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Morne campagne

Les partis peinent à donner des raisons de s’intéresser aux élections fédérales de cet automne

Photo UggBoy♥UggGirl
Photo UggBoy♥UggGirl (licence CC)

Les grands partis politiques sont-ils en mesure de répondre aux préoccupations des électrices et électeurs? A suivre la campagne pour le renouvellement du Parlement cet automne, on peut parfois en douter.

Nous avons déjà eu droit au tir nourri de chaque parti contre les conseillers fédéraux de ses concurrents. Campagne négative qui vise à discréditer l’adversaire, mais qui ne dit rien des projets des formations en lice.

Les slogans, par nature, ne font pas dans la dentelle. Mais la référence à la Suisse et aux Suisses qu’ont choisie l’UDC – «Les Suisses votent UDC» -, les libéraux-radicaux – «Par amour de la Suisse» – et les démocrates-chrétiens – «Pas de Suisse sans nous» – sonne comme le dernier recours affectif de partis aux abonnés absents de la politique. Seul le slogan des socialistes – «Pour tous sans privilèges» – exprime un peu de substance politique.

La lecture des programmes n’est guère plus stimulante. Il faut s’armer de patience pour simplement les découvrir, dispersés qu’ils sont dans tous les recoins des sites Internet des partis, comme si ces derniers ne tenaient pas à les présenter trop ostensiblement.

PLR et PDC affichent une visible autosatisfaction: si le pays va si bien, c’est grâce à eux. Ils misent sur la continuité. D’où leur difficulté à proposer des solutions nouvelles. Fidèles à leur fétichisme fiscal, les libéraux-radicaux se contentent de proposer des baisses d’impôts. Ils militent pour des assurances sociales durables, sans pour autant parler des moyens d’y parvenir. Et ils évoquent leur initiative «Stop à la bureaucratie» ainsi que le succès du référendum sur le prix unique du livre, deux thèmes qui ne doivent pas passionner les foules. Le PDC reste centré sur la défense de la famille, comme en témoignent ses deux initiatives – exonération fiscale des allocations familiales et égalité de traitement fiscal entre couples mariés et concubins.

Les socialistes mettent également en avant leur initiative populaire «Cleantech» (emplois et énergies renouvelables) et celles qu’ils soutiennent (caisse-maladie unique et salaire minimum). Mais il faut aller chercher leurs «dix projets concrets» dans le compte-rendu du congrès extraordinaire de mars dernier.

L’UDC est fidèle à son tryptique «Non à l’Europe, halte à l’immigration, baisse des dépenses et des impôts». Comme les autres formations, elle compte beaucoup sur ses initiatives (allègements fiscaux pour la famille dite traditionnelle, élection populaire du Conseil fédéral) pour augmenter sa visibilité.

Car c’est bien de visibilité qu’il s’agit – être vu, faire parler de soi. Dès la fin de l’été débutera la campagne des minois… ou plus. La substance, déjà peu fournie jusqu’à présent, laissera place aux sourires de circonstance.

Le corps électoral est donc prié de faire son choix sans avoir reçu de réponse sur de grands dossiers tels que l’aménagement du territoire, aujourd’hui non maîtrisé; le financement à terme des assurances sociales et l’avenir du système de santé; les conditions concrètes d’une sortie du nucléaire et d’un développement durable.

Autrefois le corps électoral manifestait une forte proximité partisane, le vote était dicté par les clivages idéologiques. Tel n’est plus le cas aujourd’hui. Citoyennes et citoyens se repèrent plus aux contenus qu’aux étiquettes. Ou alors, privés de contenus, ils donneront la préférences aux étiquettes nouvelles, aux petits partis.

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Discussion

  • La Suisse a énormément changé au cours des derniers 20 ans, surtout durant la dernière décennie. La vitesse des changements s’est accrue. Plus par la force des faits que par volonté stratégique, par sa capacité d’adaptation plus due à une passivité qu’à une action contrôlée,  la Suisse s’est retrouvée très perméable, multinationale et multiculturelle, profondément imbriquée dans les mécanismes économiques et financiers mondiaux, organiquement liée à l’Europe communautaire, urbanisée sans concept. En général, une situation relativement positive. Pendant cette période, la politique suisse à toujours été en retard par rapport à l’économie, a réagi selon les circonstances même en tordant le coup à certains de ses principes s’il le faillait, mais toujours en croyant que tout est sous contrôle. Les (non-)programmes des partis sont le reflet de cette situation. Ils n’ont plus d’instruments de navigation. Ils volent à vue, sauf l’UDC qui refuse la réalité des faits et prétend pouvoir revenir à une époque définitivement passée, avec des « valeurs » mythiques et folkloriques qualifiées de suisses, alors que ce sont exactement les « valeurs » typiques suisses d’attentisme et d’opportunisme qui ont conduit à la Suisse d’aujourd’hui. Avec des électeurs pris dans la vague qui cherchent surtout à défendre leurs intérêts particuliers. Une nouvelle génération de politiciens devrait émerger, faire un bilan et sur cette base, définir une politique à long terme. La Suisse est à l’étroit dans ses frontières, mentalement et politiquement. La politique doit ouvrir son rayon d’action en collaborant étroitment avec ses voisins allemands, français, italiens et autrichiens et avec leurs régions. Sans minimiser l’importance les accords commerciaux avec les pays asiatiques et américains, il est plus important politiquement de s’ouvrir d’abord à ses voisins de paliers et de travailler avec eux, dans les domaines de l’économique, de l’environnement, des infrastructures, de l’urbanisme, du social, de la culture, de l’ éducation, enfin dans tout.

  • 2
    Benoit Genecand

    Les citoyens ont les politiciens qu’ils méritent! Face à leurs incohérences, les élus naviguent à vue: payer moins d’impôts pour avoir droits à plus des prestations, abandonner le nucléaire en consommant chaque année 4% de plus d’électricité et en démontant les quelques éoliennes construites pour cause de bruit; vouloir une solutions rapide au problème du logements mais surtout sans toucher au champ devant ma villa/mon immeuble; avoir 100 collègues et amis qui viennent d’ailleurs et sont parfaitement intégrés mais voter tout de même contre les étrangers-criminels. Et, plus récemment, des coups qui ébranlent l’idéologie à gauche comme à droite: lutter contre le capitalisme pour sauver la planète sans indiquer (sans savoir?)  comment la transition se fait d’un système à l’autre et sans renoncer à aucune des promesses obtenues (notamment en terme d’assurance vieillesse); plaider pour la libre entreprise et investir des dizaines de milliards dans le sauvetage des géants de la finances.  Pas étonnant dans ces circonstances que les politiciens et les partis misent sur les frimousses plutôt que la parole.

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