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Abandon du nucléaire: un plus pour l’économie nationale, l’emploi et la sécurité de l’approvisionnement

Fukushima a créé le déclic, mais il n’y a rien d’émotionnel dans la volonté de renoncer au nucléaire

Lorsqu’en mai 2010 les bureaux d’études Infras et TNC publient leur étude Efficacité énergétique et énergies renouvelables – une alternative rentable aux grandes centrales, ils confortent certes la position des organisations environnementales et les associations antinucléaires. Mais ils ne font pas douter les électriciens de la nécessité de leur projet – deux nouvelles centrales nucléaires – pour couvrir la demande: une étude mandatée par le WWF, Greenpeace, la Fondation suisse de l’énergie, et les cantons de Bâle et Genève, officiellement antinucléaires, ne saurait répondre aux critères d’objectivité d’une analyse sérieuse.

La grande peur provoquée par Fukushima a donc changé la donne. L’utopie d’hier devient aujourd’hui une nécessité. Une nécessité qui implique des mesures tout à la fois coûteuses et contraignantes. A un point tel qu’on peut craindre que les autorités et le peuple, une fois estompé le souvenir de la catastrophe nippone, baissent la garde comme après Tchernobyl.

Voilà pourquoi nous ne devons pas nous laisser guider par la seule l’angoisse. L’abandon du nucléaire ne constitue pas seulement une garantie environnementale. La promotion de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables se révèle positive pour l’économie nationale, en termes de plus-value et d’emploi, et pour l’indépendance du pays. Deux avantages dont ne se soucie pas l’UDC pourtant si sourcilleuse en matière d’indépendance nationale et qui se prétend le parti de l’économie: elle a déjà annoncé son opposition au train de mesures préconisé par le Conseil fédéral.

Certes l’investissement nécessaire à la nouvelle stratégie – économies et production alternative – dépasse largement celui que nécessiterait le projet nucléaire de swisselectric, qui regroupe les cinq principales entreprises de la branche: 57 à 65 milliards contre 39 milliards. Mais si la nouvelle stratégie est juste rentable1 du point de vue de l’économie nationale, le projet de swisselectric ne l’est pas. De même l’impact sur la valeur ajoutée brute et sur l’emploi est nettement meilleur pour la première. Elle déclenchera de nombreuses innovations technologiques, assurera la présence des entreprises sur l’ensemble du territoire – alors que le scénario des grandes centrales ne profitera qu’à quelques régions et fournisseurs – et améliorera leur compétitivité internationale.

Enfin la production décentralisée, si elle exigera de nouveaux comportements des grands producteurs comme des futurs riverains, permet un niveau de sécurité de l’approvisionnement que n’offre pas celle fournie par un nombre réduit de centrales nucléaires.

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1 Pour calculer la valeur actuelle nette, on soustrait la somme des valeurs actuelles de toutes les dépenses de la somme des valeurs actuelles de toutes les recettes. Calculée sur la durée d’utilisation, c’est-à-dire sur la durée de vie d’un investissement, elle permet d’évaluer la rentabilité de cet investissement.

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Discussion

  • 1
    francoise buffat says:

    Le choc de Fukushima ô combien salutaire! ne suffira pas. Ainsi le désir de nombreux particuliers et d’entreprises de recourir aux énergies renouvelables se heurte à la pesanteur des démarches administratives. Rien qu’à Genève, des milliers de projets d’installations de capteurs solaires sont bloquées par des recours ou par l’opposition de la Commission des Monuments et des Sites.  Par ailleurs, les fonds sensés encourager les installations sont épuisés depuis longtemps. Prions pour que la lumière solaire éclaire enfin le chemin qui nous permettra de renoncer au nucléaire. Fbu

  • 2
    francoise buffat says:

    Le choc de Fukushima ô combien salutaire! n’y suffira pas. Les fonds de la Confédération ne suffisent pas à répondre à la demande d’entreprises et de particuliers, désireux de recourir auxénergies renouvelables. Pire: rien qu’à Genève, des milliers de demandes d’autorisation de construire des installations telles que des panneaux solaires sont bloquées par la lenteur des procédures ou par l’opposition de la Commission des Monuments, de la Nature et des Sites. Cher Jean-Daniel, ç’aurait été un magnifique sujet d’enquête pour notre Commission d’Evaluation des Politiques PUbliques!

  • 3
    Giorgio Zürcher says:

    Je trouve l’article de Jean Daniel Delley assez convaincant. Les investissements dans les énergies alternatives et dans l’efficacité énergétique pourront être très positifs pour notre économie. Toutefois il existe aussi le danger que si on presse trop l’accélérateur sur l’abandon du nucléaire, on arrive aussi à une désindustrialisation.
    Par contre la Chine semble devenir à la fois un des pays leaders dans la promotion de l’efficacité énergétique ainsi que de la construction de nouvelles centrales nucléaires.
    Le fait est que le progrès peut bien avoir lieu aussi dans la promotion de la recherche nucléaire – soit dans le domaine de la sureté, soit dans le domaine de l’efficacité énergétique.
    Mais pour considérer ça il faudrait abandonner les querelles religeuses pour assumer une position agnostique, ce qui est le cas pour la Chine …

  • 4
    André Bovay-Rohr, Physicien says:

    Le Conseil fédéral s’est fait avoir: son administration devrait préparer l’après-pétrole et ne le fait pas.

    Mais il n’est pas le seul: le Parlement s’est fait avoir, la Presse, les médias se sont fait avoir et le public s’est fait avoir ! En effet, on ne voit JAMAIS émerger de concept pour cette période, par exemple sur la façon de produire et de transporter notre nourriture pour notre si nombreuse population, dans tous les documents censés préparer la oiseuse discussion actuelle et les décisions qu’elle devrait fonder …
     
    Quant à sortir du nucléaire, la première réflexion sur cette période post-pétrole (qui pourrait survenir par surprise et très vite, comme un tsunami) montre que le faire vraiment sera une sottise de première grandeur: le nucléaire est la seule source vraiment puissante, complément unique aux énergies renouvelables et dont on soit sûr de la régularité … notre seule vraie bouée de sauvetage !

Les commentaires sont fermés.