Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Nucléaire: le consensus éphémère

La Suisse n’est pas encore sortie du nucléaire

Le nucléaire est mort, terrassé par le Japon. Dix jours après la catastrophe de Fukushima, 87% des Suisses souhaitent l’abandon progressif du nucléaire. Les partis PLR et PDB osent envisager un avenir sans atome. Avec une rapidité décoiffante, Doris Leuthard ne met que quatre jours pour décréter un moratoire sur la procédure d’autorisation de nouvelles centrales, et moins de deux semaines pour lancer une étude sur la faisabilité de la sortie du nucléaire. La Suisse suit donc l’exemple de ses voisins allemands, autrichiens et italiens.

Mettons ces affirmations au conditionnel et revenons sur l’effet Tchernobyl. La centrale ukrainienne explose en 1986. En 1990, le peuple suisse accepte à 54,5% un moratoire nucléaire. Puis le temps estompe les craintes. On retient surtout que les centrales soviétiques sont moins sûres et que leur gestion était calamiteuse. En 2003, la prolongation du moratoire est sèchement rejetée à 58,4%.

L’effet Fukushima pourrait être aussi éphémère que celui de Tchernobyl. On martèlera bientôt que la Suisse ne se trouve pas sur la faille sismique de la ceinture de feu et qu’elle est évidemment à l’abri d’un tsunami.

Les certitudes gouvernementales sont cependant moins catégoriques qu’il y a vingt ans. En 1990, le Conseil fédéral jugeait dangereux et illusoire de croire possible de se passer du nucléaire. Deux des trois scénarios énergétiques retenus aujourd’hui par le gouvernement envisagent la renonciation à toute nouvelle centrale et la mise hors service plus ou moins rapide de celles qui existent.

En obtenant le mandat d’élaborer la stratégie de l‘après Fukushima, Doris Leuthard prend une posture conciliatrice. A la confrontation idéologique entre pro et anti-nucléaires, elle entend substituer une recherche rationnelle et consensuelle de notre avenir énergétique. Ses services ont trois mois pour dessiner des pistes et déposer leur rapport. Ce sera avant l’été.

Les divergences irréductibles renaîtront aussitôt. Et la liste sera longue. Les centrales à gaz indispensables à court terme rejettent du CO2. Pour être efficaces, les programmes d’économie d’énergie portent des atteintes inadmissibles à notre liberté. Les mesures fiscales incitatives ou dissuasives frappent les riches ou pénalisent les pauvres. Une énergie plus chère plombe notre compétitivité économique. Les subsides aux énergies renouvelables contredisent le frein aux dépenses. Les éoliennes et les petites centrales hydroélectriques agressent l’environnement. Comment imaginer obtenir des majorités politiques en faveur d’une sortie coordonnée du nucléaire?

Précédant les conclusions de ses services, Doris Leuthard affirme (Tages-Anzeiger, 26.3) : «Il est léger de demander de renoncer au nucléaire. Son abandon n’est pas possible sans dommage». En ordonnant une étude sur notre avenir énergétique après Fukushima, la conseillère fédérale ne cherche pas le consensus. Elle organise la confrontation pour sauver le nucléaire.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/17045
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/17045 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • 1
    Christophe Schouwey

    Excellent article qui rappelle bien à propos quelques évidences. Il n’est effectivement pas du tout sûr que l’effet Fukushima durera. Il faut dès à présent répertorier les déclarations des pro-nucléaires provisoirement repentant pour leur remettre sous le nez dans quelques années.
    Toutefois, il est faux de dire que les mesures fiscales pénalisent nécessairement les pauvres ou qui que ce soit d’autre. Il suffit d’un peu d’imagination pour compenser. L’argent qui est pris à quelque part ressort nécessairement ailleurs. Même la taxe carbone de Sarkozy prévoyait de redistribuer le produit à l’ensemble de la population sous forme de chèques.
    Il est également très discutable d’affirmer que les économies d’énergies sont des entraves à la liberté.
    L’initiative des Jeunes socialistes prévoyant d’interdire les modèles de voitures les plus polluants n’empêchera personne de se déplacer et ne privera les gens que d’une seule liberté, celle de frimer, activité qu’on peut exercer d’autres manières. Personne ne trouve scandaleux qu’il soit interdit de se promener tout nu dans la rue. Pourquoi serait-il plus liberticide d’interdire à certains automobilistes d’exhiber leurs symboles phalliques à quatre roues?
    Interdire la distribution gratuite de sacs en plastique dont la durée de vie est de quelques minutes n’entraînera qu’un seule obligation, celle de se demander si on a vraiment besoin du sac, ce qui est le strict minimum qu’on peut demander à un citoyen.
    Sortir d’un logique de croissance à tout prix, cela peut aussi être un moyen de diminuer la charge de travail globale pour la société, donc d’abaisser l’âge de la retraite ou de raccourcir la semaine de travail. La liberté de moins travailler et la dernière qui manque vraiment dans notre société.
     

  • Pas de remarque sur les faits de l’article mais quel jugement partial et partisan concernant Mme Leuthard. Si on accepte votre accusation on peut la retourner contre vous, en matière de consensus. Elle n’aurait fait aucune des deux déclarations, elle aurait été accusée de fermer les yeux sur les faits, soit le drame du Japon (et potentiellement de la chaîne alimentaire globale), soit sur le problème des alternatives énergétiques.
    Je ne suis pas un partisan de l’atome et la sortie du nucléaire sauvera la vie de générations futures, ce qui est primordial, mais à un prix que personne n’imagine. On a beau vanter les emplois induits par les nouvelles technologies et  les nouvelles ressources telles la géothermie profonde, on est actuellement loin d’atteindre les densités d’énergie atteintes par les non renouvelables ou l’hydraulique classique. Aucun vert n’acceptera ni des forêts d’éoliennes (Doute sur la régularité des vents en Suisse de toute manière) ou de forêts de panneaux solaires classiques ou à concentration. Depuis plus de 40 ans pas de progrès notable sur la fusion. Hydraulique au bout si on continue à exiger des restitutions plus importantes et du pompage-turbinage ne provenant que de sources renouvelables, etc, etc.
    Dans le domaine de l’économie sans diminution du confort – seule réalité actuelle envisagée par nos concitoyens – les succès sur les petites puissances (télécommunication, informatique, éclairage domestique) sont faramineux en % mais moins significatifs en absolu. Le processus de mobilité électrique demandera toujours beaucoup d’énergie, de même que la sidérurgie, la métallurgie, les cimenteries, et j’en passe, même la cuisine de midi. L’énergie grise pour réaliser nos isolants n’est pas négligeable (250 à 600 kWh/m3). Nous allons assez vite buter sur des limites, alors la phrase de Mme D.L. peut se comprendre pour mettre en garde contre certaines illusions et pas comme arqueboutée sur le nucléaire.

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP