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Le vertueux programme de Davos

En 40 ans et parfois aiguillonné par la critique, le «World Economic Forum» a évolué tout en se développant

Dimitri Medvedev, le président russe, ouvre le Forum de Davos devant 1400 chefs d’entreprise, 35 chefs d’Etat et autres ministres clés. Organisateur de la rencontre, le WEF est une entreprise qui ne connaît pas la crise. La recette imaginée il y a quarante ans par Klaus Schwab fait merveille.

Le professeur genevois d’origine allemande lance alors un rendez-vous international mondain à Davos. Les grands patrons peuvent y nouer des contacts d’affaires. S’ils sont de généreux et fidèles contributeurs, ils sont assurés d’obtenir audience auprès des plus hauts dirigeants politiques. En quarante ans, note la Tribune de Genève, le WEF est devenu une ONG prospère. Son budget annuel atteint 140 millions de francs. Son site genevois vient de doubler sa surface pour abriter 300 collaborateurs. Des antennes ont été ouvertes à New York et à Pékin.

Le WEF est, bien sûr, au service de ses contributeurs. Considéré comme le cartel des multinationales, il est devenu la bête noire des altermondialistes qui ont créé le Forum social mondial. Ce «Davos alternatif», moins riche et moins médiatisé, entend lutter contre toutes formes de domination impérialistes et capitalistes.

Autre vision alternative mais essentiellement suisse, Public Eye décerne chaque année le prix de la honte aux entreprises les plus irresponsables de la planète. Le palmarès est dévoilé à l’occasion du Forum de Davos. Parmi les nominés figurent sans surprise le groupe BP responsable de la marée noire mexicaine, mais aussi le suisse Axpo pour ses achats d’uranium à une usine de retraitement pourrie de Russie.

La critique des altermondialistes a infléchi le discours affairiste du WEF (DP 1587). En 2004, Davos s’est interrogé sur la valeur sociale des entreprises face à leur valeur boursière. En 2005, les participants au Forum se sont prononcés à 65% en faveur de la lutte contre la pauvreté. Un bon sentiment qui ne mange pas de pain!

La montée en puissance des dragons asiatiques et la crise financière internationale compliquent la gestion des multinationales. Le WEF s’adapte à ce nouveau défi. Il invite à Davos les responsables des pays émergents. Les pannes économiques mondiales servent désormais de thème récurrent du Forum.

Depuis maintenant six ans, le rapport Global Risks décrit les défis qui menacent la planète. A lire cette analyse, on pourrait parfois se croire sur un site alternatif. L’écart grandissant entre pauvres et riches est un risque cardinal. La pénurie d’eau qui génère un milliard de mal nourris en représente un autre. Le rapport du WEF demande la santé pour tous, l’accroissement de l’aide au développement. Tous les risques sont interdépendants. Les défis environnementaux affectent les entreprises. Le désordre financier contamine le commerce, plombe le social et génère les désordres politiques. La gouvernance mondiale est un échec. Les politiques doivent fournir une réponse qui ne peut être que globale. Le FMI, l’OMC le BIT et le programme environnemental du PNUD doivent coopérer étroitement.

Les grandes lignes de ce programme sont vertueuses. Mais que signifie, par exemple, une «meilleure surveillance du secteur financier»? On peine à trouver les détails qui pourraient fâcher les bailleurs de fonds du WEF. Pour entretenir sa belle façade, le 41e Forum de Davos pourrait, pourquoi pas, se terminer par un appel à lutter contre l’écart grandissant entre les riches et les pauvres, avec la bénédiction de certains patrons de multinationales où les écarts de salaires vont de 1 à 700.

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