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Arme à domicile et tir obligatoire: un réquisitoire ravageur

Premières salves en vue de la votation du 13 février 2011

Photo Max Bucher
Photo de Max Bucher (licence CC)

Liée pas la collégialité gouvernementale, Simonetta Sommaruga assure courageusement le service minimal pour combattre l’initiative «Pour la protection face à la violence des armes». Avec plus de conviction et de meilleurs arguments, Hans-Ulrich Ernst, ancien secrétaire général du département militaire, prend le contre-pied de la position du Conseil fédéral et du Parlement.

Dans une interview au Tages-Anzeiger, il affirme que l’arme à domicile est inutile. Et il fait un pas supplémentaire. Les tirs obligatoires ne servent à rien. Ils devraient être supprimés. Puis l’ancien colonel brigadier Ernst passe à la démonstration.

La Suisse entretient 400 stands pour que 150’000 soldats puissent s’exercer au tir à longue distance. Cet entraînement hors service n’a aucune justification pour les tâches que les hommes doivent accomplir sous les drapeaux. L’armée n’a besoin que de 500 tireurs d’élite. Quant à l’idée qu’il faut avoir son arme à domicile en cas d’urgence, elle n’a aucun sens. Les soldats mobilisables en cas d’alarme, comme pour la défense des aéroports, ont deux armes: celle qu’ils gardent à la maison et une autre qu’ils touchent à leur lieu d’intervention. Ce double équipement coûte 5’000 francs par homme. Pour les adversaires de l’initiative, le tir obligatoire justifie le maintien de l’arme à domicile. Cette double et inutile tradition coûte des millions à l’armée.

Le brigadier Ernst rappelle que le fusil à domicile n’a été introduit qu’en 1940 dans la situation périlleuse d’alors. Cette pratique ne fait donc pas intrinsèquement partie du mythe helvétique, comme l’affirment les partisans du statu quo. Elle est d’origine américaine. Les Suisses ne doivent pas s’identifier aux cowboys qui conservaient leur arme à portée de main pour se défendre des Indiens et des voleurs de chevaux. Il est temps de démythifier l’armée pour la considérer comme un service public au même titre que les CFF ou La Poste. Elle doit être efficace pour garantir notre sécurité.

Hans-Ulrich Ernst se permet encore une fuite. Mais il y a prescription. En 1992, un petit groupe autour du conseiller fédéral Villiger envisageait sérieusement d’abandonner les tirs obligatoires hors service. Mais l’année suivante, les sociétés de tir ont organisé d’imposantes manifestations pour soutenir l’achat des FA 18. Il ne fallait pas mécontenter ce puissant lobby. Villiger a donc abandonné son projet. Reste a savoir si ce lobby, qui se manifestera certainement avant le vote du 13 février 2011, aura la même puissance qu’il y a vingt ans.

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Discussion

  • Ce brigadier Ernst mérite son limogeage immédiat.

    Même si ses propos avaient une quelconque valeur objective, la suppression d’un signe d’attachement citoyen au principe de la défense nationale est en soi insupportable, surtout quand elle est proposée par un représentant officiel de l’armée.

    On parlera encore de mythe… etc., avec la petite moue dédaigneuse de l’intello de gauche parlant du peuple. Mais que serait un monde sans mythes? Tout le monde sait que ça n’existe pas.

    Tout mythe renforçant la défense nationale est par nature utile. Il mérite donc d’être honoré. Certains s’illusionent en affirmant qu’il n’existe aucune menace militaire contre notre pays. Ils ont complètement tort: jamais la situation n’a été aussi instable et potentiellement dangereuse en Europe occidentale depuis la chute du mur de Berlin. Mais même s’ils avaient raison sur ce point, ils auraient tort d’en conclure qu’il faut renoncer aux mythes patriotiques. Car même en partant de la prémisse fausse que la guerre a été bannie à jamais d’Europe, lesdits « mythes » devraient être maintenus, pour servir la prochaine fois que la situation l’exigerait, ce qui ne ne saurait manquer d’advenir tant sont brusques les changements de l’équilibre militaire.

    Fort heureusement un peuple qui interdit les minarets et tient à expulser des criminels étrangers en se moquant royalement du tollé international qu’il déclenche, n’est pas prêt à se laisser emphysiquer la lubie anti-fusil à la maison de l’infime minorité antimilitariste enragée. Par conséquent, même si tout citoyen soldat attaché à notre armée de milices voit rouge à l’évocation d’une initiative aussi antipathique, on devrait presque remercier cette bande de … qui l’ont lancée (mieux vaut s’abstenir de qualifier trop explicitement ces gens). En effet ces … nous donnent une occasion rêvée de leur infliger une râclée et une humiliation supplémentaire, et ce d’autant plus aisémenrt que les sociologues bien en cour ont probablement raison qui nous expliquent doctement que les Suisses se défoulent à fond quand l’enjeu est surtout symbolique et identitaire et non pas sonnant et trébuchant.

    Depuis quelques temps le combat a changéd’ême, l’espoir changé de camp. Guillaume Tell n’est pas prêt à se laisser arracher son arbalète et il s’apprête à une grande victoire idéologique qui réduira à néant 30 ans d’efforts, idéologiques, de ces … du GSSA.  

    Les dégâts matériels (destruction quasi totale de l’armée au nom de l’interopérabilité et, en fait de la volonté d’adhérer à l’OTAN, seront plus difficiles à corriger. Mais en attendant, on va pouvoir se défouler et ça fera du bien.

    Et pour celles et ceux qui voudront se suicider à l’avenir, ils n’auront pas besoin de changer de méthode en se jetant sous le train ni en utilisant des barbituriques comme dans les pays où le citoyen est désarmé, au propre et au figuré, face à l’Etat.

  • 2
    Lecoultre Richard

    Depuis quand un citoyen suisse n’a pas le droit  d’exprimer ses idées parce qu’il est colonel à la retraite ? Pour respecter notre mythe fondateur vraiment correctement, ce n’est pas un flingue qu’il faut remettre aux patriotes, mais une arbalète. Plaisanterie à part, pourquoi ne pas laisser le fusil chez le soldat et sa culasse à l’arsenal ?
    Une fois cette question réglée, on pourra s’occuper des couteaux de cuisine et des rouleaux à pâtes.
     

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