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Participation et politique étrangère

En matière de politique étrangère, l’UDC ne peut jouer sur les deux registres de l’initiative populaire et de la participation au gouvernement

A l’accoutumée de la politique suisse, l’UDC annonce, préélectoralement, le lancement d’une initiative populaire. L’info est reçue sans surprise, c’est la manière de ce parti de faire le plein d’électeurs. Et l’on a appris à connaître aussi le scénario répétitif et la distribution des rôles: l’Etranger, en surnombre, fauteur de délits et d’abus justifiant son renvoi automatique, le Suisse au patriotisme mou et l’UDC en posture de saint Georges terrassant le dragon.

Pourtant, cette propagande, même poussée à un degré de provocation telle que les partis d’extrême-droite européens n’ont pas osé la reproduire, a révélé ses insuffisances. D’autres groupements, anciens comme la Lega, nouveaux comme le Mouvement Citoyens Genevois, se sont emparés de ces thèmes. Au Tessin, à Genève, ils s’affirment sans être marginalisés par l’UDC. Au contraire, c’est l’UDC qui se trouve privée de réserves électorales. Et, plus grave encore pour elle, le phénomène ne s’observe pas que dans les cantons frontaliers. Les grands centres urbains sont touchés, à l’instar de Zurich où les écolos durs font avec succès assaut de malthusianisme pour limiter la croissance. Il n’empêche: l’UDC parvient à s’implanter fortement dans les agglomérations, devenues ses terrains de chasse et de proie. La conversion de l’UDC de parti campagnard en parti des villes n’est pas fondamentalement remise en cause, tout au plus freinée ici ou là. D’autant que la surpopulation devient un thème majeur. Il ne suffit plus d’expulser les moutons noirs; il y aurait trop de moutons blancs ou blanchis!

Critères démographiques

Donc l’UDC va par voie d’initiative demander qu’on limite l’afflux d’étrangers. Cela signifie remettre en cause la libre circulation des personnes et les accords passés avec l’Union européenne et, à réitérées reprises, confirmés en votation populaire. Cela signifierait encore introduire des contingents, limiter le nombre des frontaliers, rediscuter le regroupement familial. On ne visera donc plus des individus. Le contrôle sera global et les critères démographiques. Retour à l’ère Schwarzenbach.

On laissera à l’UDC le temps de déposer son texte pour le combattre pièces en main. Mais dès maintenant se pose la question de la compatibilité d’une intervention par voie d’initiative en politique étrangère et la participation au gouvernement.

La politique étrangère est un sujet aux résonances particulières en Suisse. La neutralité qui en est la colonne vertébrale n’est pas un simple refus de prendre parti mais le souci de ne pas exposer l’équilibre confédéral à des tensions centrifuges. La Suisse moderne est construite sur l’éradication du Sonderbund.

S’il est naturel que, dans un pays, les affaires étrangères soient de la compétence du gouvernement, la répartition de ces responsabilités a en Suisse une signification spécifique. La Constitution précise que le Conseil fédéral est chargé de cette tâche (art. 54). Il signe et ratifie les traités. Ensuite interviennent l’approbation et le contrôle de l’Assemblée fédérale. Puis, selon la nature des traités intervient obligatoirement ou facultativement le vote du peuple.

Cet ordre, cet étagement des compétences est donc de première importance en Suisse en raison de sa structure fédérale et de la pratique de la démocratie directe.

Certes un parti, tel l’UDC, peut souhaiter orienter la politique étrangère. Il usera dans ce but de l’initiative populaire, encore qu’il soit contradictoire de faire appel au peuple sur des sujets où le peuple, à plusieurs reprises et récemment encore, a exprimé son approbation. En revanche, il n’est pas acceptable qu’un parti, sur cette question primordiale, se positionne aux deux bouts de la chaîne, et au Conseil fédéral et au niveau d’une initiative populaire. Il y a incompatibilité.

Si ce n’est violation de la Constitution, du moins y a-t-il irrespect de son esprit. On attendrait des partis qui élisent le Conseil fédéral qu’ils le fassent savoir. La participation au gouvernement fédéral implique la coresponsabilité de la politique étrangère. L’UDC, qui la refuse, n’y a donc pas sa place.

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Discussion

  • Intéressante opinion de M. Gavillet, que je partage fondamentalement. Mais je suis  convaincu que, dans le système actuel, le parlement et le gouvernement suisses doivent refléter les forces des partis. Ce qui est important est que les autres partis que l’UDC ne se relâchent pas de dire que le plus grand parti de leur pays, l’UDC, est un parti populiste et nationaliste d’extrême droite et qui ne se différencie pas substantiellement du FN français, du FPÖ autrichien et des nouveaux partis sociaux-nationalistes des Pays-Bas, du Danemark, de Finlande et j’en passe. La Lega et le MCG font partie du même mouvement de désorientation face à la mondialisation, l’UE, l’ouverture des frontières. Oui, notre pays a beaucoup de citoyens électeurs qui approuvent des opinions sorties des plus bas tiroirs. C’est la pornographie en politique. Chacun est libre de s’en distancer. En ce qui me concerne, je ne considère pas ces électeurs comme mes concitoyens. J’ai du me faire à l’idée qu’il y aussi des gens aux opinions détestables parmi les nombreux travailleurs et retraités pro UDC et qu’ils n’ont pas de circonstances atténuantes. il ont le choix dans notre pays, critère déterminant de la liberté. Ils doivent être traités en adultes responsables de leurs actes. Et en subir les conséquences éventuelles. Les en protéger renforcerait encore l’UDC.

