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Le malaise d’un pays en bonne santé

Les peuples heureux n’ont pas d’histoire(s)…

Photo Artnow314
Photo de Artnow314 (licence CC)

Depuis la publication en 1964 de l’ouvrage de Max Imboden, le thème du malaise helvétique occupe une place centrale dans le débat politique. Il a même connu un regain d’intensité ces dernières années. Inadaptation des institutions aux problèmes d’une société moderne, lenteur quand ce n’est pas paralysie du processus de décision, faiblesse du gouvernement résument le diagnostic de nombre de commentateurs et d’analystes académiques.

Pourtant les Suisses, dans leur grande majorité, se déclarent satisfaits de leur système politique. Comment expliquer ce paradoxe, se demande Dieter Freiburghaus, professeur honoraire à l’Institut des hautes études en administration publique (NZZ, 29 déc.)?

En effet, l’image d’institutions à bout de souffle cadre mal avec la bonne santé de la Suisse et des Suisses. Notre pays a relativement bien surmonté la crise financière; son économie et sa capacité concurrentielle sont intactes, son taux de chômage modeste en comparaison internationale; ses finances publiques équilibrées et sa qualité de vie enviée.

Le bien-être du pays serait-il moins dépendant de la politique que cette dernière ne se l’imagine, s’interroge Freiburghaus? Pourtant l’action de l’Etat en matière de sécurité, de justice, une monnaie stable, des infrastructures de qualité, des prestations sociales suffisantes, des administrations et des entreprises publiques efficaces se révèlent indispensables à ce bien-être. Une action qui en Suisse porte ses fruits. Non, affirme Freiburghaus, le malaise ne concerne que l’avant-scène politique, la vitrine exposée au regard du public: les chamailleries entre partis, les blocages parlementaires et la collégialité déficiente du Conseil fédéral, complaisamment grossis par des médias avides de sensationnalisme. Mais on ne peut parler de crises politiques comme peuvent les connaître nos voisins.

Les institutions ont vocation à répondre aux grands défis, des défis qui font cruellement défaut à la Suisse. Et, comme tout organe qui manque d’exercice, le système politique helvétique s’encrasse. Nous manquent également de grands débats de fond, indispensables à une véritable dramaturgie politique. Dès lors nous devons nous contenter de soap operas, de mélodrames de théâtre amateur, joués par des acteurs de deuxième et troisième catégories – les meilleurs ne montent pas sur la scène politique.

Freiburghaus conclut que les nombreuses réformes institutionnelles proposées n’amélioreront pas le fonctionnement du système politique. Et de conseiller l’attente de temps plus difficiles et de véritables défis. A moins, pourrait-on lui rétorquer, que les institutions aient manqué trop longtemps d’exercice et ne puissent se remettre en mouvement.

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Discussion

  • 1
    francoise buffat

    D’accord avec le prof. Freiburghaus. Largement surfait, le «malaise helvétique» est une fiction inventée par ceux qui ont intérêt à ne présenter que le mauvais côté des choses: médias avides de sensationnalisme, politiciens qui cherchent à « vendre» leurs recettes, etc. voyez comme les journalistes ne cherchent qu’à susciter les divergences entre politiciens invités à s’exprimer, au lieu d’expliquer les enjeux! Pas étonnant que le public ait si mauvaise opinion de sa classe politique!

  • En tant qu’amateur de droit constitutionnel, il me semble qu’il y a deux écoles:
    Soit on pense que les constitutions doivent être repensées périodiquement, par des assemblées constituantes, etc., afin de les adapter en permanence à l’évolution: des idées, des moeurs, des mentalités et éviter tout « malaise ». C’est en somme le principe de la révolution permanente constitutionnelle. Le risque est de détraquer des équilibres délicats et causer ainsi des crises bien plus graves qu’un « malaise » qui, surtout en Suisse, est très théorique. La plupart des pays aimeraient se payer le luxe de notre soit disant malaise.
    Soit on pense au contraire, et c’est plutôt mon avis, qu’au contraire les constitutions établissent des compromis stables, qui doivent durer pendant une époque entière et aux fondements desquels il est plus sage de ne pas toucher. Ainsi la constitution américaine, par exemple, dispose d’un grand prestige parce qu’elle n’a pas changé depuis plus de deux siècles. Elle n’a connu que très peu d’amendements et très solennels. Ainsi elle est respectée et l’évolution, des moeurs et des usages se fait quand même mais dans un cadre immuable.
    Notre constitution est un assez bon compromis. Elle a été accouchée à la suite d’une crise majeure: guerre civile doublée d’une guerre de religion, et elle a réussi, en donnant la primauté aux idées révolutionnaires de 1848, tout en préservant avec sagesse certaines traditions comme la souveraineté des cantons, etc., un équilibre relativement stable. C’est ce qui explique sa durée et son efficacité.
    Elle a encore cet avantage d’avoir prévu un mécanisme de révision partielle, par les instruments de la démocratie directe, qui permet une grande souplesse sans changer les fondements libéraux de l’état avec un côté conservateur marqué, qui est une de ses forces. Cela donne aussi aux nombreuses révisions partielles une grande légitimité, puisqu’elles ont toutes passé par le crible du suffrage universel.
    Le malaise dont vous parlez, et les tentatives de révision à froid, qui ont fort heureusement avorté à moitié, puisque la désastreuse révision totale initiée par le conseiller fédéral Furgler a été rejetée unanimement. Beaucoup de secteurs divers de la société ont senti qu’on voulait faire passer en douce un changement de régime sous couvert de pédantisme juridique. Or, un changement de régime ne peut avoir lieu à froid. Il faut une révolution, une crise existentielle.
    Finalement on s’est contenté d’une mise à jour, grâce à la sagesse du conseiller fédéral Koller, qui n’a certes pas pu éviter quelques stupidités phraséologiques de l’idéologie du moment, mais a maintenu les grands équilibres et la trame de la constitution de 1848-74. Cette révision était inutile car les modifications nécessaires comme l’article sur les diocèses, la possibilité des cantons de signer des accords régionaux etc., auraient pu être adoptés par des révisions partielles. Mais on a échappé au pire. Si on avait laissé les juristes à la Furgler mettre en place leurs plans, on aurait détruit le système immunitaire de la Suisse, qui lui permet de résister un peu à l’absorption par Bruxelles. Même l’invocation au dieu tout puissant était menacée, pourtant elle satisfait autant les catholiques que les protestants que les juifs les musulmans et les francs maçons réguliers.
    Le lamento sur le « malaise » sonne faux. C’est une excuse. Qui veut noyer son chien dit qu’il a la rage.

  • Quand vous parlez de dramaturgie politique, il me semble que vous confondez gaiement le théâtre et la politique.
    Et vous avez tout faux quand vous dites que la Suisse n’a pas de grands défis à relever: ou vous êtes inconscient de la réalité du monde environnant ou vous n’êtes pas capable de voir les progrès réalisés dans tous les domaines en Suisse depuis des lustres !
    La Suisse est classée première mondiale en matière d’innovation, elle gère le tiers de la fortune mondiale. Ce n’est pas en laissant les politiciens mener leur débat sur la place publique à grands renforts de discours et de slogans stériles que les défis vont être relevés.
    Les politiciens sont là pour diriger le ménage de la Confédération suisse à tous les échelons. Point barre !
    Les vrais défis sont relevés sur le terrain (heureusement) par les praticiens de l’économie et non pas par les verbiages stériles de lettreux en mal de publicité !

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