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Coinsins, un kaléidoscope

Petit essai de géographie humaine et politique en marge du congrès de l’UDC en terre vaudoise

Image Wikimedia
Image de Delta-9 (licence CC)

Il est des compliments qui font mal comme l’arrachement d’une dent par un barbier: la photo du Congrès de l’UDC est une réussite de mise en scène! Le plein air, gelé, imposait la tenue, notamment la variété des couvre-chefs, larges bonnets tricotés main, casquettes avec visière et cache-oreilles. Tronches de croquants. Mais beaucoup s’inquiétaient pour Christoph. A son âge, n’allait-il pas s’enrhumer! On fut rassuré, sa veste était particulièrement rembourrée.

Cette commune méritait pourtant plus qu’une pause photo. Ne serait-ce que par son château du XVIIIe siècle, que le canton de Vaud vendit sous le court règne aux finances vaudoises de l’UDC Pierre-François Veillon. Une Française, riche propriétaire de vignes à Saint-Emilion, en a fait l’acquisition. Mais pour le vin chaud au Congrès de l’UDC, on offrit du Coinsins.

Coinsins, commune riche, eut la particularité dans l’histoire vaudoise d’être mise sous régie. Son syndic, rebelle, grande gueule populiste comme on n’en trouve plus qu’à Genève, avait défié le Conseil d’Etat. Mais la fronde au village n’atteignait pas la vie au château et ses résidents successifs au profil contrasté. Une actrice française qui eut son heure de brève gloire. Nicolas Bouvier qui y joua enfant, son grand-père paternel louant le château pour deux mois en été, où il«recevait à sa table des gens comme Krishnamurti, Herriot, Tagore, Croce, Bergson» (Routes et déroutes. Entretiens avec Irène Lichtenstein-FallMetropolis, p. 32), des écrivains et philosophes de l’«internationale» culturelle. Une autre famille. C’était aussi à Coinsins.

Le château fut en 1958 acheté par un richissime Anglais, Reginald Toms, qui, après-guerre, avait fait fortune dans l’immobilier en Grande-Bretagne et en Afrique du sud. Il s’établit à Coinsins. Au calcul de la triangulation fiscale, il avait aussi un domicile à Monaco et un autre au Liechtenstein. Il était passionné de tapisseries anciennes, de tapis, de meubles. Ses moyens lui permettaient d’acheter tout ce qui était mis en vente sur le marché londonien. Sa veuve qui, malgré les ressources de sa fortune, vivait modestement dans une aile aménagée du château, légua par testament à l’Etat de Vaud le château et ses collections.

Ainsi l’Etat de Vaud est propriétaire d’une des plus importantes collections privées de tapisserie, produites par des ateliers belges, français, italiens. C’est-à-dire des écoles de l’art européen, d’une Europe qui exprimait sa créativité, qui donnait forme à son triomphe, à sa mythologie, à ses fantasmes, à ses peurs. Parmi les pièces les plus belles de la collection Toms: Scipion affrontant Hannibal.

Sur la prairie gelée de Coinsins, beaucoup de fantômes ont croisé la Landsgemeinde des croquants.

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Discussion

  • Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que les culs terreux suisses se frottent aux élites dorées de l’Europe. Par exemple, à Grandson et à Morat. Avant les tapisseries de la fondation Toms-Pauli, ces batailles avaient permis à la ville de Berne de s’approprier le butin de Bourgogne avec ses fastueuses tapisseries des Flandres uniques au monde. (On a pu les apercevoir récemment lors de l’exposition Charles le Téméraire à Berne.) Heureusement, d’ailleurs, que les croquants suisses l’ont emporté à Morat. Cela a valu aux tapisseries de la cathédrale de Lausanne d’être conservées avec soin, dans tout leur éclat, alors qu’elles auraient sans doute disparu si elles n’avaient pas été un butin de guerre aux mains des Suisses.
     
    Votre article, poétique et évocateur, suggère entre les lignes que la Landsgemeinde de Coinsins serait une sorte de remake de la curée brutale des guerres de Bourgogne. On retrouve sous votre plume un peu de cette idéologie de la Ligue Vaudoise, pour qui le Pays de Vaud savoyard aurait été humilié par la victoire des Bernois, préfaçant trois siècles de domination.
     