    • Les partis que vous citez, en les comparant à l’UDC, restent quasiment tous en marge du pouvoir, exception faite de la Lega italienne (le FPö n’a fait qu’un bref séjour au gouvernement). Ils restent dans l’opposition, même lorsqu’ils sont forts électoralement (Vlaams Belang en Belgique par ex, ou les 2 partis de l’extrême-droite autrichienne).
      Cela pourrait être aussi le cas en Suisse, en ce qui concerne l’UDC : cette réflexion devrait être menée. Le principe de proportionnalité valait en période de « formule magique », soit de 1959 à 2003, lorsque les partis s’étaient entendus sur un équilibre avec 2 radicaux, 2 PDC, 2 PS et 1 UDC. Cet équilibre a été rompu à partir de 2003 et on remarque depuis que les sièges au Conseil fédéral sont disputés entre les partis, même entre alliés du centre-droit. Avant 1959, le PS a été à plusieurs reprises le premier parti de Suisse, mais sans être représenté au gouvernement, parce que les autres partis estimaient qu’un minimum de valeurs communes n’étaient pas partagées.
      Aujourd’hui, l’UDC mène une politique complètement en décalage avec la concordance en pilonnant la politique étrangère, comme le montre très bien ici M. Gavillet. On peut constater que l’UDC, à l’instar du PS des années 10 et 20, n’est pas compatible avec la politique gouvernementale actuelle. Elle joue le rôle d’un parti purement protestataire, incapable de gouverner « avec » les autres. Les électeurs le savent d’ailleurs pertinemment, puisqu’ils n’élisent dans les gouvernements cantonaux que des UDC de facture modérée. Les autres servent seulement dans les parlements, pour crier fort.
      Il serait donc souhaitable de reconnaître ce statut à l’UDC en la renvoyant dans l’opposition. De toute manière, qu’elle soit ou non au gouvernement, l’UDC soumet la politique suisse à un feu continu de démagogie et de campagnes coûteuses qui lui permettent de gagner des élections. Essayer de l’intégrer au système a échoué puisqu’elle n’a que des chefs de bande (Blocher) ou des inactifs la main sur le frein à main (Maurer) à proposer et que cela n’a pas permis de mettre au point une nouvelle concordance ajustée à ce parti. Tout est bloqué et c’est bien l’UDC qui tire les marrons du feu.
      Alors, si on essayait de gouverner en se passant des protestataires ? Au bout de quelques temps, les électeurs de l’UDC se rendraient à l’évidence d’un vote inutile, en dehors du défoulement de poussées xénophobes à des moments bien précis. Un gouvernement de concordance entre des partis qui représentent tout de même 70 % des voix et qui sont capables de nouer des compromis permettant d’avancer serait autrement plus stimulant que l’actuel enfoncement dans une impasse de plus en plus absurde.

    • Une petite correction qui devrait nous faire réfléchir: à 12 mois des élections autrichiennes, le FPÖ avec un leader qui appelle à la haine est, selon les pronostics, le plus important parti avec 29 %, avant les chrétiens démocrates et les socialistes.

    • Difficile d’appuyer une réflexion ou une stratégie sur un sondage à 12 mois!

      En tous les cas, cela laisse 71% aux autres partis, de quoi largement composer une majorité. Accepter les partis d’extrême-droite dans les gouvernements, c’est aussi les légitimer.

      En Suisse, l’UDC bénéfice d’une légitimité de parti historiquement agrarien et gouvernemental tout en affichant le même genre de programme que le Front national français. Ce qui a été tenté jusqu’à présent a échoué.

      2 UDC ou même 3 (si ce parti décide de pousser les socialistes hors du gouvernement) au gouvernement, cela changera quoi ?

  • 2
    curieux says:

    «La Suisse moderne est construite sur l’éradication du Sonderbund

    Vous ne croyez pas si bien dire.

    En effet qu’était le Sonderbund? Une tentative de s’appuyer sur des puissances étrangères en espérant qu’elles soutiendraient les objectifs politiques d’une partie minoritaire de la Suisse. C’était donc en quelque sorte le parti de l’étranger.

    Or aujourd’hui que voyons nous? Une partie très minoritaire de la Suisse: la partie pro européenne, représentant au maximum 20 % de l’opinion à en croire les sondages, mais qui par des alliances parlementaires parvient à garder la haute main sur le Conseil fédéral, mène une politique de forfaiture visant l’absorption de notre pays dans l’Union Européenne, ce qui est: a) contraire aux intérêts du pays et b) désavoué massivement par les citoyens.

    Ces gouvernants infidèles – un véritable parti de l’étranger au cœur de l’Etat – n’hésitent pas à solliciter l’appui politique d’une puissance étrangère: l’UE, dans le but de forcer la main aux citoyens: par le chantage, la menace de la «clause guillotine» et en contournant sournoisement l’opposition populaire en signant quantité de traités non soumis au référendum pour tuer petit à petit notre souveraineté par la tactique du salami.

    En conséquence, il est juste, légitime, absolument nécessaire, et bien entendu c’est dans l’esprit des institutions, que la démocratie directe soit utilisée pour mettre en échec la forfaiture de dirigeants indignes, et leur mettre des bâtons dans les roues quand ils nous trahissent. Bref pour éradiquer le nouveau Sonderbund.

    Il est aussi permis d’espérer que les citoyens prennent conscience qu’ils sont menés là où ils ne veulent pas aller, et donc qu’ils modifient le rapport de force politique à Berne, en faveur des défenseurs de la patrie, de sorte qu’on ait bientôt un Conseil fédéral décent, qui retire enfin cette ridicule demande d’adhésion et place les intérêts suisses, non de ceux de Bruxelles, au centre de notre politique étrangère.

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