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Les critiques de la BNS préfèrent tirer sur le pompier plutôt que sur les incendiaires

Les mécanismes de la spéculation sur le franc suisse expliqués par Rudolf Strahm

Photo jpmm
Photo de jpmm (licence CC)

Vingt-et-un milliards de francs, c’est la perte annoncée par la Banque nationale suisse pour l’exercice 2010. Un montant qui en a scandalisé plus d’un dans le monde politique et les médias. Et qui vient à point nommé conforter les critiques de ceux qui répugnent à une réglementation stricte des activités bancaires, telle que la préconise Philipp Hildebrand, le président du directoire de la BNS.

Comme à son habitude, la Weltwoche, bras médiatique de l’UDC, ne fait pas dans la dentelle en accusant Hildebrand d’avoir dilapidé plus de milliards que Marcel Ospel dans la déconfiture d’UBS. La BNS a tout faux: tour à tour on lui reproche d’avoir tenté de combattre la hausse du franc suisse en achetant des euros ou de n’avoir pas suffisamment persisté dans son combat.

Dans sa dernière chronique (Tages Anzeiger, 18 janvier), Rudolf Strahm constate une fois de plus à quel point la compétence économique fait cruellement défaut dans un débat monétaire idéologiquement contaminé. Et de rappeler les mécanismes de l’institut d’émission. La BNS n’a pas cherché à soutenir l’euro; elle n’a visé qu’à modérer la hausse du franc. Car le problème réside dans l’appréciation de la monnaie helvétique et non dans la faiblesse de la monnaie européenne: en effet, la parité entre l’euro et le dollar américain est la même qu’il y a cinq ans. En achetant des euros, la BNS a voulu éviter une déflation – croissance et renchérissement négatifs – et venir à l’aide de l’industrie d’exportation et du tourisme.

D’où la BNS a-t-elle tiré l’argent pour ses achats d’euros? De la planche à billets qu’elle a seule le pouvoir de faire fonctionner, rappelle Rudolf Strahm. La chute de l’euro et du dollar a diminué la valeur de ses réserves monétaires. A l’inverse, l’appréciation du cours de l’or a fait grimper la valeur de ses réserves de métal de 5 milliards. Mais dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de résultats comptables, à ne pas confondre avec les résultats – bénéfices ou pertes – d’une entreprise. Une variation ultérieure des cours peut modifier ces résultats, à la hausse ou à la baisse.

Plutôt que de stigmatiser la politique de la BNS, les critiques feraient mieux de mettre en accusation la spéculation, véritable responsable de la surévaluation du franc. Selon les données de la Banque des réglements internationaux, les opérations de change entre le franc et toutes les autres monnaies se montent quotidiennement à 250 milliards de dollars, celles entre le franc et l’Euro à 72 milliards de dollars.

Les banques helvétiques jurent qu’elles ne participent pas à cette spéculation, même UBS qui, il y a peu, se vantait d’être le numéro 2 sur ce marché. Rudolf Strahm n’en croit pas un mot. Aujourd’hui cette spéculation passe par des programmes informatiques qui procèdent de manière automatique et en une fraction de seconde aux opérations de change, sans que les banques centrales en soient informées. Alors ne tirons pas sur les pompiers, mais sur les incendiaires.

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Discussion

  • N’est-il pas paradoxal de voir  les cantons de Vaud et Genève, en particulier, tout faire pour attirer  sur l’arc lémanique ces fameux hedge fonds, entre autres ceux basés à Londres, en leur accordant de substantiels avantages fiscaux, alors que ce sont ces mêmes hedge fonds qui sont les plus gros spéculateurs dons en partie responsable de la hausse du CHF ayant provoqué les énormes pertes de la BNS. MM notre caissier en chef, M. Broulis et son homologue genevois devraient y réfléchir  ….

  • Dommage que M. Strahm ne soit pas allé jusqu’au bout de son histoire: non seulement les banques suisses spéculent sur le franc au détriment de la BNS, mais cette dernière a prêté  60 mrd de francs à l’UBS pour restaurer son assise financière. Et personne ne trouve à redire. Quand donc Economie suisse se décidera-t-elle a convoquer des assises  nationales entre banquiers et industriels ?

  • 3
    francoise buffat

    Et si les guerriers spéculateurs décidaient de déposer les armes, au moins le temps d’une trêve pour voir ce que cela donne? On a l’impression que les uns comme les autres sont prisonniers d’une spirale dont plus personne ne comprend ni le sens, ni l’objectif final. Domaine Public pourrait-il tenter de nous éclairer?

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