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Hausse du franc: agir ou attendre

Quelques réflexions sur un des moyens que l’on peut envisager en vue de contrer la spéculation monétaire et de rétablir un taux de change supportable pour notre économie

icone auteur icone calendrier 12 août 2011 icone PDF DP 

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Agir, c’est fixer un cours du franc qui soit supportable pour notre économie – environ 1 franc 30 pour un euro. Il faut pour cela être crédible, ne pas s’arrêter en chemin comme l’a fait la Banque nationale l’année dernière.

Fixer le cours du franc signifie acheter, à ce prix, les devises offertes par ceux qui veulent du franc. Un pays qui veut empêcher sa monnaie de perdre de la valeur doit la racheter. Il ne peut le faire que dans la limite des devises que détient sa banque centrale. Par contre, comme l’a rappelé encore récemment Heiner Flassbeck ancien secrétaire d’Etat allemand aux finances, aujourd’hui directeur à la CNUCED, celui qui veut empêcher sa monnaie de s’apprécier doit la vendre: or il peut le faire sans limites puisque sa monnaie, il peut en créer autant que nécessaire. Est-ce crédible? On a souvent rappelé que la Suisse, aussi importante qu’elle soit sur le plan financier, est bien trop petite pour avoir une réelle influence sur le cours du dollar ou de l’euro. C’est vrai. Mais elle a par contre parfaitement les moyens d’influencer le cours du franc, et c’est de cela qu’il s’agit.

Imaginons que demain la Banque nationale, avec l’appui du Conseil fédéral pour renforcer sa crédibilité, annonce qu’à partir du 1er septembre par exemple, elle rachètera sans limites tous les euros qui lui seront présentés au prix de 1.30. On peut parier que c’est le cours auquel s’échangera notre monnaie dès l’instant de cette annonce. En effet, si quelqu’un acceptait de continuer à payer du franc plus cher, c’est autant qu’il perdrait au moment où cette mesure entrerait en vigueur.

Y a-t-il risque d’inflation comme certains monétaristes le craignent? L’augmentation de la masse monétaire, dans la conjoncture actuelle, n’a guère d’effets sur les prix, le président de la Banque nationale vient de le rappeler.

Y a-t-il une alternative? Exiger une baisse des prix des produits importés ne serait que justice et mettrait un peu de baume sur nos plaies. Mais elle ne résout en rien les problèmes de l’industrie d’exportation, du tourisme, et des autres services dont la survie est en jeu. Elle les accentue même dans tous les secteurs où les produits importés meilleurs marché concurrencent la production helvétique. Baisser les impôts serait injuste et arbitraire mais pourrait soulager certaines entreprises et aurait au moins l’avantage de creuser les déficits publics et de modifier ainsi notre image de bon élève, à l’origine, au moins en partie, de la spéculation sur le franc.

Et attendre? Aussi agréable qu’il soit aujourd’hui d’être plus riche lorsqu’on achète à l’étranger, lorsqu’on y voyage, ces avantages n’ont qu’un temps et il ne faut pas fermer les yeux sur les nuages qui s’amoncellent. Laisser le marché, les investisseurs à la recherche de sécurité, continuer de fixer le cours du franc c’est attendre que les difficultés économiques, les faillites, les délocalisations, la déflation et le chômage finissent par décourager les spéculateurs et ramener le franc à des cours moins catastrophiques. Cela peut prendre beaucoup de temps car il faudrait, pour faire baisser le franc, que notre économie aille plus mal que celle de nos voisins et principaux partenaires commerciaux. On en mesure le prix: la destruction de secteurs entiers de notre économie, une crise sociale et politique dont il est difficile de prédire les conséquences sur l’avenir de notre pays.

A lire entre les lignes de ce que disent ce lundi Conseil fédéral et Banque nationale, on va se décider à agir sur le cours du franc. Mais aura-t-on cette fois-ci le courage d’aller jusqu’au bout? Saura-t-on être suffisamment crédible pour être cru par le marché? Saura-t-on surtout expliquer à l’opinion publique et au Parlement ce que l’on fait et pourquoi il faut le faire? Le succès est à ce prix.

Dès avant la création de l’euro, on a songé à lier le franc au serpent monétaire qui devait stabiliser les monnaies au sein du Marché commun. Il aurait fallu depuis avoir le courage, soit d’entrer dans l’euro, soit de s’y lier plus formellement. Le moment n’est-il pas venu de s’y résoudre (DP 1882), de renoncer à ce que d’aucun appelle autonomie de la politique monétaire de notre pays et dont on voit aujourd’hui qu’elle n’existe simplement plus dans ce monde où ce sont les spéculateurs qui font la loi.

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Discussion

  • 1
    Achille Tendon says:

    A vous lire, l’€uro est incontournable, alors qu’il n’a qu’à peine 10 ans.
    Attendez-vous, dans les prochains temps à voir cette monnaie synthétique partir  en déconfiture: les Allemands ne sont pas du tout d’accord de continuer à se faire tondre de la sorte. Et leurs échéances électorales ne sont plus très éloignées!!!
    Vous comprendrez dès lors que le citoyen suisse ne tient pas du tout à faire partie (et il l’a bien compris depuis 1992…) de cet ensemble hétéroclite qui n’est ni fédéraliste ni démocratique.
    Vouloir utiliser une monnaie en premier lieu comme liant à une union quelconque a toujours été voué à l’échec. Les Etats-Unis se sont d’abord fédérés avant que d’introduire le $ américain.
    Et quand on voit le résultat des prédictions récentes des économistes… , on se prend à rêver d’une restructuration fondamentale de tout le système monétaire mondial. Et nous n’en sommes plus très loin !!!
     

  • 2
    Edouard Dommen says:

    J’espère que ce n’est pas violer les règles du jeu que de vous envoyer cette lettre dont je suis l’auteur et que la Tribune de Genève a publié samedi 13 août. Elle propose un moyen non pas d’augmenter l’offre mais de diminuer la demande pour le franc suisse.

    Le franc joue à la grenouille qui veut être aussi grosse que le bœuf: il gonfle, il gonfle… Mais la Suisse est trop petite pour supporter de telles prétentions. Il faut ramener le demande étrangère pour le franc à la taille de la grenouille. Pour cela, deux ajustements suffisent. D’abord qu’en Suisse tout le monde, entreprises comme particuliers, paie ses impôts aux mêmes taux que les Suisses ordinaires. Ensuite que la qualité du respect de la sphère privée en Suisse corresponde à celle des autres pays civilisés, ni plus ni moins. Avec ces deux corrections, la demande pour le franc ne dépendrait plus de l’attrait de la Suisse comme planque à sous, mais simplement de la demande pour les biens et services réels qu’offre la Suisse sur le marché international: son tourisme, ses machines, son horlogerie, son fromage et tutti quanti. Nous serions libérés du franc surévalué et de son train de conséquences néfastes, nous aurions un franc à la taille de notre économie.

  • 3
    Giorgio Zürcher says:

     
    Je suis d’accord avec l’idée que la BNS augmente la masse monétaire pour acheter  les Euro à un taux d’échange fixé par elle-même, en éliminant ainsi la spéculation financière qui a poussé le franc à un cours qui n’a rien à voir avec son pouvoir d’achat.

    Mais il faudrait prendre des mesures  pour  éviter que, à cause de cette baisse de la valeur du franc et de la liquidité accrue, il se produise une augmentation des achats d’immeubles par les capitaux étrangers, ce qui devrait entrainer une hausse des prix fonciers et par conséquent des loyers.

Les commentaires sont fermés.