Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Le travail aliéné par la monnaie

Des remèdes pour les entreprises touchées par la cherté du franc

Photo Andi Keller
Photo de Andi Keller (licence CC)

Le parti socialiste suisse demande au Conseil fédéral et à la Banque nationale de tout faire pour que le franc suisse ait un rapport de change constant avec l’euro. Car le jeu de la concurrence est faussé quand la monnaie, qui n’est en principe qu’une traductrice permettant de passer d’une langue à l’autre, se met à surenchérir dans l’interprétation des textes.

Le prix en francs suisses pour un acheteur venant de la zone euro est surévalué comme si, à qualité égale, il payait le prix d’une marque. Ce n’est durablement pas supportable. Et l’entreprise peut songer à délocaliser ou à diminuer ses coûts salariaux. On comprend dans cette perspective l’inquiétude des syndicats.

Marge de manœuvre

La Banque nationale peut-elle réagir? Ses moyens sont limités à la taille du pays. Lorsqu’il y a deux ans, elle s’efforça de soutenir l’euro, elle s’essoufla; les pertes furent lourdes et la distribution du bénéfice remise en question, au détriment des cantons qui attendaient leur part. Elle peut, plus modestement, rendre le franc suisse peu attractif, en maintenant des taux d’intérêt le plus bas possible – mais le franc est souvent, comme l’or, recherché davantage pour sa plus-value que pour le rendement du placement. Et il n’est pas question de dévaluer le franc suisse, puisque son cours nous est imposé par le marché dont les fluctuations échappent au politique.

Les entreprises qui exportent peuvent réduire leur marge pour rester compétitives. Mais très vite elles envisagent une réduction des charges, les salaires étant le poste le plus important de la production. Par conséquent, dans la gamme des mesures possibles, elles refuseront toute indexation au coût de la vie; elles n’accepteront pas des améliorations individuelles ou toute augmentation de la masse salariale. Plus pénalisant encore, elles exigeront une réduction des salaires ou une augmentation de la durée du travail non rétribuée, comme vient de le faire Lonza.

Ces mesures sont inacceptables par leur injustice, car elles font payer par quelques-uns seuls un changement de condition sans rapport avec le travail accompli. Le refus des secteurs touchés doit être soutenu à l’échelle nationale.

Deux possibilités d’action

L’image internationale de la Suisse demeure celle d’une place financière dont les dimensions sont à une autre échelle que la taille du pays. Malgré quelques retouches aux traités de double imposition selon les critères de l’OCDE, la Suisse demeure le pays du secret bancaire endurci. La concurrence fiscale en fait un pays attractif pour les personnes morales, un pays indépendant des ukases des dirigeants de la zone euro. Dès lors, la demande de francs suisses s’inscrit dans la logique de notre place financière. Il y a contradiction d’intérêt entre deux branches du capitalisme suisse: les producteurs qui exportent et les banquiers qui gèrent. Une négociation rapide du différend fiscal avec l’Union européenne, le règlement de la liberté abusive laissée aux cantons dans l’imposition des holdings et autres sociétés seraient un geste spectaculaire et légitime qui dé-surévaluerait le franc suisse.

La seconde intervention doit concerner directement les industries d’exportation, notamment là où sont menacées les conditions de travail. Une application extensive de la loi sur les risques à l’exportation est exigible. L’article 5 précise que la Confédération, par le biais de l’Assurance suisse contre les risques à l’exportation (ASRE), entend «créer et maintenir des emplois en Suisse» et qu’ elle «peut confier à l’ASRE d’autres tâches relevant de la politique économique extérieure». En l’occurrence, il s’agirait d’assurer que le paiement en euros correspondra en francs suisses à la valeur des monnaies à la date de la signature du contrat, ou en référence à une date prédéterminée. L’extension de cette mesure devrait intervenir en urgence.

Cette garantie contre les pertes de change coûtera quelques millions que la Confédération aura à assumer – bien moins que les milliards du sauvetage d’UBS. Mais la solidarité nationale a un prix si l’on ne veut pas se contenter de bonnes paroles.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/17981
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/17981 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • Décidément, vous avez une dent contre la place financière et le secret bancaire.

    Il semble que vous n’avez pas mesuré l’attachement populaire à ce pilier fondamental de notre prospérité. Vous direz que c’est là le résultat de générations de propagande des classes dominantes, ce qui n’est pas faux. Mais qu’est-ce qui, dans les mentalités populaires, n’est pas du un peu à des représentations qui au début étaient celles des classes dominantes, puis ont été adoptées par la masse? Quoi qu’il en soit il est certain que le secret bancaire « endurci » fait partie des mentalités profondes. C’est un élément essentiel permettant de compenser les handicaps d’un pays pauvre, sans accès à la mer, et qui peut redevenir pauvre. Les gens le sentent très profondément.

    Vous développez aussi, avec constance, un discours fondé sur la « loyauté » due envers les pays voisins (bien que chacun sache qu’ils ne sont, eux, pas loyaux envers nous) la critique du caractère « abusif » des avantages fiscaux offerts par la Suisse, etc. Et au nom de cette loyauté et du renoncement aux pratiques « abusives » vous préconisez d’accéder rapidement aux injonctions européennes de renoncer à notre système culturo-financier. Vous voyez là la meilleure manière de lutter contre la cherté du franc qui pénalise notre industrie.

    Vous n’avez pas tort. Cette politique tuerait ce qui reste de nore place financière, appauvrirait considérablement le pays, le contraignant à lutter à armes égales avec plus forts que nous: les grandes nations fondamentalememnt riches et ayant accès à la mer. Aucun doute, si la Suisse lâche ses atouts, son appauvrissement sera tel qu’il réglera à la racine le problème du franc fort.

    Seulement la population n’en voudra pas. Il y a des réflexes profonds qui résultent de siècles d’expériences vécues dans leur chair par les gens. Ce n’est pas le spectacle du radeau de la Méduse qu’est devenu l’UE qui changera les mentalités suisses séculaires. Nous avons déjà trop cédé. Le temps est venu de faire le gros dos, laisser s’écouler le temps, puis réintroduire sous une forme repensée nos avanatges qui ne sont pas déloyaux, mais ne sont qu’un correctif légitime aux désavantages que la géographie nous a imposés.

    Quant à votre proposition au sujet de la Garantie des risques à l’exportation, c’est une piste très intéressante, même s’il est à craindre qu’elle ne coûte plutôt des milliards que des millions. A moins que l’administration ne mette en place un système de couverture des risques de change, en vendant à terme sur les marchés les montants garantis. Ce serait vraiment une idée à étudier.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP