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Une presse qui se vend comme du popcorn

L’évolution des médias vers le tout commercial inquiète

Dans un livre à deux voix, les journalistes Richard Aschinger et Christian Campiche présentent une «enquête au cœur des médias suisses» dans deux versions différentes: News Fabrikanten en allemand et Info popcorn en français. La version française propose une approche historique, une enquête et un réquisitoire.

Au cœur de l’ouvrage, un historique de la descente aux enfers de la presse écrite suisse, emportée dans le tourbillon de la concentration économique. On y retrouve le scénario de la fin des quotidiens La Suisse, la Gazette de Lausanne, le Journal de Genève, l’échec du Nouveau quotidien, la reprise de plusieurs journaux par le groupe français Hersant, la disparition des journaux régionaux vaudois, mais surtout aussi les conquêtes de Tamedia, d’abord en Suisse alémanique, puis sa victoire sur Edipresse à coups de journal gratuit.

La crise économique ouverte en 2001 constitue aux yeux des auteurs une rupture importante, car les journaux profitent peu de la reprise qui suit et la manne publicitaire maigrit au profit des médias audiovisuels. Quant à la Commission de la communication, elle reste spectatrice de ces évolutions. Et le futur n’est pas plus rassurant: «Il n’est pas insensé de penser qu’en 2020, la plupart des quotidiens imprimés sur papier auront disparu». Les auteurs s’interrogent en particulier sur le sort que réservera à terme le groupe Tamedia aux journaux romands dont il est devenu propriétaire. Quant aux derniers titres restés indépendants comme La Liberté et Le Courrier, leur situation reste très fragile.

Les auteurs ont aussi mené l’enquête pour étayer un constat de baisse de qualité. Les exemples concrets ne manquent pas des cas de publicités déguisées en articles, de mises en pages humiliantes pour séduire des annonceurs, d’articles de complaisance, de fausses informations ou d’arrangements complices entre un titre de première page et une publicité redondante. L’information cède la place au divertissement et à l’anecdote. Et ce qui reste d’informations est livré sans décodage. En somme, la presse ne fait plus son travail de quatrième pouvoir: «L’info popcorn mène tout droit aux communicateurs et aux manipulateurs». Ce n’est plus le citoyen qui est ciblé, mais le consommateur, une évolution incarnée à la perfection par la diffusion des journaux gratuits.

L’enquête permet aussi de mettre en évidence le cercle vicieux des mesures d’économies: moins d’argent,moins de postes rédactionnels, moins de lecteurs, moins d’argent… Par ailleurs, à la concentration horizontale par rachat de journaux s’ajoute désormais une concentration verticale qui permet à un même groupe de médias de maîtriser toutes les étapes de la commercialisation d’un produit comme un concert: organisation de l’événement, vente des billets, promotion, articles de presse exclusifs, revente du son et de l’image.

Ces constats amènent les auteurs à dresser un réquisitoire contre ceux qu’ils identifient comme les responsables de cette triste situation: des éditeurs mégalomanes et incompétents qui ont tout sacrifié à leurs projets personnels. La fin du livre semble laisser place à un espoir ténu. Internet pourrait offrir des solutions d’avenir, en redonnant plus d’espace pour les textes, en offrant un accès facilité à des documents complémentaires et en permettant une diminution des coûts d’infrastructure, ce qui libérerait des moyens financiers pour un réel travail journalistique. Les exemples récents de Rue89 et Mediapart, en France, pourraient servir de modèle.

Si l’ouvrage fournit de nombreuses informations sur l’évolution des médias, on peut toutefois regretter un plan quelque peu difficile à suivre et l’absence de perspectives d’avenir plus explicites. Quant à la nostalgie des auteurs pour la presse d’antan, elle paraît relever d’une certaine idéalisation du passé.

Il faut surtout considérer ce livre comme un appel de détresse adressé aux lecteurs. Le financement de la presse ne peut passer que par les lecteurs, le pouvoir économique et les autorités politiques. Les premiers n’ont pas intérêt à laisser trop de place aux deux autres.

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Discussion

  • 1
    gindrat says:

    Le constat est intéressant, mais je pense que les journaux ne veulent pas réellement profiter d’internet. Prenez comme exemple Le Temps qui vient de supprimer sa consultation gratuite. 

