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Henri Cornaz, imprimeur et humaniste

La cité est une création continue

Yerdon a cru bon d’accoler à son nom «-les-Bains». Pourtant c’est plus qu’une ville thermale. Cité carrefour. Et, comme telle, romaine, savoyarde, bernoise, nord vaudoise. C’est une ville ouvrière où les affrontements politiques furent rudes.

Henri Cornaz (1920-2008), imprimeur, fut dans sa ville un créateur exceptionnel. Pierre Jeanneret a dirigé la rédaction d’un livre de «mémoire éditoriale» (aux Editions d’En Bas), dans lequel il retrace «une vie d’engagements». De plus brèves contributions éclairent d’autres domaines où s’exerça l’action de cet humaniste polyvalent.

Le chemin d’Henri Cornaz n’est pas la voie ordinaire. Il n’appartient pas à la bonne société yverdonnoise, fière de son rang. Mais il l’a fréquentée dès l’examen d’entrée, à neuf ans, qui sélectionnait les élèves retenus pour le raccordement au collège. Henri Cornaz, sans agressivité, a caractérisé en une formule forte son appartenance à un autre milieu: «Ils étudiaient, j’apprenais».

Le collège ne fut pas pour lui un ascenseur social. Le père imprimeur était d’abord soucieux de préparer son fils à sa succession. C’est donc en Suisse allemande qu’Henri Cornaz apprendra à composer, parlant allemand et suisse-allemand. Plus attiré, comme il le déclare lui-même, par Berlin que par Paris. La Thièle coule au nord.

Les liens

Enumération. Le théâtre, Benno Besson et Brecht – la musique (Bartok, Berg) et la chanson populaire – le ciné-club – l’Encyclopédie d’Yverdon et de Felice – la politique et le POP – les tracts imprimés pour la résistance algérienne – les mouvements pacifistes et culturels de gauche (Connaître) – la mise en valeur du patrimoine yverdonnois – l’amour du métier.

Ce n’est pour nous, imprimée, qu’une liste. Mais, sous les mots, un engagement de tous les instants comme acteur ou comme amateur éclairé.

La qualité première de Henri Cornaz fut d’être là où «se passait» quelque chose. Le terme, dont on abuse si souvent, de «passeur» s’impose absolument pour caractériser son engagement. Certes, une imprimerie est un lieu de rencontres, où manuscrits, projets d’édition, aboutissent naturellement. Encore faut-il avoir l’intuition de ce qui importe. Henri Cornaz avait ce don. Telle sa découverte du théâtre de Brecht, qu’il fait à Zurich avant son ami de l’Eglise libre Benno Besson.

Henri Cornaz impressionne aussi par sa rigueur. En témoignent celles et ceux qui l’ont connu président du ciné-club d’Yverdon. A partir de cette fonction banale, il conduisait une réflexion sur le cinéma, proposant autre chose que le seul plaisir «d’aller au spectacle».

Henri Cornaz avait enfin la capacité de surmonter avec une maîtrise étonnante l’adversité. On aimerait, si le terme ne faisait pas mièvre, louer sa gentillesse.

DVD

Pierre Jeanneret, qui par ses travaux antérieurs a une connaissance approfondie de la gauche et de l’extrême-gauche romandes, suit avec précision le parcours politique d’Henri Cornaz. Il restitue cette cohabitation réussie par Cornaz d’être intégré à sa ville, respecté par tous, y compris les bourgeois, et d’être un partisan puis compagnon de route du POP. Ainsi on découvre, dans les rencontres culturelles organisées par Connaître à Yverdon, une conférence de Tristan Tzara sur Eluard, qui se prolongea en une soirée où s’affrontaient l’ancien animateur du mouvement Dada, Armand Forel, le médecin popiste, et Henri Cornaz.

A souligner encore que l’édition du texte, de grande qualité, est accompagnée d’un long DVD où pendant deux heures Henri Cornaz répond aux questions de l’historien. L’expérience est passionnante, le texte imprimé étant soumis à une sorte de vérification ou de complément donné par le sujet lui-même.

Surprenant, en conclusion morale de sa vie d’engagement, Henri Cornaz affirme la primauté pour lui de l’athéisme. Pas un défi, pas une provocation. Une affirmation simple: la fin d’une vie clôt définitivement un destin personnel.

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Discussion

  • 1
    François de Rougemont says:

    Permettez-moi d’ajouter une petite note : Henri Cornaz fur pendant plusieurs années juge au Tribunal des Mineurs du canton de Vaud. C’est là que, bénévole également, j’ai fait sa connaissance et ai pu apprécier son regard sur les gens et les choses, sa parole et son amitié. Il savait vite repérer et donner, largement en confiance et en malice aussi. Il m’avait raconté ses épisodes FLN et était heureux d’avoir contribué aussi avec les diplomates suisses à une solution. Il allait bien aussi avec le pasteur Coigny, yverdonnois typique et atypique. Il n’était pas sectaire ou exclusif, tout au contraire.

    Nous ne devons pas seulement lui rendre hommage. Nous pouvons nous poser la question : en existe-t-il encore des gens comme lui ? ou n’avons-nous que des universitaires ou des historiens ? où est aujourd’hui le creuset qui peut les fabriquer ?

Les commentaires sont fermés.