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Elections fédérales: cartes sur table, svp

Les partis doivent se prononcer maintenant sur la composition du Conseil fédéral et la définition de la concordance

Photo Tristam Sparks Photo de Tristam Sparks (licence CC)
icone auteur icone calendrier 13 février 2011 icone PDF DP 

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Le résultat des élections fédérales d’octobre déterminera la composition futur du Conseil fédéral, entend-on. Mais les électeurs ont le droit de savoir dès maintenant comment et avec qui les partis se proposent de gouverner.

La campagne électorale est ouverte. A son habitude, l’UDC démarre sur les chapeaux de roue grâce à des moyens financiers sans commune mesure avec ceux de ses concurrents. Avec une annonce mensongère, c’est également une habitude, largement diffusée dans la presse:  en 2011, 4 milliards d’impôts, de taxes et d’émoluments nouveaux, prétendument par la faute de la gauche et des partis bourgeois et auxquels seule l’UDC s’est opposée.  Or tous ces prélèvements supplémentaires, à l’exception des primes de l’assurance maladie, ont fait l’objet d’un vote populaire.

Mais c’est la suissitude qui semble donner la tonalité générale de la campagne. L’UDC, «le parti de la Suisse», à l’instar d’un produit manufacturé, se pare de l’étiquette «qualité suisse» et fanfaronne que «les Suisses votent UDC».  C’est «Par amour de la Suisse» que les libéraux-radicaux se présentent au corps électoral, alors que les démocrates-chrétiens proclament «Sans nous pas de Suisse». Pour l’heure, les socialistes délaissent le drapeau à croix blanche au profit du salaire minimum, de la caisse maladie unique et de l’initiative sur les armes.

Au-delà de candidates et de candidats aux minois plus ou moins séduisants et des slogans, tous les partis proposent bien sûr un programme fourni. Mais au fil de la campagne seuls quelques thèmes supposés porteurs vont se détacher.

Pourtant l’électrice et l’électeur savent fort bien qu’aucun de ces textes ne sera mis en oeuvre. Pour la simple raison qu’aucun parti n’obtiendra une majorité lui permettant d’imposer ses solutions. Ce multipartisme prononcé, à quoi s’ajoute la faible homogénéité de la plupart des groupes parlementaires, justifie la présence de plusieurs partis au gouvernement. Non pas pour former une coalition capable de réaliser son programme, mais pour trouver, sur chaque dossier, des solutions susceptibles de recevoir le soutien d’une majorité parlementaire, et le cas échéant populaire.

Ce mode de fonctionnement, qu’on nomme la concordance, n’a rien à voir avec un unanimisme mou. Il a permis aux institutions de fonctionner malgré un paysage politique morcelé et la menace toujours présente d’un désaveu populaire. Mais il exige un consensus minimal entre les partis gouvernementaux – aujourd’hui par exemple la nécessité vitale d’une coopération avec l’Europe et avec la communauté internatiopnale, le respect des droits fondamentaux tels que codifiés par la Convention européenne des droits de l’homme notamment -, une volonté de collaborer à la contruction de solutions de compromis dans le cadre de coalitions variables, mais qui laisse toutefois la possibilité de pratiquer une opposition ponctuelle.

Si les partis veulent faire assaut de suissitude, quelle meilleure concrétisation que de se reconnaître dans ce principe de concordance?  Non pas sa caricature que tend à propager l’UDC, ce qui en fait une formation en définitive très peu helvétique: d’abord la règle de trois pour exiger un siège supplémentaire, puis aussitôt l’attaque d’un siège socialiste ou démocrate-chrétien, puis une initiative pour l’élection populaire du Conseil fédéral au scrutin majoritaire. Mais la concordance dans l’acception pleine du terme, celle qui, à partir de positions divergentes, conduit à élaborer des compromis viables.

Cette concordance-là ne peut vivre dans le climat de polarisation croissante de la vie politique. Dans ces conditions, elle n’engendre que confusion, opacité et irresponsabilité, faisant la part belle au parti qui prétend tout à la fois gouverner et représenter à lui seul le peuple. Libéraix-radicaux, démocrates-chrétiens et socialistes ne peuvent sortir que perdants de ce jeu trouble. Tous trois ont intérêt à une clarification qui passe par le bannissement de l’UDC du gouvernement.

