Mode lecture icon print Imprimer

L’Etat selon Hans-Adam

De la conception monarchique à la conception mercantile sans passer par la démocratie

Hans-Adam II de Liechtenstein ne se contente pas de régner sur un micro-Etat de 160 km2 et de 36’000 habitants, ni de gérer sa considérable fortune financière et immobilière. Son altesse sérénissime se pique également de théorie politique. Les avantages comparés des petites entités étatiques constituent un thème récurrent de ses discours et de ses écrits.

Dans son dernier ouvrage The State in the Third Millennium, qui vient de paraître aux éditions Stämpfli, il croit voir dans l’évolution récente – éclatement de l’URSS et de la Yougoslavie notamment – une confirmation de sa thèse du «small is beautiful».  Il prône également l’autodétermination des peuples au niveau le plus bas. Ainsi la Constitution du Liechtenstein autorise les communes à faire sécession, conférant à ces dernières un attribut de souveraineté.

Son attirance pour les collectivités publiques de taille réduite ne l’empêche pas d’avoir de grandes ambitions pour l’Etat d’un futur qu’il espère proche: «une entreprise de services en concurrence pacifique pour attirer des clients potentiels». Une ambition que ne renieraient pas les cantons et les communes helvétiques qui pratiquent une sous-enchère fiscale agressive pour attirer de riches contribuables.

Cette conception réductrice et mercantiliste s’inscrit parfaitement dans l’idéologie néo-libérale. Mais ce supermarché public ne répond en rien aux besoins qui ont conduit à l’apparition et au développement de cette forme d’organisation politique qu’on appelle l’Etat. Car l’Etat, avant d’être un fournisseur de services indispensables à la vie d’une société moderne, traduit l’effort historique des hommes pour se libérer de la tutelle d’un individu ou d’un groupe d’individus, pour confier l’autorité politique à des institutions impersonnelles, indépendantes des magistrats qui l’exercent.

On conçoit la difficulté d’un souverain héréditaire comme Hans-Adam à inscrire sa conception de l’Etat dans une telle perspective. L’Etat n’édicte pas seulement des règles de vie commune; il exprime surtout une appartenance commune, que ce soit par la langue, la religion, l’histoire ou, en Suisse, des institutions politiques particulières – la structure fédérale, la démocratie directe. C’est dans ce cadre seulement que peuvent se développer la solidarité, la justice sociale et le vivre ensemble.

Une entreprise de services, même si elle propose un catalogue bien fourni de prestations, ne peut remplir ce rôle d’intégration de ses habitants et d’organisation de la vie collective. Pour s’en convaincre, il suffit d’entendre les édiles de communes riches déplorant l’absence d’implication sociale et politique de certains de leurs habitants, toujours prêts à migrer vers des cieux fiscalement plus favorables. La consommation de services ne fait pas une société, pas plus que le nomadisme engendré par la recherche de la meilleure offre.

Dans un Etat démocratique, le client est aussi citoyen et, à ce titre, détenteur de droits politiques lui permettant de contribuer à l’amélioration du bien-être de tous, en particulier par des services publics de qualité.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/16540
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/16540 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

