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Neutralité: la guerre du sens

L’UDC investit le terrain symbolique qu’on a tort de lui laisser

Dans le cadre de la résolution 1973 du Conseil de sécurité, le Conseil fédéral a autorisé le transit d’un convoi militaire britannique à travers la Suisse. La décision n’a pas plu à l’UDC qui dénonce une violation de la neutralité. Depuis, comme pour d’autres interventions autorisées par l’ONU par le passé, la Suisse a également autorisé le survol de son territoire par les avions de la coalition.

La critique est bien sûr infondée (DP 1896). La décision du gouvernement respecte aussi bien le droit international que le droit interne. Qu’importe à l’UDC. Son souci n’a rien de juridique. Ce parti saisit chaque occasion pour imposer sa vision d’une Suisse anachorète, retirée d’un monde hostile et aux affaires duquel nous n’avons rien à gagner. Il flatte ainsi une opinion d’autant plus apeurée par les désordres du monde qu’elle se croit au bénéfice d’un statut privilégié.

Cette image d’Epinal cultivée, pilonnée même, par l’UDC, instille la croyance que nous sommes seuls maîtres de notre destin, que nous pouvons paisiblement cultiver notre jardin sans nous soucier des soubresauts de la planète.

La double catastrophe naturelle qui frappe le Japon, l’accident nucléaire de Fukushima, les révoltes populaires dans les pays arabes, la volonté de l’Union européenne de placer les relations bilatérales dans un nouveau cadre institutionnel, pour ne mentionner que des actualités récentes, illustrent bien l’inanité de cette image.

Mais, pour en convaincre l’opinion, encore faut-il répliquer sans relâche à cette imposture. Car le combat politique passe par le sens des mots. Or sur ce terrain, l’UDC n’est pas suffisamment contrée. Dans le cas de l’autorisation de transit, ni le Conseil fédéral – un bref communiqué au style administratif – ni les partis ne se sont donné la peine d’une explication détaillée. Comme si la Suisse se gênait de sa collaboration à la mise en œuvre d’une décision de l’ONU.

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Discussion

  • Cette fois on autorise le survol de notre espace aérien par les avions de l’OTAN. En cas de guerre en Europe – et il y en aura forcément une un jour ou l’autre – on autorisera le transit de troupes à travers notre territoire. Résultat: la Suisse sera le champ de bataille des puissances comme en 1799.

    L’UDC a raison. Ce que vous défendez ici c’est l’utopie d’un gouvernement mondial qui mettrait un terme à la guerre. En vérité on constate que ce gouvernement mondial, – qui existe déjà en grande partie, et au train duquel la zélée Micheline Calmy-Rey rêve d’attacher le wagon suisse -, est belliciste, liberticide, illégitime, injuste, irrespectueux des droits de l’homme, etc., etc.

    En réalité il est soumis aux volontés impérialistes égoïstes et capricieuses de quelques grands intérêts, comme l’indutrie pétrolière anglo américaine notamment, au service duquel il bombarde,massacre et torture dans le monde entier.

    Et nous devrions accepter ça? Approuver ça ? Participer à ça ?

    Non, nous devons rester maîtres de notre destin, capables de défendre notre territoire en toute hypothèse, déterminer souverainement nos lois, ne pas nous lier les mains par des conventions hypocrites visant à unifier le monde dans l’intérêt des forces mauvaises décrites plus haut.

    Par conséquenet l’UDC a raison et nous devons rester fidèles à la neutralité permanente et armée. Tant pis si cela nous vaut le blâme des intellectuels qui se sont faits, consciemment ou non, mais objectivement, les serviteurs de l’un des systèmes de domination le plus injustes lesplus arbitraires et les plus odieux que l’histoire ait connus.

    Tous ceux qui se disent de gauche, généreux, libertaires, amis de la justice devraient, au moins sur ce point, rejoindre le juste combat de l’UDC.

    Ce qui est insupportable ce sont les MENSONGES DE DOMINATION. Sauf le respect du à M. Delley, son article en est un.

