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L’économie et l’éducation, premières scènes d’un futur ménage commun

Le Conseil fédéral réorganise les départements radicaux

Photo SER/SBF
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Le département fédéral de l’économie (DFE) est, avec celui de la défense, le seul dont les bourgeois se soient réservé de tout temps la direction. De 1848 à aujourd’hui, les radicaux ont fait de l’économie leur domaine d’exclusivité, tout juste momentanément concédé aux démocrates-chrétiens Kurt Furgler de 1983 à 1985 puis Josef Deiss et Doris Leuthard de 2003 à 2009. Venu de l’économie, Johann Schneider-Ammann a renoué sans coup férir avec la tradition radicale, s’installant paisiblement à la tête du DFE.

Quant à son collègue de parti, Didier Burkhalter, chef du lourd département fédéral de l’intérieur (DFI) depuis 2009, il vient de subir, dans le cadre d’une miniréforme du gouvernement, l’ablation de tout un pan de ses activités: l’éducation supérieure, en particulier les deux écoles polytechniques fédérales de Zurich et Lausanne, ainsi que la recherche scientifique, pilotée par le Fonds national. Ces deux domaines rejoindront donc, dès le 1er janvier 2013, la formation professionnelle dont s’occupe depuis longtemps le DFE. Une manière de garantir que la préparation des générations à venir restera entre des mains radicales. Une manière d’indiquer le choix que ferait le parti libéral-radical au cas, nullement exclu, où sa représentation au Conseil fédéral se réduirait à un seul élu en décembre prochain.

En prenant enfin la semaine dernière l’option d’un regroupement, l’exécutif a cédé à une revendication des Chambres, qui réclamaient en vain depuis des années un rattachement unique des secteurs de la formation, de la recherche, de la technologie et de l’innovation. A bout de patience, les parlementaires n’ont pas hésité à faire monter la pression, menaçant de s’attribuer la compétence de regrouper et de réorganiser des unités de l’administration fédérale.

L’influence des milieux économiques et l’avis des hautes écoles

Bien entendu, la fédération des entreprises economiesuisse approuve une manœuvre qu’elle a sans doute inspirée auprès de nombreux élus. Comme elle influe par ailleurs ouvertement sur les délibérations qui se poursuivent depuis deux ans à propos du projet de loi fédérale sur l’aide aux hautes écoles et la coordination dans le domaine suisse des hautes écoles (LAHE).

L’organisation faîtière des milieux économiques reproche à ce projet de ne pas résister à la tentation planificatrice, de faire la part trop belle au cantonalisme universitaire comme aux intérêts régionaux et, surtout, de ne pas préparer les hautes écoles à la concurrence qu’elles devront affronter, pour leur accréditation et celles de leurs programmes. Aux divers critères retenus dans le projet fédéral pour cette reconnaissance, le Conseil national a tenu à rajouter celui de l’employabilité des diplômés, demandant en outre de prendre en compte, pour l’octroi de contributions à l’enseignement, «l’entrée en activité des diplômés». Nous voilà soudain proches de la Chine, où certaines universités ne délivrent les diplômes dûment obtenus que sur présentation d’un certificat d’embauche. En clair: le paysage des hautes écoles suisses ressemble de plus en plus à un marché.

Côté hautes écoles précisément, les avis sont moins catégoriques. Les universités cantonales craignent la prépondérance des évaluations quantitatives, notoirement défavorables aux sciences humaines. L’EPFZ espère bien voir enfin neutralisés les privilèges dont sa sœur cadette de Lausanne aurait indûment bénéficié pendant près de vingt ans, grâce à la présence de trois personnalités romandes à la tête du DFI, de Ruth Dreifuss à Didier Burkhalter en passant par Pascal Couchepin. Rien de plus pénible pour des habitués de la condition majoritaire que de devoir partager un pouvoir dont ils s’estiment pleinement détenteurs. Quant aux hautes écoles spécialisées et à leurs homologues pédagogiques, elles ont de bonnes raisons de contempler le paysage avec toute la confiance désormais trouvée.

Un regroupement raisonnable à condition…

Au total, on doit reconnaître que le rattachement unique de la formation supérieure et de la recherche comme de l’innovation et de la technologie, trouve son sens, non seulement du point de vue de la complémentarité des matières et niveaux mais aussi, plus trivialement, des équilibres budgétaires. Car même amputé, le DFI restera le département doté du plus gros budget (environ 15 milliards de francs) et, même augmenté, le DFE comptera toujours un nombre relativement modeste de collaborateurs, se partageant environ 1900 postes à plein temps.

Reste à poser les conditions de fonctionnement du nouveau DFE, où cohabiteront des unités aux statuts différents: services administratifs en gestion directe par définition, entités jouissant d’une autonomie plus ou moins étendue, selon les régimes pratiqués dans le domaine des EPF, pour la Commission de la concurrence, le Surveillant des prix ou l’Institut des hautes études en formation professionnelle.

Reste aussi à trouver le nom du futur DFE augmenté. Dans la soudaine précipitation mise le 29 juin dernier à miniréformer le gouvernement, on a oublié cette option hautement symbolique. Selon l’appellation que l’on choisira, la greffe «Economie plus Education» prendra plus ou moins bien – et plus ou moins vite.

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