  • Beaucoup de gens viennent au monde avec des particularités difficiles à porter, qui les excluent et avec lesquelles ils doivent se faire accepter. Ainsi on peut naître avec une autre couleur de peau que les autres, d’une autre religion, albinos, etc.
    Le prince Hans-Adam du Liechtenstein est peut-être le dernier rejeton du gotha encore régnant, et qui en plus exerce un pouvoir réel et non symbolique. En principe c’est un inadapté que le monde actuel avait condamné à mort avant sa naissance. Or, il a réussi à donner à sa maison une existence économique de premier plan, qui lui permet de régner sur un empire financier mondial, de son nid d’aigle de Vaduz. Il a su établir, tant avec la très égalitaire Suisse qu’avec l’Union Européenne, un modus vivendi avantageux. Il a même réussi à obtenir de ses sujets une nouvelle constitution lui garantissant la prépondérance réelle dans les affaires publiques, chose absolument nécessaire au maintien du système. Les deux ou trois intellectuels de gauche de la principauté ayant fait la grimace devant sa prétention à régner ET gouverner, ses sujets ont du le supplier de rester tant ils ont avantage à sa présence bienfaisante parmi eux. Il s’est laissé faire douce violence par son peuple.
    Pour un représentant d’une espèce en voie de disparition, reconnaissons lui un certain don pour s’adapter à un milieu hostile en perpétuel changement.
    A l’époque de la guerre froide sa principauté, qui n’est pas d’opérette, était protégée par la Suisse qui s’en servait comme la France fait de Monaco, le Royaume Uni de Gibraltar, des Iles de la Manche, Iles Vierges, etc., les Pays Bas de Curaçao, le Portugal de Madère, les USA des Bahamas, Cayman, Marshall, etc., c’est à dire comme d’un endroit commode pour y faire des choses nécessaires, que l’on ne veut pas faire chez-soi. Dans la mondialisation, la Suisse ayant tout lâché bêtement, il a du réorganiser son monde en urgence, d’une main sûre, et maintenant son empire bancaire est intégré aux nouveaux paramètres.
    Il faudrait lire son livre. Ses théories sont peut-être discutables, mais reconnaissons au moins qu’il a su sentir l’air du temps et s’y adapter. Ce n’est pas lui qui a voulu le dépérissement de l’Etat. Elle a été décidée ET MISE EN OEUVRE, au nom du vieux rêve fabien, par des milieux socialistes libéraux qui ne sont pas de son monde. Son monde à lui ce serait plutôt le trône et l’autel, la légitimité, le catholicisme traditionnel. Pour un lion né dans la pourpre il ne se débrouille pas mal parmi les cancrelats parvenus du libre échangisme mondial, pour la plupart issus de l’extrême gauche: anciens maoïstes, gauchistes « liberals » américains et communistes comme Barroso, Cohn-Bendit, Obama, Hu Jintao et consorts, qui sont les vrais représentants de notre époque.
    On ne pouvait s’attendre à ce que DP tombe d’accord avec le dernier représentant du droit divin encore vivant. Mais soyons beaux joueurs et disons: bravo l’artiste!
     

    • Johannes Adam Ferdinand Alois Josef Maria Marko d’Aviano Pius (alias Hans-Adam II) von und zu Liechtenstein ist umgefallen und hat, als CEO seines Ländli, seine Fürstentum-Liechtenstein AG den Forderungen der EU anpassen müssen, nicht zuletzt als EWR-Mitglied. Jawohl! Ceci étant dit, il est intéressant que vous mettiez les vrais apôtres du libre-échangisme mondial, c’est-à-dire les dirigeants des multinationales et leurs amis politiques dans le même sac que les anciens maoistes, gauchistes, « liberals » et communistes. Est-ce que les mondialistes libre-échangistes seraient l’émanation du gauchisme? Je n’y avait pas pensé. Mais cela me conforte dans ma conviction que dans ce monde inéluctablement ouvert et mondialisé, il faut voter plutôt à gauche afin que les gardes-fous de justice et d’égalité ne passent pas totalement à la trappe.

    • C’est à cause des illusions de gens comme vous, Jaussi, que certains continuent de voter à gauche en croyant défendre les intérêts des classes défavorisées alors que c’est précisément la gauche qui a fait avancer plus vite et plus loin le démantèlement de l’Etat social que l’on avait réussi à édifier non sans mal à l’époque de la guerre froide. Un Pascal Lamy n’est-il pas socialiste?
       
      Il n’est pas contestable que tous les anciens gauchistes des années 70, comme Barroso, Joshka Fischer, Cohn Bendit & co, mais aussi chez nous en Suisse les représentants du parti socialiste au CF Leuenberger et Micheline Calmy-Rey qui ont fait le plus avancer l’internationalisme et l’européisme qui implique nécessairement la directive Bolkenstein et la jurisprudence antisociale de la cour de justice européenne.
       
      Je ne mentionne même pas les néo conservateurs américains qui sont tous d’anciens trotskistes.

    • Curieux,
      Vous faites dans la propagande mensongère éhontée… S’il y a des socialistes comme Lamy ou Strauss-Kahn pour jouer le jeu de la mondialisation et de sa concurrence généralisée, il y a un parti socialiste suisse et des verts qui se battent pied à pied pour sauver les assurances sociales et essayer de garder un caractère progressif à la fiscalité.
      Pendant qu’ils amusent le petit peuple avec des sujets d’une importance cardinale comme les minarets, vous amis de l’UDC déplument de manière systématique les classes sociales défavorisées. Un simple coup d’oeil aux divers votes ayant eu lieu au parlement fédéral et une lecture des programmes des partis suffit à démolir vos assertions.

Les commentaires sont fermés.