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Le parti socialiste entre Congrès et élections

Au seuil d’une riche année électorale, le PSS s’offre un débat interne, médias et bourgeois en embuscade

Photo JUSO Schweiz Photo de JUSO Schweiz (licence CC)
icone auteur icone calendrier 15 décembre 2010 icone PDF DP 

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L’un est le vice-président de l’autre, pourrait presque être son fils et se profile comme son maître ès vision, provocation et surtout communication. L’un, c’est Cédric Wermuth, 24 ans, chef de file de la Jeunesse socialiste depuis juin 2008 et vice-président du parti socialiste suisse depuis 26 mois. L’autre, c’est Christian Levrat, 40 ans, conseiller national depuis sept ans et président du PSS depuis 32 mois.

Ce dernier se retrouve en train de faire la tournée des sections alémaniques, passablement remontées contre certaines des options prises au récent Congrès du PSS sur proposition de Cédric Wermuth, avec l’approbation des sections romandes. Mission laborieuse pour Christian Levrat qui, malgré sa notoire tolérance à l’égard des opinions divergentes au sein de son parti («les oiseaux ont besoin de deux ailes pour voler»), préférerait croiser le fer avec les «éléphants» des partis bourgeois en sentant derrière lui un parti plus uni, à moins d’un an des élections au Conseil national.

S’agissant de relativiser et de tranquilliser tous azimuts, on imagine sans peine les arguments. L’abolition de l’armée? Une visée à long terme: elle se réalisera quand Ueli Maurer aura terminé son efficace travail de démontage de la défense nationale et pourra se consacrer à sa mission de ministre des sports, quand le GSsA n’aura même plus d’initiative populaire à retirer. L’adhésion à l’Europe? La montée des oppositions, y compris dans le PS, ne change rien au fait qu’il vaudrait mieux entamer sans délai les négociations avec Bruxelles au lieu de devoir continuellement s’aligner sur une réglementation concoctée sans la Suisse. Dépasser le capitalisme? Cette formule chère aux socialistes jeunes et romands reprend en termes idéologiquement marqués la volonté de «démocratie économique» inscrite dans le projet de programme du PSS tel que soumis à ce fameux Congrès.

Ces explications de texte ne manquent pas de justesse, mais elles n’ont guère de chances de mettre fin au jeu dangereux qui se joue notamment à Zurich ni de produire l’effet apaisant recherché dans l’immédiat. En tout cas pas chez les pragmatiques que deviennent la plupart des élus dans les exécutifs ou aux Chambres fédérales. En proie à l’ironie plus ou moins mordante de leurs «chers collègues», ils cachent mal leur inquiétude – compréhensible – en pensant aux prochaines échéances électorales, à commencer par les cantonales de Zurich le 3 avril 2011. Les résultats désastreux obtenus tout récemment à Thoune, où l’armée et ses fournisseurs assurent de nombreux emplois, confirment que les objectifs à long terme peuvent bel et bien influer sur les choix présents.

Ne parlons pas des solutions bricolées d’un jour à l’autre. Pas très malin de prétexter la maladie d’un secrétaire central pour différer la publication du programme voté à la quasi unanimité par les délégués présents au Congrès de Lausanne. A peine plus utile de demander enfin un rapport urgent sur les réformes institutionnelles après en avoir pendant des années nié la nécessité et l’intérêt. Très dangereux d’avoir dénoncé sur le moment le coup de force de la nouvelle attribution des portefeuilles au Conseil fédéral sans assurer le suivi, sous forme d’une analyse de la répartition effective des pouvoirs dans ce pays, pour agir en conséquence. Peu crédible, l’annonce d’une éventuelle recandidature de Micheline Calmy-Rey en décembre prochain, afin de mieux assurer le deuxième siège socialiste du Conseil fédéral, tarde à être rapportée au profit d’un calendrier plus sérieux, mais à peine moins périlleux.

Bref, le PSS discute encore autour de la caisse à sable alors que les autres partis se préparent activement en vue des élections de l’automne prochain. En ordre de marche depuis son «grand rapport» de Coinsins, l’UDC accroît son avance en matière d’agenda et d’organisation. Se situant de plus en plus à l’écart du monde politique mais jouissant d’un appui populaire récemment confirmé, la formation de MM. Blocher et Brunner joue en virtuose un rôle de soliste qu’elle a les moyens personnels et financiers de valoriser. La question peu fédérale de l’école, qui suscite au quotidien des peurs et préjugés indéfiniment exploitables, représente la variante actuellement dominante des thèmes de l’immigration et de l’identité suisse, dont l’UDC fait désormais son fond de commerce dans les agglomérations urbaines comme autrefois dans les régions rurales. Privilégiant le dialogue direct avec le peuple, l’UDC fait mine de se désintéresser de la mise en œuvre des idées qu’elle lui souffle, comme en témoigne la tentation de refuser toute collaboration aux travaux du groupe chargé par la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga d’étudier les modalités de renvoi des étrangers criminels. A l’UDC de dicter l’ordre du jour, aux autres d’appliquer les décisions prises.

Rien n’étant jamais définitivement acquis ni perdu en politique, Christian Levrat peut encore redresser la barre en temps utile, c’est-à-dire sans délai. En tout cas sans attendre mars 2011, le mois où Cédric Wermuth quittera la présidence de la Jeunesse socialiste pour consacrer son temps et surtout son exceptionnel talent rhétorique à la défense et illustration de sa propre cause. Dès le printemps prochain en effet, le jeune homme se lancera à l’assaut du troisième siège socialiste argovien, que Doris Stump libérera après l’avoir occupé pendant quatre législatures. Il restera sans doute l’un des cinq vice-présidents du PSS et un membre influent du Comité directeur.

Cette élection d’un socialiste qui s’annonce doué également pour le travail parlementaire et médiatique est ouvertement souhaitée par le président Levrat, lui-même tout à fait acquis à la personnalisation de la politique. Très exposé, il se trouve présentement à la tête d’un PSS affaibli par ses divergences internes, sans doute moins profondes dans les cantons et les villes qu’à l’échelle du pays. Une chance: le niveau national pèse moins dans une Confédération comme la Suisse que dans les autres Etats européens. Mais partout, à ce niveau en tout cas, la gauche s’avère en difficulté; lui manque une pensée forte, rassembleuse et mobilisatrice qui l’aide à mieux comprendre la crise financière et surtout à en tirer politiquement parti.

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Discussion

  • 1
    Lecoultre Richard says:

    Nos très chers et supérieurs camarades d’outre-Sarine se targuent de leur pragmatisme ? Jospin, Blair et Schröder aussi étaient des pragmatiques. Où leurs partis en sont-ils maintenant ?

Les commentaires sont fermés.