux gaspillage s’il s’agissait de formation, de recherche, de protection de la nature ou de culture !
      Les Suisses auront donc leurs 22 avions, mais ils ne sauront toujours pas quelle sorte d’armée on leur mijote ni contre quoi elle sera censée les défendre.  

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