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Energie et «cleantech» en Suisse

C’est aussi l’avenir économique du pays qui est en jeu

Comment faire de notre pays l’un des leaders mondiaux de l’économie verte, la «green economy»? Cette question d’actualité a été débattue lors du G-21 Swistainability Forum, un rencontre qui a eu lieu à Lausanne les 14 et 15 juin.

Avec cette grande interrogation: revient-il à l’économie seule de résoudre les problèmes environnementaux, comme le préconise Economiesuisse, ou est-ce à l’Etat d’orienter l’économie vers un modèle de production plus écologique, en soutenant par exemple les technologies propres, les «cleantech».

La problématique énergétique et le développement des technologiques dites vertes constituent des enjeux cruciaux, tant d’un point de vue écologique qu’économique. C’est pourquoi le Conseil fédéral a mis en consultation en automne 2010 un plan directeur (Masterplan Cleantech). Elaboré conjointement par les départements fédéraux de l’économie (DFE) et de l’énergie (DETEC), ce plan vise à stimuler la capacité d’innovation des entreprises dans ce secteur. Le Conseil fédéral aurait dû l’approuver la semaine dernière. Mais à la suite de nombreuses interventions parlementaires et face au scepticisme affiché de certains acteurs, dont Economiesuisse, la décision est probablement reportée à l’automne.

La Suisse n’atteindra pas l’objectif de réduire d’ici à 2012 ses émissions de CO2 de 8% par rapport au niveau de 1990, comme elle s’y est engagée en signant le protocole de Kyoto. La promotion des technologies vertes pourrait contribuer à diminuer l’empreinte écologique de notre pays et à augmenter notre degré d’autonomie énergétique.

L’objectif principal du plan est cependant économique: il faut renforcer la capacité d’innovation de la Suisse et positionner notre pays comme un des leaders mondiaux des technologies vertes. Le cleantech est un secteur important de l’économie suisse. Il emploie 160’000 personnes et contribue pour environ 3,5% au PIB. La Suisse fut pionnière dans ce domaine. Mais elle a perdu son avance et s’est même fait dépasser par la concurrence internationale: «la part du commerce mondial revenant à la Suisse pour le domaine des cleantechest en recul». Le Conseil fédéral veut que la Suisse rejoigne le peloton de tête, lescleantech devenant un symbole de la qualité suisse.

Sur le plan politique ce projet ne fait pas l’unanimité. Parmi les plus sceptiques, on retrouve Economiesuisse. Son opposition est avant tout de nature idéologique. Le credo ultra libéral de l’organisation faîtière s’oppose à ce que l’Etat établisse un plan pour stimuler certains secteurs économiques. Lors du discours d’ouverture du G21 Swisstainability Forum, le directeur d’Economiesuisse l’a dit clairement: face aux problématiques environnementales, l’économie n’est pas le problème, elle est la solution. Pour être efficace, cette solution doit venir d’acteurs économiques et ne doit pas être influencé et dirigé par l’Etat. Le terme de plan contenu dans le titre du document du Conseil fédéral fait figure d’épouvantail: «nous sommes quelque peu préoccupés par le choix du terme de plan, lequel peut être facilement interprété comme une politique industrielle dirigée et planifiée par l’Etat».

La transformation écologique de l’économie étant inéluctable, il faut saluer tout effort politique visant à mieux respecter le caractère limité des ressources naturelles. Cette prise de décision politique doit cependant prévoir des financements. Or le plan directeur du Conseil fédéral est muet sur ce point. Pour contribuer à réduire l’empreinte écologique de la Suisse, il est indispensable de soutenir les entreprises qui oeuvrent dans ce domaine. Ce que refuse catégoriquement Economiesuisse: «nous rejetons fermement une nouvelle politique industrielle visant à encourager 17 branches au moyen de subventions». Une opposition qui révèle une fracture entre les secteurs économiques traditionnels défendus par l’organisation faîtière (électriciens, nucléaire, ciment notamment) et les acteurs émergents de l’économie verte, regroupés au sein de Swiss Cleantech.

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Discussion

  • La Suisse semble avoir des freins très sérieux à son potentiel d’innovation. Elle a tous les atouts en main, mais elle ne va pas jusqu’au bout….
    Rappelons-nous le projet innovateur créé par L’EPFL d’un train qui aurait pu relier Genève-Zurich en 30 minutes…ce n’est pas en Suisse qu’il est développé.
    La région Nord-Vaudoise développe des technologies vertes innovantes, comme les murs isolants à base d’herbe! Qui en a entendu parler?!
    Le lobby de certains groupe d’économistes et de certains partis politiques empêchent la Suisse de montrer son grand potentiel! Finalement, les entrepreneurs iront s’installer ailleurs, là ou les Etats investissent dans les nouvelles technologies.

    • 1.1
      curieux says:

      La Suisse est très innovante et nul doute qu’elle saura se faire une place de choix dans les énergies renouvelables. Mais l’investissement d’Etat n’apportera rien de bon, sauf d’engraisser des suceurs de subventions, et de créer des déficits.

      Les frères Sulzer n’ont jamais reçu un centime de subvention, ni Escher, ni Wyss, ni l’ingénieur Brown, ni Boveri, ni les fondateurs des Instruments de physique, de Sécheron, ni ceux d’Elektrowatt, d’Alusuisse, ni les familles Hoffmann, Laroche, Sandoz, ni Henri Nestlé. Une saga industrielle qui débute par des subventions, ça n’existe pas.

      Que le webmaster pardonne la brutalité de ce jugement: les subventions, c’est pour les incapables et les parasites!

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