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Elections historiques au Tessin

La Lega détrône le parti libéral-radical et devient le premier parti du canton. Progression aussi pour les Verts et défaite pour les partis traditionnels

Photo ti.ch
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Vert, voici la couleur qui règne au Tessin. Vert, non seulement comme les écologistes qui triplent leur résultat de 2007, mais qui, avec 6% des suffrages, restent un élément marginal de la vie politique du canton. Vert surtout comme la Lega dei Ticinesi, le parti du président à vie Giuliano Bignasca.

Avec une progression de plus de 7%, elle gagne un deuxième siège au Conseil d’Etat (il est élu à la proportionnelle et compte cinq membres), qui sera occupé par le conseiller national Norman Gobbi.

Ces élections étaient très attendues car trois magistrats ne se représentaient pas. Si les sondages indiquaient une progression de la Lega, on ne s’attendait pas à un tel résultat, un véritable tsunami comme l’ont qualifié le Corriere del Ticino, la Regione et la Neue Zürcher Zeitung.

La Lega n’en est pas à son premier exploit. En 1995, le candidat du mouvement, Marco Borradori, cassait les équilibres politiques du canton en entrant au gouvernement à la place d’un PDC. Borradori, représentant de l’aile institutionnelle et modérée de la Lega, a été élu pour son cinquième mandat.

La ministre de l’économie sortante, la libérale-radicale Laura Sadis, a aussi été reconfirmée. Manuele Bertoli, président du parti socialiste, entre pour la première fois au gouvernement, de même que le municipal PDC de Lugano, Paolo Beltraminelli, qui a battu dans un duel très serré le président du parti, Giovanni Jelmini.

Pourquoi ce succès de la Lega?

Il n’y a pas de doute, le Lega a bénéficié du soutien de l’UDC qui a renoncé à proposer une liste pour le Conseil d’Etat en échange d’une alliance pour les prochaines élections fédérales. Mais c’est surtout la victoire d’une manière tout à la fois très discutable et efficace de faire de la politique. Une politique de fermeture vers l’extérieur: la Berne fédérale, l’Italie, l’Union européenne, les étrangers, etc. Et comme l’UDC au niveau national, une forte capacité de communication et de mobilisation, notamment en assimilant le peuple au parti: «Les Tessinois votent Lega».

La Lega a su imposer des thèmes de campagne qui traduisent le mécontentement d’une partie de la population, mécontentement auquel les partis traditionnels ne semblent pas porter suffisamment d’attention: criminalité, frontaliers, chômage, assurances sociales. Les réponses simplistes de la Lega ont trouvé un terreau favorable, tout comme celles du Mouvement citoyens genevois au bout du lac Léman: les deux cantons connaissent un taux de chômage élevé et un fort contingent de travailleurs frontaliers.

Les Verts, une belle progression

Le parti écologiste est l’autre gagnant de ces élections. C’est un résultat relativement modeste, comparé aux résultats de ce parti dans d’autres cantons. Mais il faut rappeler que le Tessin ne s’est jamais distingué par une très forte conscience écologique. Selon Mattia Pacella, collaborateur scientifique à l’Observatoire de la vie politique régionale, le bon résultat des Verts n’est pas directement lié à ce qui se passe au Japon. Ce parti progresse depuis plusieurs années. Moins institutionnel et plus cohérent que le parti socialiste, il attire davantage les jeunes.

La défaite des partis historiques

La Lega a complètement brisé les partis historiques, notamment la forteresse libérale-radicale qui perd sa position dominante séculaire. Pour Mattia Pacella, cette défaite résulte des divisions qui déchirent ce parti: «Il y a un manque de cohérence, les gens qui votent traditionnellement pour le PLRT sont fatigués de cette lutte fratricide qui prévaut sur les faits». La campagne libérale-radicale a été en effet marquée par une âpre lutte entre les ailes radicale, plus à gauche, et libérale, la droite du parti, qui a soutenu exclusivement Sergio Morisoli, représentant du puissant mouvement religieux ultraconservateur Comunione e liberazione.

Le PDC continue sa lente et inexorable décroissance mais, vu les mauvais résultats des précédentes élections, il limite les dommages comme l’affirme le vice-président Fabio Regazzi.

Et les socialistes? La prestation du PS (moins 4,1% au Conseil d’Etat et moins 4 sièges au Grand Conseil) peut être considérée comme une lourde défaite. Le nouvel élu au gouvernement Manuele Bertoli affirme que les gains des Verts compensent les pertes socialistes. Selon Pacella cette explication est insuffisante: les dirigeants socialistes semblent peu préoccupés par les attentes des électeurs. Les jeunes surtout semblent préférer la Lega ou les Verts. Il suffit d’examiner les listes de candidats: Gobbi, le nouvel élu de la Lega, a 34 ans. Les Verts ont présenté une députée de 28 ans, Greta Gysin. En outre des thématiques chères à la gauche, comme le travail et les assurances sociales, ont été monopolisées par la Lega. Marina Carobbio, vice-présidente du PSS, reconnaît que les socialistes ont perdu leur traditionnelle capacité de mobilisation.

Le Tessin s’ancre donc à droite. Mais la Lega ne pourra plus se confiner dans la dénonciation. Chaque dimanche, par son organe de presse le Mattino della domenica, elle fustige le gouvernement. Contrairement aux autres partis, elle parle fort et sans nuances, sans craindre de se déjuger lorsqu’il faut passer aux actes. En proclamant qu’«à partir d’aujourd’hui au Tessin, c’est nous qui commandons», Bignasca condamne la Lega à se confronter à ses promesses: préférence aux résidents en matière d’emploi, treizième mensualité AVS, caisse maladie publique avec des primes accessibles à tous, déductions fiscales…

 

 

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Discussion

  • 1
    Pedro del Río

    Il est instructif de voir qu’après les promesses très onéreuses pour l’Etat mentionnées dans l’article, les deux élus de la Lega au gouvernement ont refusé de reprendre le département des finances. La stratégie est claire: afin de gagner des votes on fait des promesses impossibles à mettre en pratique; on laisse à un autre parti le département clé dans pour y parvenir; après quatre ans on donne la fautes aux autres si son programme n’est pas devenu réalité. Ainsi fonctionne la Lega.

  • 2
    Pedro del Río

    Premier parti au gouvernement mais deuxième au parlement, où le PLR est resté le premier. Il ne faut pas trop surestimer le succès de Lega: avec 30% de votes au Conseil d’état et 21% au Grand conseil elle est loin de pouvoir décider toute seule. De plus, ses deux conseillers d’état ces jours-ci se sont distancié du président du parti Bignasca, qui réclame le licenciement d’un certain nombre de hauts fonctionnaires du canton.

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