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Quand les peuples de l’Helvétistan se réveilleront

Quel prix à payer pour le siège suisse au Conseil des gouverneurs du FMI?

Photo Katy Pearce
Photo de Katy Pearce (licence CC)

Les soulèvements populaires dans les pays arabes mettent en évidence les contradictions des Etats occidentaux qui, pour des raisons économiques et stratégiques, ont soutenu jusqu’au bout des dictateurs aujourd’hui déchus ou sur le départ. Si demain les peuples de l’Asie centrale renversaient leurs tyrans corrompus, la Suisse se trouverait dans une situation tout aussi embarrassante.

En 1992, le peuple approuve l’adhésion de la Suisse aux institutions de Bretton Woods – Fonds monétaire international et Banque mondiale. Mais Otto Stich, alors patron des finances fédérales, ne se contente pas de ce succès; il aspire à un siège au sein du Conseil des gouverneurs, l’organe exécutif de ces organisations. Un siège qu’il obtient après avoir constitué un groupe avec la Pologne, la Serbie et d’anciennes républiques soviétiques de l’Asie centrale : le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Turkmenistan et l’Azerbaïdjan. D’où le surnom d’Helvétistan accolé à ce groupe. Une réforme récemment envisagée par le FMI risque de faire perdre son siège à notre pays qui, aussitôt, renforce son groupe en accueillant le Kazakhstan.

Dans la foulée, la Confédération inaugure des programmes de développement dans certains de ces pays pour faciliter la transition démocratique (Tadjikistan, Ouzbékistan, Kirghizstan). Car la démocratie est à la peine dans ces ex-républiques soviétiques. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le site d’Amnesty International: dictatures camouflées en régime présidentiel, violation des droits fondamentaux, absence de libertés politiques, contrôle de l’économie nationale par la clique au pouvoir, enrichissement personnel et pauvreté pour la majorité de la population.

Cette captation de la richesse par les familles au pouvoir trouve parfois des débouchés helvétiques. Ainsi la fille du président kazakh Nazarbaiev et son oligarque de mari ont acquis récemment à Genève une villa pour près de 75 millions de francs. La fille aînée du président ouzbek Karimov, à la tête d’un empire industriel, a trouvé logement à son goût sur la colline de Cologny, à Genève, moyennant plus de 18 millions. La fille cadette, sa voisine au bout du lac, moins modeste, a déboursé 43 millions. La Suisse, ses quartiers résidentiels et ses banques attirent visiblement des fortunes asiates trop considérables et trop rapidement acquises pour être honnêtes. Et depuis le 1er janvier 2011, ces acquisitions immobilières peuvent se faire en toute discrétion puisqu’elles ne sont plus publiées dans laFeuille d’avis officielle, par décision du législateur.

Le prestige d’un siège de gouverneur au FMI et notre soif de pétrole et de gaz en provenance de l’Asie centrale justifient-ils la caution apportée à ces prédateurs? Et notre effort de coopération dans ces régions suffit-il à contrebalancer la saignée qu’imposent ces derniers à leurs peuples? Nous serions inspirés de débattre de ces questions avant qu’elles ne s’imposent brutalement.

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Discussion

  • La Suisse après s’être sucrée durant 40 ans sur les avoirs de Kadhafi planqués dans notre pays réalise tout d’un coup qu’il s’agit d’un dictateur meurtrier et bloque ses comptes…l’attitude ne peut pas être plus lâche…on profite tant qu’on peut et dés que ça tourne au vinaigre, on prend des mesures pour se donner bonne conscience, c’est répugnant…après avoir été un pays de mercenaires guerriers au service des pays voisins dans notre passé, la Suisse s’est convertie en un pays de mercenaires financiers…l’analyse vaut aussi pour Moubarak et Ben Ali et autres dictateurs que vous citez dans votre article…

    • 1.1
      Jean-Jacques ISAAC

      Le commentaire de M. Favez me paraît pertinent. On voit ces jours beaucoup de monde s’offusquer de l’attitude des dictateurs, comme s’ils étaient arrivés au pouvoir en 2010 et qu’on se demandait si l’on allait établir des relations politiques et commerciales avec les régimes qu’ils représentent. Une fois les deux otages suisses (otages de Kadhafi) rentrés au pays, je me souviens avoir lu un commentaire du genre : “Nous allons pouvoir rétablir des relations commerciales avec la Libye”. Cela m’a choqué.
      Si au moins l’on se demandait par un examen de conscience sur quel régime on pourrait faire pression dès maintenant et en permanence pour qu’ils se démocratisent…

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