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Economiesuisse, une organisation patronale peu soucieuse des intérêts de l’économie

L’organisation faîtière a une conception pour le moins étroite de son rôle

Economiesuisse, la fédération des entreprises suisses, est censée favoriser la création de conditions favorables à l’économie, les grandes entreprises actives au plan international comme les PME. Pourtant, à observer son comportement, on peut douter qu’elle remplisse sa mission.

Ainsi dans le dossier de l’énergie, economiesuisse peine à dégager une ligne politique qui puisse satisfaire l’ensemble de ses membres. Elle a très clairement opté en faveur des intérêts des puissants producteurs d’électricité et des distributeurs d’énergies fossiles. Si l’intérêt général de l’économie helvétique lui tenait vraiment à cœur, elle se serait prononcée sans hésitation pour l’abandon du nucléaire, une filière sans avenir. Et elle aurait milité pour un développement rapide des énergies renouvelables et une politique active d’économies d’énergie. Un choix justifié par la plus-value et la création d’emplois qualifiés que génère ce nouveau marché prometteur (DP 1914). Les positions rétrogrades d’economiesuisse ont suscité la création d’une nouvelle organisation patronale –Cleantech -, consciente de l’importance et de la durabilité de ce marché.

Economiesuisse est en fait prisonnière de son idéologie. Elle croit que seul le marché est susceptible de conduire aux bons choix économiques. Et en fait elle défend une économie de «grand-papa», celle des grandes entreprises, du productivisme, de la croissance quantitative. Ainsi son directeur a récemment encore manifesté son opposition au plan de la Confédération pour promouvoir une économie verte (DP 1915): les termes de plan et de subvention n’entrent pas dans les catégories mentales de l’organisation patronale.

En 2000 déjà, economiesuisse a pesé de tout son poids financier pour faire échouer un contre-projet à l’initiative pour un centime solaire: non à l’interventionnisme étatique, non à de nouvelles taxes. Cette taxe sur tous les agents énergétiques, soutenue par l’ensemble des acteurs économiques de la construction, de l’équipement technique des bâtiments, les paysans, l’économie forestière, les syndicats, les consommateurs et les associations de protection de l’environnement, aurait dégagé 300 à 400 millions par an pour encourager les énergies renouvelables et des investissements privés de l’ordre de 15 à 20 milliards. Et surtout un potentiel d’économie d’électricité équivalant à la production d’une centrale nucléaire, comme le rappelle Rudolf Strahm (Tages-Anzeiger, 7 juin). Le marché n’a pas répondu aux attentes et la Suisse a ainsi perdu une décennie dans la nécessaire transformation de sa politique énergétique. Au plus grand profit des électriciens et des pétroliers.

Economiesuisse, toujours en retard d’une guerre, a manifesté le même manque de discernement dans le dossier du secret et de la réglementation bancaires, ne se ralliant qu’à contre-cœur et tardivement aux réformes. Par contre elle manifeste une énergie jamais en défaut pour revendiquer des allégements fiscaux, ignorante de l’importance des prestations publiques pour le bon fonctionnement de l’économie. La récente votation neuchâteloise (DP 1916) la remplit d’aise et elle appelle les autres cantons à suivre cet exemple. Moins d’Etat, moins d’impôts, ainsi se résume son programme.

Si l’économie suisse se porte bien, c’est malgré economiesuisse.

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Discussion

  • Peut-être bien qu’Economiesuisse est attachée à une vision de grand papa productiviste. C’est assez logique étant donné qu’elle représente les grandes entreprises de l’establishment, qui sont productivistes. Mais il est normal qu’une organisation patronale, libérale, demande moins d’Etat et moins d’impôts. Si elle demandait plus d’état et plus d’impôt elle serait une organisation syndicale, socialiste.
     
    Votre plaidoyer est cousu de fil blanc. On sent que vous défendez les énergies renouvelables pas seulement par un souci de l’environnement – sans doute sincère – mais surtout dans l’espoir de tirer parti de la peur de l’atome pour enclencher une gigantesque machine à subventions nécessitant impôts et taxes supplémentaires, et permettant une transformation socialiste de la Suisse. C’est en somme le programme du camp rose-vert. Dans cette perspective les énergies renouvelables ne sont pas un but en soi mais un moyen pour un but, comme disent nos Confédérés: Mittel zum Zweck. Cela rend votre propos moins convaincant.
     
    Quand à l’organisation Cleantech dont vous chantez les louanges, en grattant un peu vous vous apercevrez qu’elle est très éloignée de vous. Son fondateur Nick Beglinger, jeune millionnaire de 41 ans, est un rejeton ambitieux de la bourgeoisie d’affaires zurichoise. Il a envie de se faire un prénom (en effet il a un papa) en enfourchant une idée porteuse. Il a donc choisi les « cleantechs ». Il demande des aides publiques pour cela et comme il ne les obtiendra pas, le résultat sera que les entreprises cleantech viables se développeront, et les autres pas, mais cela n’entrainera pas la ruine des contribuables. Il n’y aura donc pas de voie vers le socialisme par les cleantechs. Si dans 25 ans quelques unes des entreprises membres de Cleantech sont devenues importantes, sans subventions, alors Cleantech sera devenue une organisation patronale importante, bourgeoise et de droite comme les autres, qui fera un peu concurrence à Economiesuisse ou fusionnera avec elle. Nick Beglinger finira peut-être président d’Economiesuisse. Ainsi va la vie, et l’establishment, qui finit toujours par adopter les idées nouvelles mais seulement quand elles ont fait leurs preuves.

  • « Un choix justifié par la plus-value et la création d’emplois qualifiés que génère ce nouveau marché prometteur », écrivez-vous pour démontrer les contradictions d’Economiesuisse. Si je vous comprends bien, Economiesuisse, pour être cohérente, devrait prôner le développement d’industries de production (ou permettant des économies) d’énergie qui ont besoin de plus d’emplois qualifiés que celles d’aujourd’hui.
    Pourtant il me semble que les milieux économiques se plaignent amèrement de l’insuffisance de personnes de cette nature. Il semble donc bien qu’Economiesuisse agit en toute cohérence. Elle favorise « la création de conditions favorables à l’économie ».

    Je ne sais comment interpréter votre propos. Souhaitez-vous que l’énergie produite en Suisse emploie le maximum de personnes qualifiées, quitte à les soustraire au reste de l’industrie? ça me paraîtrait nettement déraisonnable.

    Les craintes que suscite le recours à la radioactivité pour produire de l’énergie sont certainement recevables: On peut voter l’entrée en matière. Il en est, peut-être, de même pour ce qui est des hydrocarbures. Mais votre voeu de voir notre pays choisir des procédés de production ou de gestion d’énergie pour la raison qu’ils nécessitent davantage de forces productives me paraît devoir être mis dans la perspective des révoltes des soyeux à la fin du 18ème siècle. Sur ce point précis, c’est Economiesuisse qui a raison.

    Ce que je vous propose de souhaiter, c’est que l’énergie de demain soit plus sûre, certes, mais en outre économe de la peine des hommes.

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