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Monnaie et nomadisme

UBS: la délocalisation comme menace

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Une société anonyme a pour objectif la réalisation de son but social. Elle y réussit par ses propres moyens fournis par les actionnaires, qui en attendent un bénéfice.

Mais la contribution d’une SA dépasse l’économique; elle n’a pas qu’en elle-même sa finalité. Elle est incorporée à un pays; elle fournit des emplois; elle paie (en général) des impôts; elle participe à la recherche, ou du moins à un savoir-faire; elle est non seulement créatrice de produits et de services, mais aussi de rapports sociaux.

Autolégitimation bancaire

L’actualité suisse oblige à repenser ces fondamentaux. UBS annonce la suppression d’ici à 2013 de centaines d’emplois (400) en Suisse même. Elle attend des économies de deux milliards de sa décision de restructuration globale (3’500 postes). Et aucune information préalable n’a été fournie aux représentants du personnel (Association suisse des employés de banque, ASEB), alors que la loi sur la participation (art. 10) et le Code des obligations (art. 335d et suivants) l’y contraignent. Quelle désinvolture pour une banque sauvée deux fois par l’Etat, Parlement compris, chargé de la basse besogne de désembourber la banque!

Est-il supportable que le PDG Oswald Grübel, qui a joué et perdu sa crédibilité en annonçant le retour à des bénéfices fabuleux, ait osé brandir la menace d’une délocalisation de la banque parce qu’on allait exiger d’elle des réserves renforcées. Le président Villiger avait relayé les mêmes intimidations. Comme si la banque n’avait de raison d’être qu’elle-même. Autolégitimée.

Franc suisse

L’implantation territoriale d’une entreprise génère des contraintes, comme le démontre la surévaluation du franc suisse. Les uns, coûteusement, s’efforcent à l’exemple de la BNS d’en atténuer les effets, d’autres demandent à la Confédération de distribuer des analgésiques.

Mais très vite reviennent les réactions patronales répertoriées. Elles sont simples. Le prix de revient est largement déterminé par les heures travaillées. Des calculs font apparaître la rentabilité par personne occupée, dans les services comme dans l’industrie. On se réfère de même au coût de la création d’un poste de travail. Sur ces données aussi est estimé le «rendement» d’un licenciement (UBS dans son communiqué parle d’«éliminer des dépenses»). Par conséquent, si la compétitivité à l’exportation est faussée par un franc cher, des employeurs peuvent songer à retrouver une marge en délocalisant la production, en sous-payant les frontaliers, en augmentant la durée du travail.

On se trouve dans une situation qui fait penser à 1936. Les difficultés du franc fort de l’époque, avant sa dévaluation, entraînaient le patronat et le Conseil fédéral vers une réduction des salaires (10% en moins). Mais un courant patronal et syndical a fait valoir, en contreproposition, les conventions collectives, notamment celle de l’horlogerie, et le partenariat.

Les solutions ne se trouveront pas dans une exacerbation de la concurrence délocalisatrice. Mais bien plutôt dans l’attention portée prioritairement à toutes celles et tous ceux qui créent la plus-value. Ils ne sont jamais n’importe qui travaillant n’importe où.

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Discussion

  • Les Suisses sont doublement chanceux: d’une part, ils constatent que l’UBS, redevenue grande et saine fille à la suite du sauvetage de 2008, insiste pour s’émanciper de la tutelle helvétique et reprendre ses galipettes internationales. D’autre part, un ancien président de la Confédération enjoint patriotiquement le peuple borné de laisser la jouvencelle s’adonner à ses caprices.
    Pourquoi le bon peuple renâcle-t-il à lâcher la bride à la vertueuse UBS ? N’aura-t-il pas tout loisir d’intervenir de nouveau à sa prochaine calugée ?

    • C’est exactement cela. Les « partis bancaires », amplement financés par les acrobates financiers de l’UBS et du CS, seront toujours à la botte de leurs sponsors. Quand au peuple, il semble pour l’instant continuer à attribuer sa confiance aux élus bancaires, peut-être parce qu’il a encore l’illusion qu’ils sont avant tout désignés par des partis et pensent tout de même un peu à l’intérêt collectif… (de temps en temps). Et le plus gros de ces partis bancaires est passé champion dans l’art de duper le petit peuple à s’acharnant en apparence sur les étrangers… alors que son rôle fondamental reste la défense du système et des ses bénéficiaires.
      Les citoyens pendant se temps ne perdent pas leur temps avec ce genre de broutilles et votent sur des thématiques fondamentales ressortissant avant tout au règlement des constructions : l’interdiction des minarets.

      L’illusion est parfaite. Les banquiers dorment bien, les poches pleines…

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