  • 2
    Jean-Daniel Delley

    Curieux, le seul respect qui importe à un auteur, c’est d’être lu avec attention avant que d’être commenté. Une précaution que vous négligez. J’ai évoqué la résolution 1973 du Conseil de sécurité et la décision de la Suisse, compatible avec son statut de neutralité, d’autoriser le transit d’un convoi militaire par son territoire. Rien de plus. « La Suisse, champs de bataille » ou encore « un gouvernement mondial de domination », vos propos relèvent d’une vision rêvée du monde et de la Suisse – c’est votre droit le plus strict de rêver -, mais ne concernent pas le sujet de mon article. Dommage pour le débat.

  • 3
    Pedro del Río

    Curieux, combien de dizaines de trains militaires nazis ont traversé la Suisse pendant la deuxième guerre mondiale, dans les deux sens, entre l’Italie occupée et l’Allemagne? Qu’a-t-elle fait alors la Suisse neutre pour défendre son territoire?

  • J’ajouterai à l’intervention de Pedro del Rio que l’UDC est la première à protester lorsque quelqu’un s’offusque des trains de la deuxième guerre mondiale. La « neutralité » à la sauce UDC est très flexible.

  • Comme mon intervention était virulente, je ne m’étonne pas qu’elle suscite des réactions. Cela anime le débat qui s’était un peu assoupi depuis quelques jours que je n’avais plus mis mon grain de sel.

    Je veux bien reconnaître, cher M. Delley, que ma réaction touchait un seul point de votre article, qui en abordait aussi d’autres: c’est à dire votre théorie selon laquelle la résolution 1973 et le survol de notre espace aérien serait compatible avec la neutralité, Selon vous c’est compatible. Selon moi ça ne l’est pas.

    Je reste un opposant à la participation de la Suisse à l’ONU qui nous oblige à prendre parti entre des belligérants. Je souhaiterais que l’on puisse en ressortir et revenir à la neutralité intégrale. Je conteste fondamentalement le projet onusien de gouvernement mondial, tout comme le projet européiste, qui n’en est qu’un plan d’application régional. Je juge l’ensemble du projet illégitime et funeste.

    Je me suis réjoui de constater, sur ce point précis, que même des gens d’extrême gauche absolument opposés à mes idées par ailleurs, ont eu la même réaction que moi et ont justement condamné l’opération sauvage de main basse sur le pétrole libyen par établissement d’un protectorat.

    Mon objection est pertinente. Nous ne parlons simplement pas de la même neutralité.

    Pour vous, on reste neutre quand on participe à une opération belliciste de l’empire combattant visant à opérer un “regime change” par la violence – et non pas du tout à protéger les populations civiles comme le prétend mensongèrement la résolution 1973. Il s’agit donc d’une guerre de conquête au profit d’intérêts pétroliers sordides que le colonel Kadhafi gênait. C’est le retour pur et simple à la politique de la canonnière que vous condamniez fermement à l’époque où j’étais votre étudiant.

    Apporter un soutien militaire à une insurrection armée, dans un pays reconnu par les Nations Unies, est absolument contraire au droit international. C’est le principe “sicut nominor Leo” dans toute son horreur.

    Pour moi, participer à un tel hold up, ne serait-ce que par une autorisation de survol, est évidemment contraire à notre neutralité, comme à notre dignité. Evidemment l’affaire Hanibal et les malheurs de Max Göldi et Rachid Hamdani – dont tout le monde se souvient – font que cela passe très bien auprès de l’opinion suisse. Mais cela ne change rien au problème de fond.

    Je vous signale que la Chine et la Russie ont dénoncé le fait que cette opération allait au delà du but mensongèrement proclamé par la résolution 1973. Ainsi, en y prêtant la main nous rompons la neutralité et nous prenons parti dans une guerre en faveur du camp belligérant et contre le camp adverse représenté, notamment, par la Russie et la Chine. Pas bon pour la neutralité ça!

    Quant à ceux qui ressortent comme argument, éculé, la repentance au sujet des trains allemands qui auraient transité par la Suisse pendant la guerre, je répondrais que s’ils jugent que ce faisant la Suisse avait fauté, ils devraient à plus forte raison condamner l’autorisation de survol d’aujourd’hui. Question de cohérence. D’autre part, la question a été débattue en tous sens et n’est pas tranchée. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque c’était un cas de force majeure ou la survie même de la Suisse était en jeu. Notre survie n’était pas en jeu si nous avions agi comme la neutralité (telle que je la comprends) l’exigeait, c’est-à-dire en refusant le survol.

    Enfin et pour terminer, je parle en mon nom personnel et non comme UDC que je ne suis pas.

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