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Sur l’axe du Gothard – un musée au Mendrisiotto

Avant que ne soit désaffecté le tunnel de 1882, quelques haltes sur le parcours historique

Quelle que soit la répartition du trafic dans les tubes qui perforent le Saint-Gothard (voir l’article de Rodolphe Weibel), l’actuelle ligne ferroviaire changera d’affectation même si est maintenue une exploitation régionale et touristique. Elle cessera d’être vitale comme une artère; le patrimonial l’emportera sur l’utilitaire.

Certes, on gardera en mémoire vivante les tunnels hélicoïdaux et les apparitions-surprise de l’église de Wassen. Mais cette confrontation dramatique de la géographie et de la technique victorieuse de l’ingénieur ne doit pas faire oublier le bras-le-corps du rocher et du mineur. L’affrontement eut un prix élevé. Le Gothard est aussi une épopée ouvrière.

Conditions de travail inhumaines

En bilan humain, le chantier a coûté 307 morts. Quatre grévistes furent de surcroît tués à tir direct lors d’une manifestation à Göschenen, où la police uranaise avait fait appel, en renfort, à une milice locale.

Les morts recensés sont victimes brutales, accidentelles. Mais il faudrait ajouter ceux qui furent décimés par des maladies contractées sur le chantier, telle la silicose. Il n’y avait pas de wagon-toilettes, les eaux d’écoulement étaient transformées en égouts.

Les salaires étaient, selon un procédé classique d’exploitation, payés après retenue pour la nourriture et le logement dans des baraques minables. La majorité des travailleurs étant Italiens, ils devaient vivre sur place.

Comme les adjudications avaient été obtenues par le bureau de l’ingénieur genevois Louis Favre, sans que des clauses aient été prévues pour les cas de dépassement justifié, la pression sur les salaires fut d’autant plus forte. Favre, accablé par ces difficultés, mourut d’une rupture d’anévrisme lors d’une inspection de chantier.

Un monument à Airolo

En 1932, pour le cinquantenaire de l’exploitation de la ligne, hommage fut rendu aux travailleurs par la mise en place à Airolo du bronze du sculpteur tessinois Vincenzo Vela. On en connaît le thème: deux ouvriers emmènent sur un brancard un des leurs, blessé ou mort.

Cette œuvre ne fut pas une commande. Vela en recevait pourtant en nombre, le monument funéraire étant une de ses spécialités. Le sculpteur a voulu, à titre personnel, honorer les souffrances des dix ans de ce chantier dévoreur d’hommes.

Vela participait en homme engagé aux combats de son siècle. On le trouve aux côtés des radicaux contre le Sonderbund. Se liant avec le général Dufour, il en fit un dessin et un buste célèbre. On le verra aussi sur les champs de bataille contre les Autrichiens.

Installé près de Mendrisio, il se construisit une villa de style néo-palladien. Après sa mort, elle fut léguée à la Confédération qui en fit un musée, comprenant notamment un ensemble remarquable de photographies du XIXe siècle.

L’histoire part d’un symbole ou de l’événement pour reconstituer le tissu de la vie, les incertitudes du moment. L’église de Wassen, oui, mais aussi les victimes méconnues de cette bataille d’explosifs, mais aussi les hasards qui tissent un réseau qui relie Genève (les ingénieurs), Zurich (le financement), Airolo (le monument), et fait découvrir, imprévu, un musée fédéral et une collection exceptionnelle de photographies, dans ce Mendrisiotto si mal connu.

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