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Discussion

  • Etant donné que:
     
    a) il n’y a aucune chance pour que les partis du centre (PLR et PDC) décident d’exclure l’UDC du CF. et
     
    b) il n’y a aucune chance pour un accord de gouvernement viable sur un programme pro européen qui est rejeté par au moins 80% des citoyennes et citoyens,
     
    on voit mal comment parvenir à la clarification que vous appelez de vos voeux.
     
    La seule possibilité qui ne soit pas une vue de l’esprit serait que le PS se retire du CF et aille dans l’opposition en espérant s’y refaire une santé. Ce serait une excellente chose, car cela éviterait à l’UDC de devoir pousser le PS dehors, ce qu’au nom de sa conception de la concordance arithmétique elle semble hésiter à faire.
     
    De fait, pour le PS c’est l’unique chose en son pouvoir si elle tient à mettre les cartes sur la table: annoncer son retrait du CF si les autres partis ne veulent pas rompre avec l’UDC.
     
    Ca aurait de la gueule et cela pourrait, qui sait, être un coup gagnant à terme.
     
    Mais si le PS n’est pas prêt à se retirer sur l’Aventin, l’autre option (gouverner sans l’UDC) étant exclue par la réalité des faits, il faudra se résigner encore quelques temps à vivre dans un équilibre bancal.

  • C’est affreux à dire… mais pour une fois je vais être d’accord avec Curieux. Je pense aussi qu’il faudrait un sacré tremblement de terre pour que la droite modérée fasse un choix clair en faveur de la gauche et au détriment de l’extrême-droite UDC.
    Par contre, le PS (et les Verts… parce que sinon on tourne en rond) qui se mettrait en congé du conseil fédéral, cela devient intéressant. Ce serait l’occasion de réviser toute une série de positions et de projets et de redéfinir un véritable programme socialiste (parce que le grand écart actuel entre position radicale en congrès et pratiques centristes en gouvernement est de plus en plus dommageable…) et écologiste. Le PS et les Verts reviendraient ensuite sur une ligne plus offensive… Même le positionnement par rapport à l’Europe en construction pourrait être redéfini au profit d’une position européenne contenant des conditions (le grand marché ne fait pas vraiment bander l’électorat socialiste).
     
     

    • Vous voyez bien, Moor, que nous sommes parfois d’accord. Seulement vous ne poussez pas le réalisme jusqu’au bout, sinon vous verriez qu’il faudrait aussi un sacré tremblement de terre pour que le PS s’arrache aux délices et poisons du pouvoir et retrouve une cohérence dans l’opposition.
       
      Puisque vous êtes en veine de fair play, reconnaissez avec moi que le socialiste moyen, ce qu’il cherche avant tout c’est de faire carrière dans l’administration. Le lobby des hauts fonctionnaires grassement payés a une influence encore plus forte sur le PS que le lobby du ciment sur le parti radical. Par conséquent pour les socialistes sortir du CF c’est « only on our dead bodies », plutôt mourir!
       
      J’arrive donc au pronostic suivant: Ni le centre ni la gauche PS n’ont de stratégie. Seule l’UDC en a une. Donc tous les partis sauf l’UDC subissent et sont dans la défensivce. L’UDC dicte l’agenda. Ni le centre ni le PS ne choisront la voie de la cohérence qui consisterait, pour la gauche à retrouver une légitimité en se retrempant dans l’opposition et pour le centre à gouverner à droite sur un projet eurosceptique clair avec l’UDC, ou carrément au centre gauche avec le PS. Par conséquent il y a de forte chances que la stratégie de M. Blocher soit gagnante. La gauche et le centre seront encore affaiblis mais pas au point de disparaître. Donc la cote mal taillé qui déplaît à DP sera reconduite, dans des conditions bénéficiant à l’UDC Même si ce parti ne progressait que peu ou même stagnait électoralement.
       
      Avec ce pronostic vous na’urez sans doute pas envie d’être d’accord, mais peut-être reconnaîtrez vous qu’il est assez juste.

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