  • 2
    Chenaux jean-Philippe says:

    La recension de l’ouvrage de Christian Campiche et Richard Aschinger, « Info popcorn », s’achève sur un commentaire de 9 (neuf) lignes indigne d’un journal dont la rubrique consacrée aux médias a longtemps été tenue avec talent par Charles F. Pochon.
    Comment, M. Daniel Schöni Bartoli, pouvez-vous présenter ce véritable pavé dans la mare des grands éditeurs romands comme l’oeuvre de nostalgiques succombant à une « certaine idéalisation du passé »? Vous n’étiez peut-être pas encore sec derrière les oreilles – ce serait là votre seule excuse ! – lorsque paraissaient des journaux comme la « Gazette de Lausanne », le « Journal de Genève » ou même cette bonne vieille  »Julie » à l’époque des Cordey et des Chuard.
    Dans un commentaire autrement plus pertinent que le vôtre, Philippe Barraud (commentaires.com, catégorie suisse, 6 janvier 2011) évoque « ces lecteurs qui ne savent pas qu’avant, les journaux s’efforçaient d’expliquer le monde, de mettre de l’ordre dans le torrent de l’information, de hiérarchiser ce fatras où se mêlent l’essentiel et le futile. Ils ne savent pas qu’avant, les journalistes avaient un rôle dans la conception des journaux, que leur voix avait un certain poids, qu’on les respectait, et qu’ils défendaient une certaine éthique ». Encore un « nostalgique », ce M. Barraud? Mais non, M. Schöni Bartoli, comme M. Campiche, c’est tout simplement un journaliste qui fait son boulot.

    J.-Ph. Chenaux
    Journalite R.P. indépendant
    Auteur de la « Presse d’opinion en Suisse romande ou la bataille des idées »

    • 2.1
      Daniel says:

      Vous me donnez l’impression de n’avoir lu qu’une seule phrase dans mon article, celle qui fait référence à une certaine idéalisation du passé. Et à partir de cette seule phrase, vous vous lancez dans une charge quelque peu excessive à mon avis.

      Ma (relative) jeunesse ne m’empêche pas de connaître la Gazette de Lausanne et le Journal de Genève et je peux encore compléter mes souvenirs en profitant des archives en ligne de ces deux journaux. Loin de moi l’idée de déconsidérer le journalisme de haut niveau qui était proposé là. Cela dit, tous les médias de l’époque n’avaient pas ce niveau et vous le savez fort bien. La tendance aux oeillères de parti était aussi assez répandue et le lecteur n’avait pas les moyens actuels d’aller constater lui-même à la source de l’information (par exemple les études de l’OFS). Le monde a beaucoup changé, pas seulement en mal.

      Permettez-moi donc de considérer qu’il n’y a rien de particulièrement scandaleux à relativiser quelque peu une recension généralement positive d’un ouvrage que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire. Je suis moi aussi atteint parfois par le syndrome “c’était mieux avant” mais je me soigne, quitte à glisser une petite pique ici ou là. Si vous avez déjà lu mon blog personnel, vous savez que je suis sans concession avec les journaux qui ne sont pas à la hauteur de leur mission.

    • 2.2
      Hugues Poltier says:

      Difficile de trouver une plus mauvaise illustration de ce journalisme modèle d’autrefois dont vous pleurez la (proche) disparition qu’en la personne de M. Philippe Barraud,lui qui, en guise d’explication, se contenta naguère de conchier M. Woerth sur une page entière de son fameux site “commentaire.com”, son soi-disant magazine contre le “néo-conformisme” –en l’espèce il fit preuve d’un conformisme servile inconditionnel à l’égard de notre place bancaire avide des dollars de tous les dictateurs et fraudeurs de la planète et des fanatiques de l’Alleingang– de plus en plus nombreux si on en croit certain récent sondage ! Décidément, M. Barraud doit se sentir de moins en moins seul….(Non que j’apprécie M. Woerth, loin de là ; mais conchier n’est pas analyser, et à aucun endroit de sa diatribe M. Barraud ne fit preuve de la moindre analyse de la situation: sa conchierie est simplement du niveau de l’urticaire qu’on n’arrive pas à arrêter de gratter. Journalistiquement consternant – sauf à jouir d’être caressé dans le sens du poil (=le conformisme). M’a ôté toute envie de jamais relire ce Monsieur – le « papier(toilette) » auquel il est fait allusion, pas si récent, figure à http://www.commentaires.com/suisse/sauf-votre-respect-m-woerth-les-suisses-vous-disent-m )

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Les commentaires sont fermés.

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