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Un autre regard sur la protection sociale

Investir dans l’infrastructure sociale plutôt que dépenser à fonds perdus

Tout le monde s’accorde sur la nécessité d’investir dans les infrastructures pour assurer l’avenir du pays. Par contre les dépenses sociales sont perçues comme des charges qui mettent en péril l’équilibre des finances publiques. Dès lors, elles deviennent la cible privilégiée des mesures d’économies.

Ce choix est à terme suicidaire, car que valent des réseaux routier et ferroviaire denses et des aéroports performants, si le pays se prive des compétences d’une partie de sa population. Trois chercheurs mettent en évidence la nécessité d’une stratégie d’investissement social, tel qu’ébauchée en 2000 dans l’Agenda de Lisbonne de l’Union européenne.

S’il faut considérer les dépenses sociales comme un investissement, c’est parce qu’elles ne constituent pas un obstacle mais une condition du développement économique. A condition bien sûr qu’elles contribuent à l’insertion et à l’émancipation du plus grand nombre et ne se limitent pas à assurer un revenu de remplacement aux salariés et aux individus dans l’incapacité de travailler.

C’est pourquoi la protection sociale doit se réorienter en fonction des nouveaux risques (déqualification professionnelle, rupture familiale, conciliation du travail et de la vie familiale notamment).

Cette réorientation porte sur l’amélioration des parcours de vie, de la petite enfance aux personnes âgées, en passant par les actifs, contrairement à la politique sociale traditionnelle qui cible des catégories (chômeurs, invalides…). Elle vise à préparer les individus et les familles aux changements des cursus professionnels et des conditions de travail plutôt que de simplement réparer les dommages dus aux soubresauts du marché du travail ou à une santé déficiente.

Les auteurs préconisent de concentrer les efforts sur la petite enfance, période cruciale pour atténuer les inégalités de formation. Ils mentionnent également la nécessité d’investir dans la formation permanente et dans la conciliation de la vie familiale et professionnelle – par des horaires de travail plus souples et le développement des institutions de prise en charge des enfants. Une flexibilisation de l’âge de la retraite et des conditions de travail améliorées inciteraient les personnes âgées à prolonger leur vie active. Enfin l’effort devrait également porter sur l’intégration des immigrés.

Cet investissement social implique certes des dépense supplémentaires. Mais une économie forte implique un Etat social actif et cohérent, capable à la fois de promouvoir l’émancipation des individus et d’optimiser le capital humain. En recherchant à la fois l’équité et l’efficacité, l’investissement social conjugue les objectifs sociaux et économiques.

Il représente une alternative au modèle helvétique qui, lui, conjugue les baisses d’impôts et les économies dans la protection sociale. Et qui se limite à rafistoler une protection sociale de moins en moins adéquate aux besoins réels d’aujourd’hui.

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Discussion

  • 1
    Jean-Paul Borel says:

    D’accord avec cette idée de la vision  globale – dans ce domaine comme dans d’autres. Mais, nous le savons, le système qui nous régit favorise au contraire la fragmentation dans un but facile à deviner. Donc, continuons de lutter pour une gestion globale des problèmes.

  • Bien que ces trois chercheurs relèvent justement la pression exercée sur la protection sociale en ces temps de crise, les solutions proposées ne peuvent vraiment aboutir que si elles s’accompagnent d’une sécurité financière inconditionnelle à l’échelon individuel. En effet, le désordre économique que nous connaissons ne peut aller qu’en s’aggravant puisqu’il est sa propre cause par l’accroissement de la richesse d’une minorité et la paupérisation du plus grand nombre (chômage, working poors…), avec pour conséquence un plafonnement/baisse de la croissance dû au rétrécissement du pouvoir d’achat de la classe moyenne.

    Ces solutions proposées trouveraient par contre parfaitement leur place en accompagnement d’un droit à une prestation sociale inconditionnelle comme par exemple le revenu de base qui se discute de plus en plus (ou allocation universelle) ou un seuil d’impôt négatif. Ces solutions auraient en plus l’avantage de contribuer à enrayer la crise et d’écarter le spectre du chaos social que nous promet la continuation du système actuel, avec les conséquences qu’on connaît en regard de l’histoire…

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