    Peut-être serait-il bon d’affiner un peu le propos: Morat, ce ne furent pas les brutes épaisses suisses, sanguinaires et incultes, contre les gentils bourguignons et leur mouvance savoyarde, raffinée et cultivée. Plusieurs seigneurs vaudois et non des moindres étaient du côté suisse. Par exemple le comte de Gruyères avec 600 hommes. D’autre part Nicolas II de Diesbach, le chef politique bernois belliciste qui voulait régler son compte à l’arrogant duc, avait été page à la cour de Savoie. Il était d’une famille dont les affaires s’étendaient de la Pologne à l’Espagne (la Cie Diesbach-Watt), anoblie par l’empereur Sigismond. Dans la chapelle du château de Worb on voit encore des vitraux armoriés attestant d’alliances matrimoniales Diesbach-Montfaucon, c’est à dire avec la famille du dernier évêque de Lausanne dont la devise était « si qua fata sinant », reprise par le journal La Nation. Adrien de Bubenberg était du même milieu, si ce n’est qu’il était de noblesse plus ancienne. Il avait participé à la préparation d’une croisade contre le Turc avec le duc (de Bourgogne) Philippe le Bon.
     
    Bref, les vainqueurs n’étaient pas d’un monde si différent de celui des vaincus.
     
    Quant à l’élite « croquante » de Coinsins en 2010, M. Blocher comme plusieurs de ses paladins n’est-il pas, quoiqu’un parvenu, lui aussi un brasseur d’affaires aux ramifications internationales? Certes dans sa jeunesse il a fait un apprentissage de paysan chez les Tardy de Pampigny. Mais n’est-il pas un homme cultivé et un mécène? On a beau ironiser sur Anker et Hodler: ce sont de grands artistes européens. Et « Christoph » n’a-t-il-pas, gestes de grand seigneur que lui permet sa fortune, fait rejouer « Le devin du village » de Jean-Jaques Rousseau, et « Guillaume Tell » de Rossini, opéra inspiré par Schiller? Ce ne sont pas des oeuvres provinciales. N’a-t-il pas aussi généreusement alloué 20 millions pour créer, dans l’ancien monastère de l’île de Rheinau sur le lac de Constance, une académie de musique dont il a confié la direction à l’ancien gauchiste 68ard Thomas Held, qu’il estime pour ses qualités de gestionnaire?
     
    Peut-on dès lors, vraiment parler de « croquant » et opposer ce mécène alémanique aux anciens châtelains de Coinsins comme si en comparaison il était un plouc?
     
    Un phénomène très ridicule auquel on assiste récemment, depuis que nos dirigeants se sont entichés de « Bruxelles » c’est de voir comment ils s’excusent presque d’avoir mis la pile au grand prince de cette ville qui à la fin du XVe siècle avait voulu asservir la Suisse. Ainsi, lors de l’exposition Charles le Téméraire, M. Couchepin faisait-il des ronds de jambes devant le rejeton des Habsbourg, passablement dégénéré, lui présentant presque des excuses et disant que les Suisses à Grandson, Morat, Nancy avaient été « joués », ce qui est historiquement faux. (Il suffit de lire l’ouvrage de Karl Bittmann). L’Argovienne Doris Leuthard a elle aussi fait une révérence comique aux mêmes rejetons du grand duc d’occident.
    http://www.evd.admin.ch/aktuell/00120/index.html?lang=de&msg-id=18875 
     
    Un peu de dignité voyons! mesdames et messieurs les démocrates suisses.
     
    Le fond de l’affaire c’est qu’il y a aujourd’hui, comme au XVe siècle deux élites suisses qui s’affrontent: celles qui ont choisi de se mettre au service du pouvoir de Bruxelles, elles ont honte que leurs ancêtres aient vaincu le Téméraire, qui avait sa capitale dans cette ville. Et celles qui veulent que la Suisse soit gouverné par elle-même. Aux dernières nouvelles, en politique intérieure suisse, ces derniers semblent en passe de l’emporter, démocratiquement.
     
    Enfin, cela fait tout de même plaisir de lire, dans un journal socialiste, l’éloge ému des valeurs élitaires et aristocratiques.
     

  • 2
    Lecoultre Richard

    Braves Suisses ! Constamment secoués entre la techno-bureaucratie bruxelloise, la ploutocratie universelle et l’autocratie blochérienne.

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