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Face aux limites de l’économie

Un dossier de «La Revue durable»: la liberté humaine s’arrête aux frontières de la planète

Image La Revue durable

La Revue durable, éditée en Suisse depuis 2002 et diffusée dans l’ensemble du monde francophone, présente dans son dernier numéro un dossier consacré aux«limites de l’économie». Non pas les éventuelles limites scientifiques de cette discipline, mais bien les limites objectives à l’exploitation de la biosphère, au développement économique sur la planète. Ce thème, d’actualité aussi en Suisse (DP 1907), s’inscrit dans une perspective historique et le dossier traite également du rôle des scientifiques.

L’économie est un domaine dans lequel s’exerce la liberté des choix politiques. Pourtant le siècle qui commence se heurte à un mur physique robuste qui va inévitablement brider cette liberté. Une équipe de vingt scientifiques autour de Johan Rockström, directeur de l’Institut de l’environnement de Stockholm, a identifié neuf mécanismes qui présentent un seuil critique à respecter impérativement pour préserver la survie à long terme de l’espèce humaine. Ces seuils«non-négociables» concernent la couche d’ozone stratosphérique, la biodiversité, la pollution chimique, le changement climatique, l’acidification des océans, le cycle hydrique global, l’affectation des terres, l’azote et le phosphore dans la biosphère et les océans et la charge en aérosols dans l’atmosphère.

Parmi ces neuf frontières à ne pas franchir, trois ont d’ores et déjà été dépassées et la période que nous vivons est désormais baptisée anthropocène par une partie de la communauté scientifique: l’humanité est désormais devenue le principal agent modificateur des conditions de vie sur Terre.

Un certain nombre de mécanismes de résilience occultent ces développements et endorment la vigilance des populations. La perspective d’une pénurie de ressources semble urgente alors que l’incapacité de la biosphère à digérer les rebuts de la civilisation industrielle devrait avoir la priorité. Les sciences économiques et sociales ont tendance à rejeter les connaissances en matière écologique à la marge de leurs recherches et les «impératifs» financiers ou géopolitiques sont tenus pour prioritaires.

Une remise en perspective historique du développement permet pourtant de repérer une sorte de «bulle énergétique» qui montre comment la civilisation moderne a transformé le monde en puisant dans des énergies fossiles pour nourrir ses «machines à feu». De fait, l’humanité est strictement dépendante de son écosystème et seule une économie fondée sur une logique renouvelable peut lui permettre de raisonner sur le long terme.

Malheureusement, les externalités écologiques très négatives du développement industriel ne font que depuis très peu de temps l’objet d’études systématiques dans le domaine économique: elles sont sorties de l’anonymat avec le rapport Stern. Mais aujourd’hui encore, il n’existe pas d’outil économique appliqué permettant une prise en compte réelle de ces externalités. Alors que les scientifiques mettent en évidence des seuils physiques planétaires impératifs, les économistes négligent l’étude de leurs conséquences en termes d’emploi, de revenu et de système de retraite, et des stratégies à mettre en œuvre pour s’adapter aux changements nécessaires. Sans modèle intégrateur, il ne reste que la fuite en avant.

Les institutions démocratiques elles-mêmes sont en cause et on peut s’interroger sur leur capacité à prendre en compte ces impératifs: les solutions novatrices manquent. La question des limites écologiques au développement est fort peu débattue par les partis et les médias. La Suisse, qui tire sa prospérité d’exportations de biens et de services de valeur, devrait rapidement se préoccuper des menaces qui planent sur son économie.

Pourtant les dernières campagnes électorales fédérales ont fait l’impasse sur ces questions. L’exemple d’un Roger Nordmann, qui soumet une série depropositions concrètes, reste encore l’exception dans un monde politique globalement insouciant face à des évolutions pourtant très rapides. Il est urgent de percevoir l’urgence.

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La Revue durable No 41 – Dossier: «La liberté humaine s’arrête aux frontières de la planète»

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Discussion

  • Etant un abonné de longue date de la RevueDurable, je suis ravi de voir qu’elle à trouvé écho et relais dans vos pages électroniques, et j’ajouterai que c’est un des meilleurs numéros qui fut publié.
    A lire de toute urgence, et plutôt deux fois qu’une… avant de transmettre plus  loin!
     

  • Tout parlementaire conscient de ses responsablitiés devrait absolument lire ce numéro de la Revue Durable et opérer une réflexion en profondeur sur les choix politiques futurs. La question essentielle restant: le capitalisme a-t-il encore un avenir?

  • 3
    Benoit Genecand

    Des scientifiques font de prévisions / prédictions concernant le futur proche. Dont la conclusion est : si les comportements ne changent pas, alors l’avenir de l’espèce est menacé. Les comportements ne changent pas malgré ces prédictions.
    Que faire? Intéressant de revoir ici l’idée de remettre en cause les institutions démocratiques (manière euphémique de dire la démocratie).  Peut-être, en effet, que la somme des choix individuels médiatisée par la démocratie ne peut que favoriser la fuite en avant? Quelle est l’alternative : un gouvernement des sages, des scientifiques qui font les prévisions?
    Question subsidiaire : a-t-on totalement perdu l’espoir que la recherche scientique puisse trouver les solutions aux problèmes qu’elle a généré (l’économie, désignée ici comme souvent dans ce type de publication comme bouc émissaire, n’a pas grand chose à voir avec le problème qui est celui de la révolution technologique et du bond scientifique réalisé par l’humanité). Ou, dit autrement, est-il impensable que la fuite en avant soit justement la voie de sortie? Ou, dit autrement encore, la seule solution est-elle la marche arrière? Moins d’humains sur la Terre pour préserver nos chances dans la durée?

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